Regards actuels

Ancrés à l’Ouest, les Etats baltes sont entrés de plain-pied dans l’ère de la consommation et des loisirs. On y vit mieux qu’il y a 15 ans. Mais, à bien des égards, la transition post-soviétique n’est pas encore achevée. La convalescence est, dit-on, aussi longue que la maladie.

Economie

Après plusieurs années de croissance, les Pays baltes se trouvent aujourd’hui confrontés à une crise économique sans précédent – et ce depuis 2009 – qui touche à tous les secteurs de la vie économique. C’est ainsi que la Lettonie a vu son PIB chuter de 18,4 % en 2010.

Bois et télécommunications : les secteurs clés 
L’importance de la ressource en bois fait des Baltes des spécialistes de l’exploitation forestière et de la production de produits dérivés (meubles, bois scié, contre-plaqué). Quant aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, elles représentent 10,2 % (chiffres 2007) du PIB estonien. La Lituanie quant à elle connaît un essor fulgurant dans ce secteur, tandis que l’Estonie prévoit d’investir 1 % de son PIB dans la recherche pour les biotechnologies et les technologies de pointe dans les prochaines années.

Lithuania, June 2009 © Šarūnas Sarunas Burdulis

Lithuania, June 2009 © Šarūnas Sarunas Burdulis

La dépendance énergétique 
L’approvisionnement en pétrole et en gaz des Etats baltes dépend des compagnies russes. Pour conserver son influence dans la région, Moscou n’a pas hésité à faire valoir cet argument ces dernières années. La Lituanie est un des pays les plus dépendants de l’énergie nucléaire du monde. En décembre 2009, elle a affronté la fermeture de la centrale Ignalina qui couvrait jusque là 70 % de ses besoins conformément aux exigences de l’Union européenne. Les Pays baltes se retrouvent ainsi isolés en ce qui concerne le marché de l’énergie et se tournent désormais vers les éoliennes et les installations à énergie renouvelable.

Institutions politiques et administratives

Les trois Républiques baltes sont des démocraties parlementaires. Le président, chef de l’Etat, est élu par le Parlement en Estonie (pour cinq ans) et en Lettonie (pour quatre ans), tandis que les Lituaniens ont opté pour le suffrage universel et un mandat de cinq ans. Les présidents baltes ne peuvent être réélus qu’une fois consécutivement. Le Premier ministre est nommé par le président et approuvé par le Parlement. Les Parlements monocaméraux (Riigikogu en Estonie, Saeima en Lettonie et Seima en Lituanie) d’une centaine de membres (141 pour la Lituanie) sont élus au suffrage universel direct pour 4 ans. 

Corruption et blanchiment 
Legs soviétiques, les économies parallèles se sont développées à la faveur de l’instabilité de l’Etat dans les années 1990. Si la Banque mondiale a décerné à l’Estonie le titre d’« Etat parmi les moins corrompus d’Europe de l’Est » en 2000, les douanes, la police routière et les magistrats ont propulsé la Lettonie dans le peloton de tête. Sous la pression de l’UE, des réglementations locales ont été adaptées pour lutter contre ce phénomène. Mais la destitution du président lituanien Rolandas Paksas en 2004 suggère que les plus hautes sphères de l’Etat sont touchées.

Paysage politique 
Thoomas Hendrik Ilves, ancien membre du Parti Social Démocrate dirige le pays depuis 2006 après avoir été soutenu lors de son élection par trois partis de centre droit.
En Lettonie, c’est un ministre-président, Valdas Dombrowski, qui a succédé en 2009 à Ivan Godmanis, démissionnaire. Son parti, La Nouvelle Ere s’intègre dans le Parti Populaire Européen.
En Lituanie, c’est une femme qui est à la présidence depuis 2009. Surnommée « la dame de Fer » lituanienne, Dalia Grybauskaté succède ainsi au président Valdas Adamkus.

L’enclave russe de Kaliningrad 
Polluée, pauvre et perçue comme une zone de criminalité, l’ex-Königsberg forme une enclave russe au milieu de l’UE. 60 000 soldats permettent à la Russie de rester influente dans la Baltique où ses ressortissants, nombreux, sont passés sous le parapluie de l’OTAN en 2004. Ce voisin gêne d’autant plus la Lituanie que Moscou réclame à Vilnius un assouplissement du régime de transit des biens et des personnes entre la métropole et l’enclave portuaire. La sécurité de cette frontière est une nécessité absolue pour le pays qui, supportant déjà 80 % du ravitaillement énergétique et alimentaire de l’enclave, redoute l’infiltration d’immigrés clandestins et de trafics divers.

L’Estonie pionnière de l’e-démocratie 
En Estonie, l’accès à Internet est un droit constitutionnel ! Toutes les écoles du pays sont équipées et 300 lieux publics répartis sur tout le territoire en ont fait un bien d’utilisation courante. En 2007, 76 % de la population, âgée de 6 à 74 ans utilise Internet. Le taux de pénétration du haut débit – y compris la technologie sans fil omniprésente à Tallinn – y est supérieur à celui de l’Angleterre. Mais il y a mieux : dans des ministères où l’intranet a remplacé les circulaires, les projets de loi sont mis en ligne pour que les citoyens puissent formuler leurs propres amendements. 5 % des propositions seraient prises en compte et gravées dans le marbre ! En 2005, les Estoniens ont été les premiers citoyens du monde à voter par Internet, à l’aide d’une signature numérique programmée dans leur carte d’identité à puce.

Population

Petits par leur peuplement – 8 millions d’habitants -, les pays baltes connaissent un taux de croissance négatif de la population (moins d’un enfant par couple). En 2007, selon l’INSEE, l’espérance de vie des trois pays ne dépasse pas 77 ans pour les femmes (contre 84 en France) et 67 ans pour les hommes (contre 77 en France). Par ailleurs la mortalité infantile, même si elle baisse régulièrement reste encore élevée en 2007 avec 4 pour mille en Estonie mais 7 pour mille en Lituanie et à 8 pour mille en Lettonie (pour comparaison, on est à 4 pour mille en France). Depuis 2004, les trois pays baltes sont confrontés à l’émigration temporaire des jeunes, en quête de salaires plus élevés et d’une formation qualifiante, notamment en Irlande et en Grande-Bretagne.

Minorité russe 
Au-delà des Ukrainiens (2,5 %) et des Biélorusses (1,5 %), les Russes constituent la minorité la plus importante d’Estonie et de Lettonie (près de 30 %). Arrivés après 1940, ceux qui ont choisi de rester après 1991 sont devenus apatrides. Et la situation s’éternise. Beaucoup considèrent que l’examen de langue estonienne ou lettonne qui conditionne l’accès à la citoyenneté dans ces pays constitue une atteinte à leur identité culturelle. Avec 80 % de Lituaniens de souche, 8,7 % de Russes et 7 % de Polonais, la Lituanie n’est pas concernée.

Poids des diasporas 
Les Baltes qui ont trouvé refuge outre-Atlantique après 1940 ont largement pesé sur les destinées récentes. A partir de 1990, 1,5 million de Lituaniens et 100 000 Lettons vivant aux Etats-Unis organisent des groupes de pression pour faire valoir la cause de l’indépendance et de l’intégration dans l’OTAN au Congrès. Né à Kaunas en 1926, l’actuel président lituanien, Valdas Adamkus, est diplômé de l’université de l’Illinois et président du Conseil lituanien américain dans les années 1960. L’ex-présidente lettonne Vaira Vike-Freiberga, est l’une des 80 000 Baltes du Canada.

Religion

La libéralisation des cultes depuis 1990 a rempli les églises. En Estonie et en Lettonie, le luthéranisme domine, bien que la région du Latgale – Sud-Est letton – abrite une importante communauté catholique romaine. Les Russes demeurent dans le giron de l’orthodoxie. Les Lituaniens, eux, sont des catholiques fervents. Une communauté de vieux-croyants, mouvement issu d’un schisme de l’église orthodoxe russe au XVIIe siècle, est également présente en Lituanie. Un peu partout, prédicateurs évangélistes et baptistes rencontrent un succès croissant. 

La religion des Baltes 
Proche des Veda indiens et des religions iraniennes par son origine indo-européenne, le panthéon balte (letton et lituanien) compte une multitude de dieux parmi lesquels Dievs, le ciel, Saule, le soleil – figure féminine -, Menes, la lune – figure masculine -, et surtout Perkunas, la foudre. Forêts, champs, rivières, feu, la nature est leur terre d’élection. Profondément ancrées du fait d’une christianisation tardive, les croyances païennes connaissent un regain d’intérêt grâce au mouvement letton Dievturiba en Lettonie et à Romuva en Lituanie qui font plusieurs milliers d’adeptes.

Vie sociale

L’été, les grandes plages de la Baltique sont des destinations de vacances populaires, bien que la température de l’eau ne dépasse jamais 20 °C. Mais l’hiver réjouit bien autrement les Baltes. Ski de fond, luge, pêche sous la glace et promenades sur la Baltique gelée sont les activités familiales dominicales. 

Sauna 
Bain rural ou bain public urbain, c’est une institution sociale. Autrefois, les femmes y accouchaient. A la campagne, le sauna peut encore être la seule source d’eau chaude des habitations. En ville, on y discute aussi bien des affaires de famille que des profits de l’entreprise et des contrats de travail. Propice à la détente, la pièce en bois est saturée de vapeur provoquée par aspersion d’eau sur des galets chauffés par un feu de bois. Des feuillages de bouleau ramollis par l’eau chaude servent à se « fouetter » mutuellement le dos et les jambes. Lorsque la chaleur (jusqu’à 100 °C !) devient insupportable, on s’immerge dans l’eau froide ou la neige. Pris en soirée, à la campagne, le sauna s’éternise tard dans la nuit et prend facilement une tournure festive, accompagné de bière et d’autres boissons.

Héritages soviétiques 
Malgré l’introduction de la démocratie et un virage économique, la vie sociale reste conditionnée par des schémas hérités de l’époque soviétique. L’uniformisation et le collectivisme ayant engendré des comportements de résistance destinés à bloquer la machine et à survivre individuellement, une répugnance courante pour tout ce qui peut ressembler à de l’embrigadement idéologique freine aujourd’hui le développement de la vie associative et syndicale. Du coup, les Baltes ont parfois du mal à travailler en équipe ou à créer des organisations de défense commune de leurs droits. Le groupe étant fréquemment assimilé à une menace des intérêts et des libertés individuelles, les relations familiales et les relations de voisinage constituent encore les principales cellules de solidarité.

Fêtes et coutumes

Le calendrier commun réunit les fêtes du Réveillon et du Nouvel An (31 décembre-1er janvier), les fêtes chrétiennes de Noël (24-25 décembre pour les catholiques, première semaine de janvier pour les orthodoxes), des Rameaux, du Vendredi saint (férié, contrairement au lundi de Pâques), les Pâques catholiques et orthodoxes, ainsi que les commémorations des déportations de 1941 (le 14 juin en Lituanie et en Lettonie) et surtout, la Saint-Jean (24 juin).

Agenda festif, culturel et sportif

4 mars : Kažuikas, fête de Saint-Casimir, patron de la Lituanie. Grande foire d’artisanat à Vilnius.
1er samedi de janvier : courses de chevaux sur le lac gelé de Sartai, près d’Utena (Lituanie).
24 février : fête d’Užgavenes (mardi gras). Au milieu des masques d’oiseaux et d’animaux, une effigie féminine, More, symbolisant l’hiver, est brûlée.
Avril : Festival international de jazz de Kaunas.
Mai : Festival d’avant-garde Life de Vilnius (danse, théâtre, musique).
1re semaine de juillet : pèlerinage de l’église de Žemailiu Kalvarija.
Juillet : Festival de musique d’été de Vilnius.
Mi-août : Journées de Vilnius.
Octobre : Festival international de jazz de Vilnius.

Nuit de la Saint-Jean 
Héritière du rituel païen célébrant le solstice d’été (23-24 juin), la nuit la plus courte de l’année couvre simultanément les trois pays de feux de joie. En début de soirée, les proches se réunissent à la campagne autour d’une bière douce, brassée pour l’occasion, et de fromage. Au crépuscule, les femmes couronnées de fleurs et les hommes de feuilles de chêne parcourent la campagne en chantant des refrains repris par les groupes rencontrés. De maison en maison, les participants se livrent à la décoration florale des habitations. Cette nuit-là, l’eau et les plantes se dotent de pouvoirs surnaturels de fertilité et de guérison. Dans les forêts, une mystérieuse fougère en fleur éclôt, dont la légende dit qu’elle réalise les vœux des couples.

Baltika : le Festival international de folklore (mi-juillet) 
Depuis 1987, le Festival international Baltika est accueilli à tour de rôle par Tallinn, Riga et Vilnius, chaque année à la mi-juillet. La dernière édition (2008) a eu lieu à Vilnius, la prochaine (2009) aura lieu à Riga et la suivante (2010) à Tallinn. Pendant une semaine, chansons, musique et danses traditionnelles sont interprétées dans les costumes folkloriques de chaque pays et de chaque région. Blouses, vestes et châles brodés, jupes colorées, ainsi qu’une infinie variété de couvre-chefs et de couronnes végétales portés par plusieurs milliers de participants produisent l’effet d’un gigantesque conte de fée.

Art et culture

La musique est une composante essentielle des identités culturelles. Les festivals nationaux de chants sont organisés dans chaque pays tous les cinq ans, rassemblant jusqu’à 100 000 spectateurs et 30 000 choristes. Les Baltes raffolent aussi des concerts d’orgues, musique de chambre, jazz et musique lyrique, au point de traduire les livrets jusque dans la bouche des sopranos. Les orchestres philharmoniques de Tallinn, Vilnius et Riga sont dirigés par des chefs de réputation internationale et celle des compositeurs estoniens Erkki-Sven et Arvo Pärt n’est plus à faire. La Lituanie est la patrie d’un grand compositeur romantique du début du siècle, Mikalojus Konstantinis ?iurlionis, auteur de la Symphonie de la mer.

Cinéma 
Le Festival de Cannes 1996 découvre l’existence du cinéma balte avec Few of Us du lituanien Šarunas Bartas. En Lettonie, la tradition cinématographique s’est précocement développée grâce à des documentaristes comme J.R. Dorets, qui réalise le seul film nonofficiel des funérailles de Lénine. Le Riga Film Studio, fondé en 1961, produit une dizaine de films par an, du dessin animé au film romanesque. Remarquée à Cannes en 1994 lors de la présentation de Soleil trompeur, de Nikita Mikhalkov, l’enfant chérie du cinéma lituanien Ingeborga Dapkunaite poursuit aujourd’hui une carrière internationale d’actrice avec A Slip of the Tongue, de John Malkovich, Sept ans au Tibet, de Jean-Jacques Annaud ou, plus récemment, en 2007, Hannibal Lecter, de Peter Webber. En décembre a lieu à Tallinn, en Estonie, un festival de cinéma très connu, « Nuit Noire » qui met en valeur des films Européens pour faire connaître au public les films venus de la Baltique et les autres.

Tallinn, nouvelle capitale du design 
Vêtements, luminaires, mobilier, graphisme…, Tallinn est devenue une capitale en vue dans le monde du design. Les nouveaux cafés et restaurants de la ville se distinguent par leurs intérieurs nordiques d’une sobriété sophistiquée. La production de meubles, secteur clé de l’économie, est devenue une pépinière pour les jeunes designers comme Martin Pärn, lauréat du prix international Rote Punkt avec sa « table de Martin ». Des baignoires aux box à skis, les petites entreprises foisonnent sur le marché de la conception. Des artistes comme Katrin Amos et Ülle Kőuts ont trouvé dans la bijouterie leur terrain d’expression. Tallinn a été désignée par les instances de l’Union – avec Turku (Finlande) – capitale européenne de la culture en 2011.