En voyage en Nouvelle Calédonie, deux mois dans un petit bout de France aux antipodes et en même temps en terre inconnue, comme avec ce séjour sur l’île de Maré, une des trois îles Loyauté…

PAR DELPHINE LAHARY

« Nous séjournons pour la première fois en tribu, « chez Léon » : comment ça se passe ? En fait, ça fonctionne comme un gîte, sauf que nous plantons la tente dans le jardin de Léon et Marie, dans la tribu d’Eni, le dernière au sud de Maré, l’île la plus australe des Loyauté. Une tribu, c’est comme un lieu-dit chez nous, un panneau l’indique, et toutes les habitations que l’on trouve en bord de route en font partie. En général, la maison du grand chef est reconnaissable car plus grande et plus imposante que les autres.

Rencontres

Les trois premiers jours, nous profitons de la plage à côté du gîte, car nous ne récupérons la voiture de location que plus tard. De quoi prendre le temps de se poser et de ne rien faire ! Vers 15 heures, à la sortie de l’école, nous voyons une petite fille dévaler la plage pour venir discuter avec nous. La voilà qui nous montre son classeur, qui nous chante ce qu’elle apprend en classe et qui finit par aller casser une noix de coco pour notre goûter.

C’est aussi cela les voyages, des rencontres insolites, particulières et d’autant plus précieuses, car on sait très bien que toutes ces personnes, on ne les reverra jamais… Du coup, pendant que mon frère et mon meilleur ami apprennent avec Jean-Michel et Sylvain (venus de Nouméa pour un mariage dans leur tribu d’origine) comment attraper des crabes de cocotier, voici ma tête confiée aux bons soins de Noémie et Mégane (deux cousines mais ici, tout le monde est cousin !) qui m’appliquent sur les cheveux de l’huile de coco en me racontant des légendes.

A mon tour de finir avec « le petit Chaperon rouge », qui lui aussi a traversé les mers avec bonheur puisque le « c’est pour mieux te manger, mon enfant ! » a le même succès que dans l’hémisphère nord !

Le lendemain, nous avons la chance et l’honneur de faire la connaissance avec le grand chef de la tribu d’Eni : je passe les détails qui ont fait que nous en sommes arrivés là, toujours est-il que mon frère se retrouve à lui changer la batterie de sa voiture, et moi, pendant ce temps, à bavarder avec sa femme autour des rituels de mariage (on l’a dit, c’est la saison car c’est le moment de la récolte de l’igname), leur petit-fils Gabriel sur les genoux.

Noémie nous retrouve encore à la sortie de l’école, pour jouer les guides et nous faire goûter de la papaye verte, de l’igname frit, et des bananes grillées. L’après-midi se termine par une partie de cartes avant de nous rendre dans un endroit bien particulier, un nakamal, ou bar à kava.

Initiation au kava

Une expérience… que l’on qualifiera… d’inoubliable ! Alors le kava, qu’est-ce que c’est ? une décoction à base de racines broyées, pour vous faire une boisson apaisante qui au départ n’était réservée qu’aux hommes avant les débats ou prises de décisions pour que les esprits ne s’échauffent pas et qu’ils restent zen… vous voyez l’idée !

La mixture est en consommation libre, les autorités jugeant ses effets moins dangereux que ceux de l’alcool (un vrai fléau ici) et le cannabis. Nous arrivons donc à une case, perdue dans une autre tribu ; à l’entrée, on nous demande combien on en veut, 50 ou 100… je prends 100, pour faire comme les autres, sans trop comprendre s’il s’agit du prix ou de la quantité… l’homme me demande si c’est ma première fois et comme j’opine du bonnet, m’affirme avec un sourire vaguement énigmatique : « tu vas voir, tu te sentir bien, après ! » gloups…

Imaginez aussi l’ambiance : lumières tamisées dans le rouge, essentiellement des hommes, un qui joue de la guitare en chantant une douce mélodie, des nuages de fumée, car ça fume pas mal (le tout est de savoir quoi…) Et puis vient le moment fatidique : il faut boire ! Un petit bol de terre, un breuvage épais et verdâtre, mon frère qui me chuchote à l’oreille : « en fait c’est dégoûtant, c’est comme si tu buvais de la terre, bois-le d’un trait ! »

Nous voilà à trinquer à la tahitienne, et puis, il faut bien se lancer. Mon frère et mon meilleur ami ont ouvert le bal, mais en les voyant cracher par terre sitôt après… je contemple mon bol d’un air perplexe. A mon tour, donc ! gloups… d’un trait, je siffle le tout : c’est âcre, âpre, crayeux, plutôt épicé… et franchement ignoble ! j’ai l’impression que ma langue gonfle dans ma bouche ! je ne me ressers pas, préférant conserver en bouche et en mémoire le charme de la nouveauté !

Fort heureusement, le plat qui nous attend le soir chez Léon est succulent, cochon sauvage et riz coco ; nous aurons aussi goûté au crabe de cocotier, repas divinement cuisiné par Marie.

Durant ces quelques jours, j’ai vraiment eu l’impression de vivre un épisode de « voyage en terre inconnue », c’est une chance d’avoir pu vivre ces moments, de faire ces rencontres à l’autre bout du monde… le retour à la réalité va être brutal mais il faudra conserver cet art de vivre, plus zen, loin de la précipitation et de l’urgence dans laquelle on se retrouve vite pris.

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Une passionnée du voyage ? le plaisir de préparer, prospecter avant de partir, aller acheter le guide adéquat ! et pendant et au retour, le traditionnel carnet de voyage qui vient doubler l’album photo. Au retour aussi, se demander quelle sera la prochaine destination. Peu importe la destination, pourvu que je parte ! Marseille et les Calanques, Cadaquès et le sentier littoral de Cerbère, Lyon bientôt, l’idée étant de toujours découvrir, rencontrer et apprendre.

J’ai 39 ans, et j’ai visité pas mal de pays d’Europe, surtout des capitales européennes (Vienne, Prague, Rome, Londres, Athènes…) avec un rapport privilégié à l’Italie‌ car j’y ai de la famille. Côté horizons lointains, les parcs américains, Los Angeles et San Francisco, l’Australie (périple Perth-Darwin, Sydney, Brisbane, le Red Center d’Uluru à Alice Springs), et la Nouvelle Calédonie où vit mon frère. Je ne connais pas l’Asie, j’adorerais voir Angkor, mais je n’ai pas gagné le voyage, hélas !
Prochaine destination, une semaine à Palerme en avril, pour pratiquer l’italien et découvrir une nouvelle facette de l’Italie. Donc pour ma destination préférée, incontestablement l’Italie, pour la gastronomie, la culture, la beauté à l’état pur… il y a là une lumière qu’il n’y a pas ailleurs. Et puis, je suis passionnée de culture antique.

Quel type de voyageuse ? plutôt organisée en amont, j’aime esquisser un programme qui laissera place malgré tout aux imprévus. En périple campervan pour l’Australie, ou appartement dans les villes. Rarement des hôtels. J’aime l’impression de « rentrer chez moi » quand je circule dans une rue de Florence. J’aime les rencontres, les échanges qui peuvent se créer dans les transports en commun, les conseils donnés pour un site à visiter (c’est parce que je parle italien que j’apprécie autant d’y aller). J’aime aussi alterner les voyages plutôt culture et ceux qui permettent de découvrir des paysages à couper le souffle, de se dire qu’il y a vraiment des choses sublimes sur la terre.

Une passionnée du voyage ? le plaisir de préparer, prospecter avant de partir, aller acheter le guide adéquat ! et pendant et au retour, le traditionnel carnet de voyage qui vient doubler l’album photo. Au retour aussi, se demander quelle sera la prochaine destination. Peu importe la destination, pourvu que je parte ! Marseille et les Calanques, Cadaquès et le sentier littoral de Cerbère, Lyon bientôt, l’idée étant de toujours découvrir, rencontrer et apprendre.

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