Un sommet du syncrétisme religieux

PAR NAUDIN CATANEO

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Paraît-il que ce serait très dur… que t’aurais des ampoules voire des engelures aux pieds tellement le froid est froid… Que certains n’atteindraient pas le sommet… Que d’autres n’en reviendraient pas ?… A écouter les récits colportés par les uns et les autres, il est difficile de savoir à quoi s’attendre, alors voici pour vous un topo !

Mon périple à la conquête du pic d’Adam débute bien loin du site, à Sigiriya, dans la partie nord du Sri Lanka. Il a fallu se décider à l’aube de ce jeudi 22 février : le week-end s’annonce et le chemin vers le sommet est alors traditionnellement très encombré, évitons la cohue !

Après une journée de trajet, au moyen de deux bus, puis d’un taxi, et une très courte nuit, me voici à l’entrée du site, sur les coups de 2h du matin : la montée se fait habituellement de nuit afin d’admirer le lever du soleil au sommet.  Il s’y trouve un temple, qui contient un joyaux : une empreinte (en or s’il-vous-plaît) du pied sacré de Bouddha ! Aussi l’ascension est-elle un pèlerinage prisé des bouddhistes cinghalais eux-mêmes, qui représentent le gros des troupes sur la route.

L’entrée est libre, vous y êtes accueillis par deux moines particulièrement sympathiques, qui vous demandent de signer un registre. Je m’exécute et constate qu’en face des signatures sont signalés des montants : la stratégie est bien rodée et comment ne pas se montrer généreux à son tour, encouragé par les sourires de Miss de mes interlocuteurs. En plus  ils vous passent au poignet un bracelet, qui devrait vous assurer une protection et un secours utile pour l’effort requis ensuite. Me voilà conquis et espérant que ma contribution aide à l’entretien du lieu, voire à la subsistance des moines, je ne me montre pas (trop) chiche.

Après une journée de trajet, au moyen de deux bus, puis d’un taxi, et une très courte nuit, me voici à l’entrée du site, sur les coups de 2h du matin : l’ascension se fait habituellement de nuit afin d’admirer le lever du soleil au sommet.  Il s’y trouve un temple, coffret renfermant un joyaux : une empreinte (en or s’il-vous-plaît) du pied sacré de Bouddha ! Ainsi l’ascension est-elle un pèlerinage prisé des bouddhistes cinghalais eux-mêmes, qui représentent le gros des troupes sur la route.

L’entrée est libre, mais deux moines excessivement souriants vous laissent savoir qu’une donation, libre aussi, est possible, suite à quoi ils vous passent au poignet un bracelet, qui devrait vous assurer une protection et un secours utile pour l’effort requis ensuite. Aussi ne me fais-je pas prier et espérant que ma contribution aide à l’entretien du lieu, voire à la subsistance des moines, je ne me montre pas (trop) chiche.

Le chemin est d’abord facile, avec un faible dénivelé, puis la pente s’accentue au fil de la progression, viennent ensuite les marches, dont les degrés sont de moins en moins profonds et de plus en plus élevés, à mesure que l’on avance. Mais ce n’est pas pour décourager les vaillants pèlerins, pas même les mémés pliées en deux  : ce sont des familles entières, coiffées de bonnets de laine, gantées et couvertes de vestes polaires que d’avides marchands leur vendent partout dans le village, en faisant courir le bruit que le froid au sommet serait arctique, qui avancent ensemble… Moi-même je suis un peu inquiet, n’étant vêtu que d’un pantalon de toile légère et d’un sweat à capuche, et n’emportant dans mon sac à dos qu’une petite une épaisseur supplémentaire.

Deux Suissesses avec qui j’ai voyagé durant la journée m’ont néanmoins gentiment fourni des gants que des randonneurs de la veille leur avait eux-même donnés, car, paraît-il, la dernière partie de l’ascension serait véritablement à pic, et en nécessiterait l’usage pour s’agripper aux barrières de protection et à une corde dans les dernier mètres… Le challenge serait-il une sorte d’ascension de la face nord de l’Everest, version sri lankaise ? Nous verrons bien si tout cela relève de la légende ou non…

Moi-même je suis un peu inquiet, étant assez pauvrement vêtu, d’un pantalon de toile légère, d’une simple veste à capuche et n’emportant dans mon sac à dos qu’une petite une épaisseur supplémentaire. Deux Suissesses avec qui j’ai voyagé durant la journée m’ont néanmoins gentiment fourni des gants que des randonneurs de la veille leur avait eux-même donnés, car, paraît-il, la dernière partie de l’ascension serait véritablement à pic, et en nécessiterait l’usage pour s’aggriper aux barrières de protection et à une corde dans les dernier mètres, ce qui se révèlera aussi légendaire que le supposé froid glacial.

La montée se fait dans une ambiance assez conviviale même si les visages se contractent à mesure de l’avancée. Des haltes sont suggérées régulièrement par la présence de bars à thé, où il est possible de boire et manger dans une ambiance un peu refuge de montagne. La vue est réduite en raison de la configuration du terrain, mais les marches bénéficient d’un éclairage, ce qui offre le double avantage de pouvoir anticiper le trajet et d’agrémenter le chemin de deux rais lumineux qui serpentent dans la nuit sur la montagne : cela ne manque pas de charme !

            Mon rythme est bon et je multiplie les arrêts pour éviter d’arriver trop tôt au sommet ; j’ai déposé les deux jeunes Helvètes, qui vont à une cadence suisse, si j’ose dire, et elles ont bien raison. Vers la moitié du chemin je suis moi-même dépassé par deux jeunes femmes, que j’ai à peine le temps d’apercevoir : elles courent, sprintent même, sur des marches de plus en plus ardues : leçon d’humilité, je suis passé de lièvre à tortue… Mais il est vrai que rien ne sert de courir car il faut arriver au point du jour, pas avant. Deux heures après le départ me voici presque au sommet, dont l’approche forme un goulot d’étranglement où tout le monde piétine.

Finalement – au terme de 5500 marches qui piquent –, le point culminant est atteint : il est couronné d’un temple où les fidèles se pressent. J’entre par curiosité et y découvre la fameuse trace de pied du Bouddha, le dessin en est assez grossier, mais admettons. Je dissimule mal un demi-sourire mais suis touché par la ferveur cérémonieuse qui l’entoure. Alors c’est l’attente du lever de soleil, la foule gagne en densité, puis sans que je m’en aperçoive les autorités ont clos les portillons de l’entrée : «  Ils avaient refermé la porte en douce derrière nous les civils. On était faits, comme des rats. » (un sachet de thé de Ceylan au premier qui identifie cette citation!). La situation n’est pas si dramatique, mais la promiscuité avec la foule ne m’enchante guère et gâche un peu, beaucoup, le plaisir.

            J’essaye alors vainement de me frayer un chemin vers la sortie, constatant que je ne peux même pas admirer l’apparition de l’astre. Nous sommes si nombreux que nous finissons par faire bloc et il est impossible de se mouvoir : je prends donc mon mal en patience et accepte stoïquement, voire bouddhiquement, mon sort.

Lentement le soleil fait son apparition au travers des barreaux dorés finissant en pointes de flèches qui ceignent le temple. Beau spectacle, mais qui gagne encore en qualité quand je parviens enfin à m’extirper de la foule et trouve refuge quelques mètres plus bas sur un balcon formant un angle, après avoir franchi un portillon rouge sur lequel est inscrit « forbidden entrance ». Mais il faut faire preuve d’un peu d’audace et d’indiscipline bien française si l’on veut s’isoler un instant du troupeau panurgique, c’est alors que l’inattendu offre ses présents… 

Deux moines se trouvent déjà sur cette saillie de béton et font mine de ne pas me remarquer, me laissant le loisir d’observer, seul, et de photographier à la mitraille pendant quelques minutes un lever de soleil depuis un point absolument idéal ; le panorama est époustouflant : des vagues de toits montagneux, entourés de nuages brumeux comme des voiles de gaze, qui en épousent les contours. Je me sens comme le Voyageur de Caspar David Friedrich, avec l’avantage  d’être réchauffé par le soleil lumineux de l’aube tropicale. Quelques minutes de grâce que peu de marcheurs ont pu s’offrir…  (mon conseil est de visiter le temple assez tôt, d’en sortir avant le lever du soleil et de trouver un point d’observation adéquat, sachant qu’il existe un certain nombre de chemins latéraux à la route principale. Il faut redescendre de quelques dizaines de mètres, et la vue est enfin dégagée et tout aussi belle qu’au sommet, la foule en moins !)

            Puis un des moines me fait doucement observer que ma présence est indésirable, je le remercie chaleureusement et vide les lieux sans demander mon reste. Je redescends tranquillement en empruntant régulièrement les chemins latéraux afin de multiplier les vues et les photographies – surtout mentales – de la ville encore endormie de Nallathanniya en contrebas, prise dans un entrelacs de cours d’eau, enserrée de montagnes sur les flancs et dont l’horizon s’ouvre et se déploie sur un grand lac qui en constitue l’arrière-plan.

La dernière partie du chemin se fait avec un compatriote rencontré quelques jours auparavant : le monde des voyageurs est petit ! La conversation nous fait oublier notre fatigue et nos jambes lourdes : la descente est aussi difficile que la montée et d’autres muscles travaillent, ce qui prépare notre corps à de merveilleux jours de douloureuses courbatures…  Mais ne faut-il pas souffrir lorsqu’on randonne, s’éprouver tout au moins ?

            Vous l’aurez compris, l’ascension du pic d’Adam est une belle expérience, dont le charme est dû à la fois à la beauté du site et à l’agrément du trajet, mais aussi à son caractère authentique, étant un lieu de pèlerinage fort prisé. Dans cette atmosphère zélée, il semble que pour chacun le cheminement soit autant extérieur qu’intérieur : allez savoir ce que vous découvrirez  au Sri Prada, nom cinghalais de cette montagne, signifiant « empreinte sacrée » (celle du pied de Bouddha) et qui doit son nom de pic d’Adam, au fait que l’ancêtre biblique y fut envoyé par Dieu après qu’il eut été chassé du jardin d’Éden. Aussi est-ce un lieu de culte bouddhiste, chrétien et musulman, un sommet du syncrétisme religieux …

Quel âge avez-vous ? 36 ans – Combien de pays avez-vous visité ? A vrai dire je ne compte plus ! Facilement une quarantaine. – Quelle est votre destination préférée ? Celle que j’ai en point de mire ! – Quel type de voyageur êtes-vous ? Backpacker, je voyage simplement, j’aime les rencontres, la nature (montagne, mer, forêt), faire du sport sur place (randonnées, yoga, beach-volley, surf, etc.). Le plus important est sans aucun doute le contact humain. – Quelle est votre prochaine destination ? L’indonésie cet été. – Qu’est-ce qui fait de vous un passionné du voyage ? Un ami m’a vivement encouragé à voyager seul, ce que j’ai fait il y a des années aux Philippines, depuis j’ai le virus ! Le goût de l’indépendance, de la liberté, des nouveaux horizons, des gens font de moi un éternel voyageur.
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Quel âge avez-vous ? 36 ans – Combien de pays avez-vous visité ? A vrai dire je ne compte plus ! Facilement une quarantaine. – Quelle est votre destination préférée ? Celle que j’ai en point de mire ! – Quel type de voyageur êtes-vous ? Backpacker, je voyage simplement, j’aime les rencontres, la nature (montagne, mer, forêt), faire du sport sur place (randonnées, yoga, beach-volley, surf, etc.). Le plus important est sans aucun doute le contact humain. – Quelle est votre prochaine destination ? L’indonésie cet été. – Qu’est-ce qui fait de vous un passionné du voyage ? Un ami m’a vivement encouragé à voyager seul, ce que j’ai fait il y a des années aux Philippines, depuis j’ai le virus ! Le goût de l’indépendance, de la liberté, des nouveaux horizons, des gens font de moi un éternel voyageur.
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