Le massif du Balkan : Gorges de l’Iskar, Koprivchtitsa, Troïan

 

Stara Planina, la vieille montagne, comme l’appellent les Bulgares, étire ses reliefs sur toute la largeur du pays. Les sommets dépassent par endroits les 2 000 m et composent un paysage accidenté, recouvert de forêts et parcouru par des routes sinueuses, contraintes de franchir des cols. Haut lieu du patriotisme et de la résistance à l’occupant turc, c’est dans cette région difficile d’accès que se retranchaient les haïdouks. Ces hors-la-loi, avec à leur tête un « voïvoda », harcelaient les troupes ottomanes et bénéficiaient du soutien de la population locale. Au cœur du Balkan se nichent aussi nombre de villes historiques, comme Véliko Tarnovo, la capitale du second Empire bulgare (1187-1396), ou encore Preslav, un temps capitale du premier Empire bulgare (681-1018). Au sud du massif montagneux, juste avant l’été, les bassins des rivières Striama et Toundja se transforment en un immense parterre, coloré de rose et de rouge, exhalant un parfum enivrant : la vallée des Roses est en fleur.

Gorges de l’Iskar

A 30 km au nord de Sofia.
Après sa traversée de la capitale, la rivière Iskar franchit un massif calcaire en creusant de profondes gorges. Avec ses murailles rocheuses percées d’innombrables grottes, ce paysage karstique est un paradis pour les grimpeurs et les spéléologues. La route qui relie Novi Iskar à Mezdra permet de parcourir le site sur toute sa longueur.
Grottes de Gara Lakatnik 
Sur la rive gauche des gorges, à hauteur du village de Lakatnik, s’ouvrent de nombreuses grottes en accès libre. La plus grande et la plus intéressante d’entre elles, Temnata Doupka, abrite plusieurs lacs alimentés par une rivière souterraine qui se transforme par moments en cascade.

Monastère de Tchérépich
A 10 km au sud de Mezdra. Ouvert tlj de 7 h à 20 h. Entrée libre.
Peu avant la sortie des gorges, un chemin se dirige vers la rivière et conduit jusqu’à ce monastère installé au bord de l’eau. Des bâtiments aux murs blancs et aux toits de lauzes émergent au milieu de la végétation. Ils se groupent autour d’une église très simple, entourée d’arcades blanches. Les parties les plus anciennes datent de la fin du XVIe siècle, alors que la plupart des bâtiments résidentiels ont été édifiés autour de 1836. L’établissement a connu une grande activité littéraire du XVIe au XVIIIe siècle et a fourni de nombreuses œuvres.

Eglise de l’Assomption 
L’église conventuelle, édifiée au XVIe siècle, a été modifiée et décorée à nouveau au début du XIXe siècle. Son actuel dôme date de 1888. A l’intérieur, l’iconostase présente de multiples motifs floraux sculptés et dorés encadrant des icônes datées du XVIe au XIXe siècle. Il subsiste aussi quelques fresques d’origine.

Monastere de Troian © Danail Nachev

Monastere de Troian © Danail Nachev

Koprivchtitsa

A 100 km à l’est de Sofia.
Ce village pittoresque fait partie des plus belles villes-musées du pays. Il offre un indéniable intérêt historique, mais c’est surtout un joyau architectural de la période de la Renaissance bulgare. Outre la visite des musées, il fait bon flâner entre les maisons colorées et les jardins verdoyants, s’isoler près de la rivière et voyager dans le temps.

Rappel historique 
Sans doute fondée par des boïars à la fin du second Empire bulgare au XVIIIe siècle, la cité était spécialisée dans l’élevage des brebis, des vaches et des chevaux. Le commerce de bétail à travers l’Empire ottoman, tout comme celui de la production des artisans locaux, s’avérait lucratif et la petite cité connaissait une grande prospérité. C’est à cette époque que les habitants les plus riches ont fait construire de magnifiques maisons. Cette bourgeoisie locale a également fourni d’ardents patriotes, luttant contre l’occupant turc. Le 20 avril 1876, Koprivchtitsa prend part à l’insurrection, avec à sa tête Guéorgui Benkovski (1843-1876). La défaite des insurgés sera scellée dans le sang. 

Maison d’Oslekov 
4, rue Guereniloto. Ouvert tlj sauf lundi de 9 h 30 à 17 h 30. Entrée payante.
Vaste demeure d’un riche marchand, construite en 1856, elle possède une façade peinte décorée de plusieurs tableaux représentant des cités lointaines. L’avancée formée par le premier étage repose sur des colonnes en cèdre du Liban, rapportées par le propriétaire lui-même.

Eglise de l’Assomption 
26A, rue Dimcho Debelianov. Ouvert sur demande.
Toute de bleue vêtue, cette église, édifiée en 1817, abrite une superbe iconostase due à un sculpteur de l’école de Tryavna. Parmi les icônes se trouvent notamment des œuvres de Zacharie Zograph, peintes en 1837-1838.

Maison Kablechkov (1851-1876) 
8, rue Todor Kablechkov. Ouvert tlj sauf lundi de 9 h 30 à 17 h 30. Entrée payante.
Grande maison symétrique, à la façade ocre, elle rappelle fortement l’architecture du Musée ethnographique de Plovdiv. Plafonds, placards et portes sculptées, peintures murales et mobilier évoquent le cadre de vie d’une famille de notables durant la Renaissance bulgare. Dans le salon, admirablement sculpté, le plafond représente un « grand soleil » fait d’épis de blés. A l’étage, une exposition évoque l’activité révolutionnaire de Kablechkov, mort lors de l’insurrection.

Pont Kalatchev 
Bâti en 1813, ce petit pont de pierre très sobre enjambe la rivière au moyen d’une seule arche. Il s’agit d’un lieu historique, puisque c’est ici que le premier coup de fusil a annoncé le début de l’insurrection d’avril.

La fièvre insurrectionnelle 
« Dans chaque village le dépôt d’armes, de cartouches et de poudre, celle-ci fournie par les Turcs eux-mêmes, s’enrichissait sans cesse, des troncs de cerisiers, forés, taillés, renforcés par des cercles de fer, constituaient l’artillerie ! Des drapeaux de soie, brodés de lions d’or rugissants, de parures fantaisistes d’insurgés, de brillantes chasubles de prêtres, des croix, des bannières constituaient l’ornement de la lutte imminente. Cette griserie générale avait gagné jusqu’aux jeux des enfants. (…) Mais il n’y avait pas de présages célestes annonçant la terrible tempête : seule, répandue partout, l’extraordinaire prédiction : « La Turquie tombera – 1876 », troublait même les plus sceptiques… » Sous le joug, Ivan Vazov, 1888 (édition française, Sofia-Presse, 1976).

Maison de Lioutov 
2, rue Nikola Belovezhdov. Ouvert tlj sauf mardi de 9 h 30 à 17 h 30. Entrée payante.
En 1854, des maçons de Plovdiv ont construit cette maison symétrique, aux murs bleus. Son propriétaire, un riche marchand commerçant jusqu’en Egypte, l’a dotée d’une décoration intérieure très raffinée dominée par le bleu. Dans l’une des pièces, le long d’un plafond sculpté, une frise de motifs floraux rejoint de nombreux médaillons dans lesquels sont peints des paysages. Ces scènes représentent des villes orientales et leurs caravanes, ou des bateaux voguant sur des mers lointaines.

Maisons Guéorgui Benkovski (1843-1876) 
5, rue Guéorgui Benkovski. Ouvert tlj sauf mardi de 9 h 30 à 17 h 30. Entrée payante.
Après être passé devant l’école Saints-Cyrille-et-Méthode, une des premières écoles bulgares, édifiée en 1837, il faut franchir la rivière pour atteindre une modeste maison de bois. Ici est né Guéorgui Benkovski, meneur de l’insurrection d’avril dans la région de Koprivchtitsa. L’intérieur simple tranche avec celui, luxueusement décoré, des riches demeures. Photographies et objets, parmi lesquels le fusil du révolutionnaire, retracent la vie de ce héros national.

Maison de Karavélov 
39, boulevard Hadji Nencho Palaveev. Ouvert tlj sauf mardi de 9 h 30 à 17 h 30. Entrée payante.
Propriétés du marchand Stoïcho Karavélov, les trois maisons ont été construites de 1810 à 1835. Une exposition est consacrée à son fils Liouben Karavélov (1835-1879), écrivain et figure révolutionnaire. La visite permet de découvrir sa presse à imprimer, les journaux qu’il publiait et des exemplaires de ses œuvres.

Troïan et ses environs

A 175 km à l’est de Sofia.
Depuis Koprivchtitsa, il faut grimper les pentes escarpées du Balkan pour atteindre Troïan. La route serpente dans un paysage sauvage et se hisse jusqu’au col du même nom, perché à 1 434 m. En été, pendant les journées couvertes, le passage disparaît sous les nuages. En hiver, durant les semaines les plus rudes, il est enfoui sous la neige. Le versant nord s’avère plus boisé et l’ambiance plus montagnarde. 

Monastère de Troïan
A 5 km à l’est de Troïan. Ouvert tlj de 7 h à 20 h. Entrée payante.
Perdus au fond d’une vallée sauvage, les bâtiments du monastère offrent une façade blanche en encorbellement reposant sur un socle rocheux au-dessus de la rivière Tcherni Osam. A l’intérieur, les ailes, doublées de galeries de bois avec piliers et balustrades sur deux étages, délimitent la cour. Quelques résineux y poussent, alors que des roses et des hortensias la fleurissent. Derrière les toits couverts de lauzes apparaît la verdure des forêts accrochées au versant de la montagne.

Suivez le guide ! 
Prenez une chambre au monastère. En y passant la nuit, vous découvrirez une autre ambiance, quand les touristes ont quitté les lieux et que les moines en reprennent pleinement possession.

Eglise de l’Assomption 
Basse et coiffée d’un dôme blanc, l’église est d’allure modeste. Accolée à l’extérieur s’ouvre une galerieavec des arcades soigneusement décorées de motifs floraux colorés. En 1848, le maître Zacharie Zographa peint les fresques qui en tapissent l’intérieur. Ces tableaux colorés et réalistes, typiques de l’artiste, représentent plusieurs scènes bibliques. Le Paradis est un jardin fleuri ceint de murs, aux arbres remplis d’oiseaux et de fruits. Dans le Jugement dernier, des femmes vêtues de leurs riches costumes finement brodés sont maltraitées par des diablotins velus. Ailleurs, la Mort est armée de sa faux et chevauche une monture famélique. Parmi les fresques de l’église, sur le mur nord, figure un autoportrait de Zacharie Zograph, visage serein et tenant son pinceau avec délicatesse. L’iconostase, réalisée au XIXe siècle par des artistes de Tryavna, est finement ciselée mais peu dorée.

Musée 
Les reliefs accidentés du Balkan offraient mille refuges aux révolutionnaires et autres haïdouksparticulièrement actifs en cette région. Vassil Levski (1837-1873), ce diacre patriote parcourant inlassablement le pays afin de créer les comités révolutionnaires, connaissait bien la Stara Planina et il se cachait souvent au sein du monastère. Aménagé dans la cellule qu’il occupait, le petit musée évoque cette page de l’histoire et présente quelques objets du XIXe siècle.

Apriltsi
A 28 km à l’est de Troïan.
Au bord des rivières Vidima et Ostrechka, installée à 506 m d’altitude dans une vallée ensoleillée, la ville permet de découvrir les richesses naturelles de la région et propose de nombreuses activités (pêche, équitation, randonnée, escalade, sans oublier les fêtes folkloriques). Aux portes du parc national, elle est entourée de falaises inaccessibles, de gorges vertigineuses et de cascades, comme celle de Vidima. Le pic Botev (2 376 m), point culminant du Balkan, n’est pas loin.

Une mosaïque d’écosystèmes 
Créé en 1991, le parc national du Balkan central se situe entre Troïan et la vallée des Roses, occupant la partie centrale et la plus haute du massif montagneux. Au cœur du Balkan sauvage, les forêts sombres de hêtres, d’épicéas et de sapins recouvrent les deux tiers de sa surface. Ce sanctuaire protégé accueille plus de la moitié de la flore de Bulgarie. L’été, edelweiss, crocus, gentianes et rhododendrons fleurissent dans les prairies d’altitude. Les trolls arborent de grosses fleurs jaunes et les campanules exhibent leurs clochettes bleues. Les grands mammifères se plaisent dans cet environnement disparate. Ours, loups, chamois, chats sauvages et loutres s’y côtoient. Les grottes abritent plusieurs espèces de chauves-souris. Le spermophile, petit écureuil terrestre vivant dans un terrier, y a aussi élu domicile.