Ils sont là,tellement beaux, les murs blancs du fond de l’Espagne.

PAR CÉDRIC DHAUD

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Si je me souviens bien, l’idée était née un soir, autour d’une pizza et d’une bouteille de vin rosé, dans le centre ville de La Rochelle. Cela seraient nos premières vacances ensemble avec mon amoureuse car nous nous connaissions que depuis quelques mois.

L’Andalousie. Des températures clémentes pour un mois d’octobre, la mer, la montagne, de belles villes à découvrir…une destination pas trop lointaine, ni trop onéreuse mais dépaysante…bref l’idéale pour partir sac à dos et chaussures de marche aux pieds.

Et puis j’avais ce vieux rêve dans un coin de ma tête d’accompagnateur en moyenne montagne : traverser la Sierra Nevada du sud au nord, de la Méditerranée jusqu’à Grenade….En marchant doucement, à son rythme, Alice bien que novice et sans entrainement y parviendrait sans aucun doute.

Départ de Bordeaux, escale à Madrid et atterrissage à Malaga en début de soirée. Tiédeur de l’air, premières tapas et parfums de jasmin dans les ruelles. Les arbres en ville sont des citronniers, des orangers. Nous flânons quelques jours : les vieux remparts de l’Alcazaba recouverts de palmiers, de bougainvilliers et de cactées, l’eau claire de Méditerranée à Nerja, le vin Rioja aux sons des guitares flamenco nous enivrent d’une torpeur andalouse.

Sur la carte, le trajet est simple, il faut prendre le bus jusqu’à Capileira, village à partir duquel un sentier de randonnée grimpe jusqu’au sommet de la Sierra, le Mulhacen (3481m) ou du moins jusqu’au col qui permet de basculer sur le versant nord si on ne souhaite pas faire l’ascension du pic ce qui est notre cas. Les guides topographiques indiquent une montée progressive, longue mais sans difficulté.

Capileira, est une petite bourgade du piémont sans grand charme et l’ambiance a changé, la température aussi. Loin du farniente de la côte, les gens semblent affairer, les pick up circulent de part et d’autres, les chaussures de marches ont remplacé les tongs…il n’y a plus de touristes.

Nous sommes heureux, des fourmis dans les jambes, impatients de partir à l’aventure. Le chemin est fléché, balisé, et un sentiment grisant de liberté nous accompagne sur ces premières pentes. 

Parfois au détour des lacets, au loin dans le paysage verdoyant, au travers des lourds nuages qui commencent à passer, le soleil
dardent ses rayons sur les petits villages. Ils sont là,tellement beaux,les murs blancs du fond de l’Espagne.

Après cette première nuit sous la tente en pleine nature, une grande journée de marche nous attend pour rejoindre la prochaine étape : le refuge de Poqueira à 2500m d’altitude. Le ciel est couvert, sombre et il fait frais peut être 10°C. Un guide espagnol croisé en chemin, nous confirme la direction et nous encourage d’un « muy facile » même si la bruine nous suit depuis le matin.

Les heures de marche s’accumulent et la fatigue aussi. Plus on monte, plus il fait froid et plus la luminosité diminue. Par cette température, avec notre équipement trempé, il serait vraiment peu agréable de dormir dehors et l’inquiétude grandit. Alice faiblit, les jambes sont lourdes et nous ne savons pas exactement la distance qui nous sépare du refuge.

En cet fin d’après midi la neige se met à tomber et devant nous le sentier devient un raidillon. Des larmes de découragement coulent sur ses joues. L’arrivée d’un groupe de randonneurs nous rassure, et un ultime effort nous mène au refuge caché à quelques centaines de mètres.

Le lendemain matin, la neige a recouvert le paysage, et l’horizon dégagé laisse la place à un soleil radieux et réparateur. Le panorama est magnifique et nous permet d’observer le col et le pic Mulhacen à sa droite.

Reposés par une bonne nuit de sommeil, nous partons pour la fin de l’ascension, les pieds dans la neige, dans l’air à l’oxygène de plus en plus raréfié, les muscles encore un peu endoloris. Juste au col, à 3200m d’altitude il y a un refuge non gardé. Nous y passerons la nuit blottis dans nos duvets non sans avoir admiré au loin les côtes africaines irradiées par le soleil couchant.

Nous basculons sur le versant nord, pour partir à la découverte de Grenade.. Nous l’avons fait, nous glissons le sourire aux lèvres vers la vallée comme des rois attendus à l’Alhambra pour y déguster les mets les plus fins d’Andalousie.

C’était un beau voyage.