Alors, je tombe amoureuse du bush. Quel bonheur de parcourir cinq kilomètres tous les matins, dans le bush, le vrai.

PAR MARINA HAKEM

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Au début, je m’émerveille car tout est nouveau : pas à pas, je découvre ce qui va être mon quotidien et mon environnement pendant les trois prochains mois en Australie. Mon 4×4, ma maison, je n’y crois pas. Mes nouveaux voisins sont les moutons, les vaches, les chiens et les oiseaux qui chantent à tue-tête toute la journée.

Ensuite, j’écoute. Je suis en immersion dans une ferme du bush, où l’essentiel du travail tourne autour des vaches, des moutons et des céréales qu’ils font pousser. On m’apprend les gestes qui sauvent en cas d’accident, car l’hôpital le plus proche est à 2h30 de route (quand on sait qu’il faut administrer l’antidote contre le venin de l’araignée mortelle red back 4h après morsure, ça fait réfléchir …). On me montre les outils dont je vais avoir besoin au jardin, les tracteurs et leur utilité, les différents champs, enclos, prés. On me donne les nouvelles coordonnées GPS du coin, que je devrais faire miennes :

– Alors tu tournes à la mare et à gauche après l’arbre.

– Ta maison est juste là, à douze kilomètres à l’ouest du silot blanc …

J’assimile un nouveau vocabulaire : shed, paddock, ute, road train, burrs, shovel, rake, chooks, channel, fan Les boutons de l’air con, les vitesses manuelles et automatiques, les loquets des roues du 4×4, les touches de la cibi. J’ai beau me concentrer, je sais qu’il faudra s’y reprendre à plusieurs fois pour que j’intègre tout ce que je découvre.

Alors, je tombe amoureuse du bush. Quel bonheur de parcourir cinq kilomètres tous les matins, dans le bush, le vrai. La nature hostile, la terre rouge, ce soleil qui me brûle. Je ne compte plus mes clichés de levers et couchers de soleil, tous plus beaux les uns que les autres. Lorsque nous trinquons avec nos bières, dans la piscine ou autour du barbecue, je saisis la chance que j’ai d’avoir des boss tels que Kate et Greg. Qui ferait ça avec son patron ? Bien qu’ils se moquent parfois de la petite française végétarienne à la ferme, je remarque que les employés de ferme viennent me voir chaque jour en me demandant si ça va, si j’ai besoin de quelque chose, lorsqu’ils ne m’invitent pas directement chez eux. Cet environnement où rien ne m’est pourtant familier me conquit. L’hostilité du bush, de la faune et la flore vous obligent à être humble. Et en cela, certains paysages me rappellent l’Ouest Canadien, où l’on se sent tout petit face à la Nature.

Mais parfois le bush, je le déteste. Des choses simples, comme se reposer ou avoir du temps pour soi n’existent pas ici. Marre d’avoir une vie de labeur, à consacrer onze heures de mes journées au boulot, où tout tourne en direction du travail à la ferme. Incompréhensible de devoir conduire des heures durant, pour aller simplement faire ses courses les plus basiques. Insoutenable de travailler dehors quand la température frôle les 45 degrés. Marre que tout le monde agisse comme si tu avais toujours fait ça :

– Tu ne sais pas conduire un tracteur ?! Mais Luke qui a 12 ans les conduit depuis plusieurs mois lui ! Tu as ton permis moto au moins ?

 

– Tu ne sais pas comment attraper un mouton ? Vraiment ?

– Pourquoi tu es fatiguée ?

Au terme de journées qui n’en finissent plus, je me demande combien de jours (ou de semaines !) d’espérance de vie j’ai perdu et si je pourrais les rattraper un jour … Se lever le matin et avoir des courbatures partout, des os qui craquent, des genoux qui ne se plient plus, un dos tellement douloureux que tu es sûre de ne pas pouvoir bosser aujourd’hui. Mais en fait si … Marre de boire de l’eau rouge, car je n’ai pas l’eau potable et dois faire bouillir l’eau de la rivière qui sort du robinet. Horrible de travailler avec les moutons et vaches que je ne mange pas, mais que je regarde se faire traumatiser chaque jour pour devenir un futur steak ou gigot … Je ne fais même plus attention aux bêtes qui grouillent dans mon lit chaque soir, qui se promènent dans mes cheveux et dans mes oreilles. Mais quand même. J’ai encore du mal à saisir comment font-ils tous pour accepter de se battre autant contre les éléments : la chaleur étouffante, les tempêtes violentes et les orages et enfin les inondations … Plus encore que la solitude, le bush te fait expérimenter l’isolement : être loin de tout et de tout le monde, sans réseau, sans Wifi.

Putain de bush. Et puis comme en amour, avec celui ou celle que tu ne connais que trop bien, tu réapprends à découvrir et à aimer ce qui t’avais tant plus. Maintenant lorsque je me balade, je reconnais les arbres, les fleurs, les espèces végétales et animales dont il faut se méfier et celles au contraire qu’il faut bichonner. Je sais désormais attraper un mouton parmi un troupeau, sans même lui faire mal. Je n’ai pas assez de mes onze heures passées dehors, je ne peux désormais plus rentrer chez moi sans rester de longues minutes dans mon jardin. Je suis fière lorsque je vois les chiens de berger diriger les moutons d’après mes directives (hasardeuses). J’arrive (enfin !) à me repérer parmi ces 800 hectares de champs à perte de vue.

Alors oui, avec beaucoup d’humilité et d’amour, c’est un peu mon bush. Parce qu’il a éprouvé mon corps et ma tête, je l’aime autant que je le hais. Je lui suis infiniment reconnaissante car, grâce à lui, je me suis découverte autrement. Mon bush qui est tantôt l’enfer et le paradis. Mon bush qui m’a tellement apporté, remettant en cause ce que je croyais acquis, ou au contraire renforçant certaines de mes opinions. Je suis heureuse et fatiguée de faire cette expérience, comme un nouveau challenge quotidien.

Je sais qu’il y aura encore de bons moments, de rires avec les enfants, de découvertes avec Kate, de blagues avec Greg, de couchers de soleil splendides. Des instants de vie propre au bush qui vont, je le sais déjà, me manquer. Et puis il y aura aussi les jours où j’aurais juste envie que l’on me laisse tranquille. Où j’aimerais ne serait-ce que dormir jusqu’à 8h pour avoir l’impression de faire une grasse-matinée. Ces jours où tu rentres chez toi broyée, d’avoir trop travaillé. De ceux qui te font te demander pourquoi tu es venu jusqu’ici et si tu vas pouvoir tenir jusqu’au bout.

 

Un mois s’est écoulé depuis mon arrivée à la ferme. Il me reste encore un tiers de travail à effectuer avant de prendre la route, pour de bon cette fois-ci.

 

Marina

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– Quel âge avez-vous ? 26 ans– Combien de pays avez-vous visité ? Cette question m’a obligé à faire la liste car je n’avais jamais compté auparavant ! J’en suis pour le moment à 17 pays : 11 en Europe, 1 au Maghreb, 2 outre Atlantique, 2 en Asie, 1 en Océanie. Il en reste tellement à découvrir …– Quelle est votre destination préférée ? Il est très difficile de choisir tant chaque pays à une culture qui lui est propre, une atmosphère bien particulière, des odeurs, saveurs et couleurs bien différentes. Néanmoins, le pays que j’ai le plus visité et où j’ai brièvement vécu est le Canada. La douceur de vivre à Montréal, la neige et les moins 25 degrés de Québec, l’immensité des Rocheuses à l’Ouest, le surf à Vancouver, sont autant d’éléments qui me donnent envie de retourner vivre dans ce grand pays. J’ajoute que j’ai récemment eu un gros coup de cœur pour le Cambodge. Premier pays d’Asie que je visite et qui m’a conquise.– Quel type de voyageur êtes-vous ? Pas évident de faire son autoportrait mais je peux au moins préciser de quelle manière j’aime voyager. J’ai découvert le slow travel lors de mon année en Australie, et je me vois désormais mal découvrir des pays autrement qu’en y vivant, en immersion avec des locaux et sur du plus ou moins long terme. J’aime énormément le voyage en solo et, de manière générale, je préfère être indépendante dans mes projets. Enfin, je raffole des grands espaces et de la Nature ! Le désert en Australie, les montagnes et les lacs au Canada, ou encore les rizières au Cambodge font partie de souvenirs inoubliables et magiques.– Quelle est votre prochaine destination ? Grâce à vous et au concours des passionné.e.s du voyage, direction la baie d’Ha Long au Vietnam !– Qu’est-ce qui fait de vous une passionnée du voyage ? L’envie de ne pas s’arrêter ? Celle de vouloir changer de vie pour devenir nomade au long terme ?
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– Quel âge avez-vous ? 26 ans– Combien de pays avez-vous visité ? Cette question m’a obligé à faire la liste car je n’avais jamais compté auparavant ! J’en suis pour le moment à 17 pays : 11 en Europe, 1 au Maghreb, 2 outre Atlantique, 2 en Asie, 1 en Océanie. Il en reste tellement à découvrir …– Quelle est votre destination préférée ? Il est très difficile de choisir tant chaque pays à une culture qui lui est propre, une atmosphère bien particulière, des odeurs, saveurs et couleurs bien différentes. Néanmoins, le pays que j’ai le plus visité et où j’ai brièvement vécu est le Canada. La douceur de vivre à Montréal, la neige et les moins 25 degrés de Québec, l’immensité des Rocheuses à l’Ouest, le surf à Vancouver, sont autant d’éléments qui me donnent envie de retourner vivre dans ce grand pays. J’ajoute que j’ai récemment eu un gros coup de cœur pour le Cambodge. Premier pays d’Asie que je visite et qui m’a conquise.– Quel type de voyageur êtes-vous ? Pas évident de faire son autoportrait mais je peux au moins préciser de quelle manière j’aime voyager. J’ai découvert le slow travel lors de mon année en Australie, et je me vois désormais mal découvrir des pays autrement qu’en y vivant, en immersion avec des locaux et sur du plus ou moins long terme. J’aime énormément le voyage en solo et, de manière générale, je préfère être indépendante dans mes projets. Enfin, je raffole des grands espaces et de la Nature ! Le désert en Australie, les montagnes et les lacs au Canada, ou encore les rizières au Cambodge font partie de souvenirs inoubliables et magiques.– Quelle est votre prochaine destination ? Grâce à vous et au concours des passionné.e.s du voyage, direction la baie d’Ha Long au Vietnam !– Qu’est-ce qui fait de vous une passionnée du voyage ? L’envie de ne pas s’arrêter ? Celle de vouloir changer de vie pour devenir nomade au long terme ?
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