Le Sud-Ouest : Samokov, Borovets, Rila

 

Occupée par les massifs du Rila et du Pirin, frôlant les 3 000 m, cette région est la plus montagneuse du pays, la plus sauvage aussi. L’enneigement généreux fait les beaux jours des stations de ski, la nature intacte séduit randonneurs et alpinistes. Ours et loups rôdent dans les forêts denses accrochées au relief accidenté, les maisons de bois se font un peu sévères et reposent sur de solides murs de pierres pour résister aux hivers froids, les traditions se maintiennent sans peine dans les campagnes isolées. Vers le midi, coulant d’abord au pied du Pirin, la rivière Strouma dessine une vallée orientée plein sud, baignée par les influences méridionales. Ici, dans l’extrême Sud-Ouest, en pays macédonien, la rigueur montagnarde cède la place à la douceur méditerranéenne. La Bulgarie multiple offre encore un nouveau visage.

Samokov

A 60 km au sud-est de Sofia.
Cette ville industrielle s’est développée dès le Moyen Age autour du travail du fer. Sa spécialisation s’explique par la présence de gisements ferreux à proximité. Il y a peu, on y fabriquait encore des kalachnikovs. Dans le centre, de vieilles maisons rénovées témoignent de la richesse de la ville au XIXe siècle. 

Mosquée Djoumaïa Baïrakli 
Rue principale. Ouvert tlj sauf mardi et mercredi de 9 h à 12 h et de 13 h à 17 h. Entrée payante.
Quoique musulman, l’édifice, richement décoré, est l’œuvre d’artisans bulgares. Construit en 1840, il correspond à la fin de l’occupation ottomane alors que le déclin affectait déjà l’Empire.

Goliamata tchechma (fontaine turque) 
Situé près de la mosquée, ce monument de pur style ottoman permet d’imaginer le visage oriental des villes de Bulgarie lors de l’occupation.

Couvent Svéta Bogoroditsa 
77, rue Boris Hadjisotirov. Ouvert tlj de 6 h à 20 h. Entrée libre.
Au sud de la place centrale, il s’agit d’un ensemble du XVIIIe siècle abritant une église dotée de fresques colorées et d’une iconostase finement sculptée.

Borovets

A 10 km au sud de Samokov.
Fondée par le tsar Ferdinand, la plus ancienne station de ski de Bulgarie est installée à 1 300 m d’altitude sur le versant nord du massif du Rila. Entourée de forêts centenaires, elle bénéficie de 150 jours d’enneigement et comprend trois domaines skiables : Sitnyakovo (8 pistes, 1 bleue et 7 rouges), Yastrébets (3 pistes, 1 noire, 2 rouges) et Markoudjika (4 pistes rouges). Depuis quelques années, les activités estivales se développent. La nature sauvage qui s’épanouit alentour offre un cadre merveilleux pour les randonneurs et les naturalistes. C’est aussi le point de départ des courses vers le pic Moussala, point culminant de Bulgarie (2 925 m). 

Palais de Bistritsa 
Ouvert tlj sauf lundi de 9 h 30 à 12 h et de 13 h à 15 h 30. Entrée payante.
Superbe pavillon de chasse décoré de trophées, il a été édifié par le tsar Ferdinand. Guillaume II y a séjourné en 1913.

Monastere de Rila, Bulgarie © Nigel's Europe

Monastere de Rila, Bulgarie © Nigel’s Europe

Monastère de Rila

A 110 km au sud de Sofia.
A partir du village de Rila, une route étroite serpente entre les flancs de deux montagnes tout en remontant la rivière Rilska. Elle s’enfonce dans la forêt et s’élève progressivement, semblant se diriger vers le bout du monde. Une fois loin de tout, surgissent de hautes et austères murailles dessinant un pentagone irrégulier. Gardé par les sommets des montagnes, l’immense monastère est majestueusement enchâssé dans son écrin de verdure. Rila, classé patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1983, est le plus beau monastère de Bulgarie. S’il n’y en avait qu’un seul à visiter, ce serait celui-là : un site incontournable, à nul autre pareil, un chef-d’œuvre architectural doublé d’un cadre exceptionnel.

Rappel historique 
Au milieu du Xe siècle, des disciples d’Ivan Rilski (876-946) fondent un premier monastère à 6 km au nord-est de l’édifice actuel, près de la grotte ayant abrité l’ermite. Il est en activité du XIe au XIIIe siècle, mais son architecture nous est inconnue. A la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle, le centre religieux vient s’installer à son emplacement actuel. Déjà étendu à cette époque, il comprend des cellules pour les moines, une tour de défense et une église. L’ensemble est édifié à l’initiative du seigneur local, Hrelyo Dragovol, qui, durant le second Empire bulgare, veut fonder un Etat féodal indépendant. Il fait bâtir la tour fortifiée (tour Hrelyo) en 1334-1335. L’église de Hrelyo est construite en 1342-1343. Elle demeure l’église principale du monastère jusqu’en 1834. Il n’en reste aujourd’hui que la porte d’entrée et un trône soigneusement sculptés.
Dès cette époque, Rila, reconnu par les souverains qui lui font des dons importants et lui accordent de nombreux privilèges, tient un rôle primordial dans l’unité religieuse et culturelle du pays. Durant le second Empire bulgare, il acquiert également une grande importance économique. Lors de l’occupation turque, le monastère conserve ses privilèges et son rôle de centre intellectuel et religieux pour les chrétiens de l’Empire ottoman. Il accueille une école et envoie des émissaires au mont Athos, en Serbie ou en Roumanie.
Dans sa version actuelle, l’édifice date de la Renaissance bulgare. Bâti sur une période de trente ans et achevé en 1847, il est l’œuvre de trois architectes différents et de nombreux artisans et artistes issus de différents centres et écoles (Samokov, Bansko, Débar…). Tout en puisant dans des traditions architecturales et artistiques médiévales, ces hommes du XIXe siècle transcendent leur savoir-faire et construisent un des plus grands monastères des Balkans, rivalisant sans peine avec celui du mont Athos. Aujourd’hui encore, outre les touristes, nombre de fidèles y viennent en pèlerinage. 

Monastère 
Ouvert tlj de 8 h 30 à 20 h. Entrée libre.
Une fois franchie la porte de Doupnitza, les austères murailles laissent place à un joyau lumineux et coloré. Les ailes comprennent quatre ou cinq étages d’arcades blanches décorées. Au centre se trouve l’églisecoiffée de ses cinq dômes et dont les murs sont peints de blanc, de noir et de rouge. A côté se dresse la haute tour médiévale fortifiée faite de briques et de pierres. Avec ses 8 800 m2 ceints de hautes murailles percées par deux portes, l’ensemble est totalement autonome. Tout est prévu pour assurer une autarcie complète.

Eglise de l’Assomption 
Construite en 1834-1837 sur le site de l’église de Hrelyo, elle est entourée par un cloître. Les coupoles et les parois de la galerie sont décorées d’innombrables fresques colorées d’une grande richesse. Les 1 200 scènes sont l’œuvre d’artistes de la Renaissance bulgare, parmi lesquels Zacharie Zograph, et marquent un tournant dans l’art religieux bulgare. Les tableaux classiques y sont représentés avec beaucoup de réalisme (Pesée des âmes, Cène, Apocalypse), et de nouvelles images apparaissent : saints slaves et bulgares, portraits des donateurs et autres notables, introduction de scènes et d’éléments de vie quotidienne (vêtements, maisons). A l’intérieur, l’éblouissement se poursuit : c’est une débauche de dorures, d’icônes et de fresques. La somptueuse iconostase, dentelle de noyer recouverte d’une pellicule d’or, est l’œuvre de l’école de Samokov dirigée par un sculpteur de Thessalonik. Le Paradis terrestre y déborde de vie.

Tour Hrelyo 
Haut de 23 m, cet édifice austère aux murs épais percés de meurtrières constitue un des rares exemples d’architecture fortifiée du XIVe siècle. L’escalier intérieur est logé au cœur des murailles épaisses de 1,8 m. Couronnée de merlons, la partie supérieure bénéficie d’une ornementation de briques, dessinant des motifs géométriques, typique de cette période. Au dernier étage se trouve une chapelle dotée d’un dôme aveugle et décorée de fresques du XVIe siècle. Fait unique dans l’art byzantin, elles comportent une danse folklorique avec musiciens et instruments.

Ailes 
Les galeries, dotées d’arches, de colonnades et de balcons aux plafonds sculptés, offrent un excellent point de vue sur le monastère. Leurs 3 000 pièces sont affectées à la vie quotidienne (chambre du père supérieur, cellules des moines, dortoirs des pèlerins, moulin, cuisine, infirmerie, bibliothèque, trésor, chapelles d’hiver…). Il existe dix pièces destinées aux hôtes et meublées par les villes prospères de la Renaissance bulgare. Trois des plus riches, celles de Koprivchtitsa, Kyustendil et Tchirpan, se visitent. Le plafond sculpté, les frises florales et les médaillons de la salle de Koprivchtitsa font preuve d’un grand raffinement. La marguernitza (cuisine) possède une cheminée monumentale haute de 22 m. Le conduit, de section hexagonale, repose sur une quantité d’arches.

Musée historique 
Ouvert tlj de 8 h 30 à 16 h 30. Entrée payante.
Installé dans l’aile orientale du monastère, il présente de nombreuses icônes, parmi lesquelles une émouvante Vierge de douleur, des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie, des manuscrits dont certains en glagolitique (première écriture slave), des objets et des tissus liturgiques, sans oublier une croix, décorée de miniatures minutieusement ciselées à l’aide d’une épingle par le moine Rafaïl, au XVIIIe siècle. Dans les galeries donnant sur la cour, le Musée ethnographique regroupe 370 pièces retraçant l’histoire de la vie quotidienne bulgare (Mêmes horaires).

Ermitage Svéti Luka (Saint-Luc) 
A 3 km à l’est du monastère.
Il faut emprunter l’ancien chemin reliant Samokov pour atteindre le petit ermitage Saint-Luc, situé à l’est du monastère. La modeste église de Saint-Luc-l’Evangéliste, avec ses murs blancs très simples, représente le plus vieux bâtiment conservé. Elle a été construite à la fin du XVIIIe siècle et abrite de superbes fresques, exécutées par l’école de Samokov (1799), avec notamment une scène du Jugement dernier très impressionnante du fait des innombrables diables et bêtes féroces. Juste au-dessus, dans l’église de la Vierge-Marie, construite en 1805 sur des fondations du XIe siècle, se trouvent des fresques de grande qualité. La scène des Tribulations de l’âme évoque les vices et les vertus des hommes.

Ermitage Svéti Ivan Rilski (Saint-Jean-de-Rila) 
Depuis l’ermitage Svéti Luka, un chemin conduit à l’ermitage Svéti Ivan Rilski, encore appelé vieil ermitage. Il se trouve à une bonne heure de marche du monastère. L’ensemble comprend la grotte dans laquelle l’ermite a vécu au Xe siècle et l’église de l’Assomption de Svéti Ivan Rilski, rénovée en 1746 et reconstruite en 1820. D’après la légende, la tombe du saint se trouve dans le narthex. Aujourd’hui encore, de nombreux croyants y viennent en pèlerinage. La grotte donne même lieu à un rite de passage : celui qui réussit à se faufiler dans l’étroite ouverture et à ressortir de l’autre côté est exempt de péchés.

Suivez le guide ! 
Non loin du monastère, depuis la clairière Partizanska poliana, empruntez le sentier qui conduit aux Sept Lacs (Durée 6 h) et découvrez un beau paysage glaciaire avec les sommets du massif de Rila en toile de fond.

Eglise et ossuaire de la Présentation de la Sainte Vierge 
A 200 m au sud du monastère. Entrée libre.
Elevée à la fin du XVIIIe siècle, cette église abrite des fresques ainsi qu’une iconostase sculptée de motifs floraux et animaux datant de 1795. A l’étage inférieur, la chapelle funéraire prouve que la coutume médiévale de conservation des ossements des moines après leur décès a ici perduré jusqu’aux XVIIIe et XIXe siècles, alors qu’elle avait disparu du reste des Balkans.

Cloître d’Orlitza

A 20 km au sud-ouest du monastère de Rila, sur la route le reliant à la ville de Rila. Entrée libre.
Dotée de hauts murs et d’une solide porte, avec ses allures de ferme fortifiée, cette large bâtisse évoque le Moyen Age. Fondé durant le XVe siècle, l’ensemble monastique a été érigé à l’emplacement d’une halte de la procession solennelle de 1469, ramenant les reliques d’Ivan Rilski depuis Véliko Tarnovo jusqu’au monastère de Rila. La petite église Saints-Pierre-et-Paul recèle des fresques de la fin du XVe siècle (scènes de la Transfiguration, de l’Ascension…).