Santiago, creuset des musiques africaines au Cap-Vert

La culture créole 
Le Cap-Vert, à l’instar des Antilles, possède un patrimoine musical exceptionnel dont les influences multiples ont généré des styles originaux. A l’origine, ces musiques étroitement liées à la vie quotidienne exprimaient pleinement la culture du métissage. Elles ont vite dépassé le simple aspect ludique et festif en s’imposant au même titre que le créole comme le moyen d’expression privilégié des esclaves. La communauté, privée de liberté, réduite au silence, a pu, grâce à la musique, revendiquer des droits et s’opposer à ses maîtres.
L’histoire du Cap-Vert exprime un métissage souvent défini par un terme ambigu : la créolité, qui qualifiait à l’époque aussi bien les Blancs nés à l’étranger que les Noirs transplantés sur une nouvelle terre. En fait, la base de toutes les musiques métissées dites créoles, cubaines, dominicaines ou capverdiennes repose essentiellement sur un héritage africain. Autour d’une structure rythmique plus savante qu’il n’y paraît se sont organisées des expériences de fusion.

Un melting-pot musical 
Les musiques du Cap-Vert se déclinent sur des registres très différents. La morna, lente et nostalgique, tire son inspiration du fado portugais et possède des accents « bluesy ». La coladeira, plus rythmée et tonique, sonne déjà plus africaine. Quant au funana et au batuque, originaires de Santiago, ils sont plus typiquement africains.
Le funana, qui véhiculait des propos satiriques, a vite été jugé subversif et interdit par les autorités coloniales. Son rythme lancinant et sa chorégraphie provocatrice ont choqué le clergé qui s’y est également opposé. Au-delà de la gestuelle spécifique des danseurs africains, nettement plus vitale et démonstrative que celle des Occidentaux, on précisera que lors de certaines danses, les hommes n’étant pas autorisés à parler compensaient leur mutisme par des manifestations corporelles très suggestives à l’égard de leurs cavalières.
Les adeptes des pistes des discothèques capverdiennes observeront les couples unis par le funana, collés littéralement l’un à l’autre, et auront une idée précise de ce type de danse pour le moins sensuelle. Le funana, dont le rythme s’apparente à un zouk un peu plus endiablé, fait appel à deux instruments aussi différents que complémentaires : la gaita, un petit accordéon diatonique qui rappelle le bandonéon argentin, d’origine européenne, et le ferrinho, un grattoir en fer, une version industrielle des calebasses ouvragées typiques de la musique africaine et amérindienne. Le funana s’est très bien adapté aux nouvelles technologies électroniques tout en conservant une structure traditionnelle.
Le batuque, encore plus africain, a donné naissance à des musiques largement diffusées dans le monde grâce aux fameuses batucadas brésiliennes. Ces canonnades rythmiques qui font résonner des salves de tambours et restent indissociables des carnavals de Rio ou de Mindelo ont une origine traditionnelle beaucoup plus sommaire. Essentiellement pratiquées par des groupes de femmes, ces incantations rythmiques ponctuées de chants et de refrains hypnotiques trouvent leur inspiration dans le déroulement de la vie quotidienne.

Chants de travail et de fêtes 
La poésie n’est pas exempte des paroles des chants de travail qui évoquent les gospels nord-américains, mais c’est surtout la dure réalité des tâches journalières qui est exprimée dans un style simple, efficace, pétri d’humour. On précisera qu’aux Antilles et au Cap-Vert, nombre de ces prestations vocales liées à la culture de la canne à sucre, au-delà de leur aspect artistique émouvant et de leur pittoresque, portaient une charge virulente, souvent injurieuse envers les possédants. Une forme « d’humour Noir » très caustique, inintelligible parce que formulé en créole. Les chants les plus authentiques des joueuses de batuque font appel à des instruments rudimentaires. Les femmes martèlent des sacs-poubelle remplis de chiffons. Les concerts plus sophistiqués utilisent des percussions. Variante du batuque, le finaçon, très rythmé, est ponctué d’un chant qui oscille entre l’incantation et la psalmodie.
Enfin, les tabankas, d’origine guinéenne, sont toujours pratiquées à Santiago. Tolérées par les maîtres, elles n’en furent pas moins réprimées lors de débordements. Mélange de rituel religieux et païen, la tabanka était rythmée par le tempo lancinant des buzios (conques) et des percussions.

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