Le temps disparait

PAR HAUD PLAQUETTE

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L’ancienne ville de Luzhi ouvre, par le biais d’un robuste pont qui la coupe de la modernité du reste des grandes rue, sur une place tentaculaire. Une petite plaine en pierre d’où partent des tentacules de ruelles. Il faut s’égarer rapidement et se perdre entre les maisons.

Le temps disparait attendu que le lieu est piéton, bercé par les canaux. Au fil de ce dédale, on découvre des autels où les mégots ont remplacé les cierges, où une vielle canette de soda remplace l’offrande quotidienne… Les tortues d’eau au pied des restaurants disparaissent quand le regard européen s’approche.

Les canaux, qui articule la vieille ville, ne sont pas ceux d’une Venise de Chine, mais un lavoir, un lieu de pêche, une ressource pour ses habitants, cloitrés parmi les petites maisons. On s’étonne de la cohabitation de boutiques modernes, et de ses chalands qui confectionnent à la main des brioches salées caramélisées.

Le dédale perd le touriste mais les locaux eux, sont en terrain conquis. Nous étions quatre, deux enfants, deux adultes, à observer le marchand de graine, le luthier en bordure d’eau, quand il s’est imposé devant nous.

Avec son costume trop gris, sa chemise trop propre, il a d’emblée demandé qui nous étions. Des touristes, des touristes en quête de découverte au-delà du décor. Il a semblé approuver puis est reparti sur une ruelle latérale. Pour réapparaître comme un diablotin, devant nous , cinquante mètres plus loin.

Mais quand même ? Et les enfants, ils venaient d’où ? En anglais parfait dans une petite cité où la calculette est davantage le langage universel. Il a opiné. Puis est retourné, nous dépassant. Pour, de nouveau, rejaillir au coin d’une autre rue. Alors nous avons décidé de prendre la photographie avec ce surveillant de fortune.

Le Parti trouvera sans doute très étrange qu’un grand blond et une petite française se promènent dans ces rues où la commercialisation n’a pas encore tissé sa toile . Il s’étonnera encore davantage des deux fillettes chinoises qui les accompagnent. Et il restera gêné, quand on lui expliquera qu’un bon camarade a posé au milieu de deux jeunes filles adoptées dès 2003…

Je pense que lorsque nous avons quitté la place et repassé le pont, son regard nous suivait encore, d’une petite rue de ci-de là…