Ile de Santo Antão

Spectaculaire, vertigineuse, Santo Antão cumule les superlatifs. Est-ce la plus belle île du Cap-Vert ? Elle est en tout cas unique. Sur l’île funambule, on devient le spectateur privilégié d’une remarquable mise en scène naturelle. Au pied de paysages chaotiques et grandioses, les vallées accueillent de véritables oasis qui confèrent une touche luxuriante à cette Madère africaine. Une communauté chaleureuse et courageuse y cultive une vraie manne pour l’archipel. Santo Antão est idéale pour les randonneurs qui disposent ici de plusieurs pistes balisées. Les villages en bord de mer sont pittoresques et la montagne abrite des hameaux posés comme des nids d’aigle. Une découverte qui gravera des images inoubliables dans l’esprit des visiteurs.

Santo Antão à l’horizon

De Mindelo, le spectacle offert par l’île voisine de Santo Antão, surtout au coucher du soleil, excite l’imagination : la forteresse minérale rougeoyante, coiffée d’une chape de nuages, semble inexpugnable.

La traversée en ferry 
Ferries au départ de Mindelo, 700 CVE l’aller.
Le court trajet par le « Canal » s’avère idéal pour observer les insulaires. Pour certains, c’est une punition car les Capverdiens ont beau avoir écumé les mers sur des baleinières, la plupart d’entre eux n’ont pas le pied marin. La mer est rarement mauvaise mais dès que le ferry s’ébranle, des passagers précipitent sur des seaux en plastique et, l’œil rivé au fond de ceux-ci attendent que ça se passe. Un sujet de plaisanterie pour leurs congénères moins timorés qui chantent en s’accompagnant d’une guitare ou d’un cavaquinho tout en s’abreuvant de rasades de grogue, le rhum capverdien. L’image hiératique de Santo Antão s’estompe dès qu’on s’approche de Porto Novo au sud-est de l’île, car cette zone est plate. Les nouveaux navires de plus grand tonnage ont remplacé le petit ferry et se comportent mieux sur la houle.

Port de Porto Novo 
Lorsque le navire passe la jetée, le soulagement se lit sur les visages. Le débarquement des passagers est ponctué de scènes de retrouvailles et l’activité monte d’un cran : camions bennes, vans et pick-up se chargent de vivres et d’équipement. Une escouade de taxis collectifs, les aluguers, va conduire les insulaires et les visiteurs vers Ribeira Grande, la ville principale. Une heure de trajet, une heure d’émerveillement pour la plus belle excursion du Cap-Vert sur l’Estrada a Corda.

L’Estrada a Corda

L’Estrada a Corda, la « Route de la Corde », grimpe progressivement du niveau de la mer jusqu’à une altitude de 1 200 m puis file sur une crête en équilibre sur des à-pics de 1 000 m. Le visiteur, médusé ou au contraire en état d’exaltation, observe un magnifique spectacle. La descente sur Ribeira Grande suscite de nouvelles surprises. 

De Porto Novo à Cova 
La route traverse des étendues arides sur 5 km puis s’élève progressivement. Collines et monts apparaissent, striés et découpés par les cultures en terrasses qui utilisent d’ingénieux systèmes d’irrigation traditionnels. L’eau ruisselle quasiment goutte à goutte, guidée par des pierres plates jusque dans de petites poches de terre. La déclivité augmente et l’on distingue la silhouette réconfortante d’une crête d’arbres puis d’une petite forêt de conifères. La nature se métamorphose.

Caldeira de Cova 
De la route, on observe en contrebas le fond de ce cratère volcanique endormi, tapissé par un réseau de damiers accueillant des cultures maraîchères. Au vu de la taille imposante du cratère situé 200 m en dessous, les paysans, à l’instar de leurs homologues canariens, communiquent d’une manière étrange : jouant avec les phénomènes d’écho, ils ne scandent que les fins de phrases qui seules sont intelligibles. Cova se situe à la jonction entre les deux versants montagneux de l’est de l’île.

Suivez le guide ! 
Ribeira Grande est une base d’excursions pour découvrir l’île à pied, mais il est conseillé de rester dormir à Ponta do Sol, village beaucoup plus joli et animé.

De Cova à Cabo Riveira 
Ce court tronçon suscite bien des surprises : sur la partie gauche de la route, des mimosas géants, des tamariniers, des pins et des eucalyptus embaument l’air. Une fraîcheur vivifiante s’installe et, au gré des virages, on entrevoit des panoramas splendides sur des crêtes dentelées et des aiguilles basaltiques.

La route funambule 
La réalisation de cet ouvrage peut paraître anecdotique puisqu’il ne s’agit que d’une modeste route de 36 km. C’est pourtant un objet de fierté pour tous les Capverdiens. La beauté des paysages entrevus sur l’Estrada a Corda ne doit pas occulter une réalité : le pays n’est pas riche et sa population limitée fournit peu de main-d’œuvre. Cette route sombre et lustrée aux reflets bleutés a ainsi demandé 20 ans d’un travail laborieux : la pose à la main de petits pavés lustrés, de taille inégale, travaillés au marteau, et s’emboîtant parfaitement les uns aux autres. Une tradition lusophone qui perdure au Portugal, aux Açores et à Madère. Un calcul plutôt fiable donne environ 15 millions de pavés. En observer le défilement permet d’amusantes comparaisons statistiques applicables aux populations humaines.

De Cabo Riveira à Ribeira Grande 
La route continue sur une crête et chaque virage délivre des visions fugitives. Le regard dégringole au fond des vallées à plus de 1 000 m en contrebas en suivant les arabesques des sentiers empruntés par une population de marcheurs. Certains élèves « randonnent » 3 h par jour pour se rendre à l’école. Toisant les cirques et les gouffres, d’improbables maisons blanches, à flanc de précipice, suscitent l’étonnement : pourquoi choisir des lieux aussi inaccessibles La descente sur Ribeira Grande est tout aussi spectaculaire. Le grand show qui dépend des nébulosités est orchestré par un subtil jeu de lumière entre le soleil et les nuages qui s’effilochent au gré du vent. De vagues contours apparaissent et soudain, le miroir étincelant de la mer s’incruste entre les aspérités. Art cinétique, fantasmagorie, le spectacle est total. La route plonge ensuite vers la mer et les paysages démesurés deviennent plus humains. On observe ainsi dans les ribeirasfertiles des masses de verdure : des manguiers énormes, des papayers graciles, des bananeraies et des plantations de canne à sucre. L’habitat, typiquement africain, se compose pour l’essentiel de paillotes en terre surmontées d’un toit de chaume. L’arrivée sur Ribeira Grande dont le cadre n’est pas très chaleureux déçoit après une telle profusion de beauté, mais la ville a son charme.

Suivez le guide ! 
Si vous allez à Ribeira Brava depuis Funchal par la voie rapide, attention ! Ne tournez pas à droite quand vous arrivez dans la vallée : vous vous retrouveriez vite en pleine montagne…

Excursions au départ de Ribeira Grande

Ribeira Grande, la modeste capitale de Santo Antão, regroupe une grande école, des bâtiments administratifs et un centre-ville animé. Il fait bon flâner autour de la jolie place bordée par une grande église, des bâtiments coloniaux de belle facture, et dans les ruelles. De Ribeira Grande, deux options sont possibles : la découverte du nord-ouest de l’île, sauvage et accidenté ou celle du littoral du nord-est qui abrite des villages situés sur l’embouchure des ribeiras, les vallées fertiles. Dans les deux cas, les randonneurs seront comblés. Des circuits leur permettent de rentrer réellement à l’intérieur de cette île à la fois secrète et accueillante. 

Retour de pêche à Ponta do Sol 
Tous les jours, sauf si la mer est trop remuante, le retour des pêcheurs rassemble une bonne partie de la population qui participe à ce rituel immémorial avec ferveur et innocence. Les barques contournent la jetée, les moteurs cessent leur vrombissement et les jeunes plantés sur la plage aident les pêcheurs à hisser les barques multicolores sur le sable. Devant une table de pierre surmontée d’une vieille balance, les femmes, la pipe à la bouche, s’apprêtent à découper de larges morceaux de thon. Une brochette d’adolescents penchés sur des cuvettes multicolores va écailler les petits poissons. Des jeunes filles accrochent des prises minuscules sur une tige d’acier recourbée. Les brouettes emportent les thons effilés. Tout le monde discute. Et demain, on recommencera comme au premier jour.

Vers Ponta do Sol 
Ponta do Sol est une charmante petite ville au patrimoine architectural limité mais remarquable au vu de sa dimension modeste. Sur la place principale trône l’imposante mairie, vibrant d’un jaune citron. Tout près, une élégante église et des bâtiments aux couleurs franches. Assis sur un banc dans le jardin public bordé d’arbres et de plantes tropicales, on a l’impression de se trouver à Cuba. Ponta do Sol offre des hébergements chez l’habitant dans de belles demeures de maître. C’est surtout un petit port de pêche qui distille un charme très prenant. Le village donne sur une petite plage au sable noir, fréquentée par la jeunesse locale et où il fait bon se baigner.

Fontainhas, village mirage 
Une route à flanc de montagne conduit de Ponta do Sol à Fontainhas, un hameau pimpant enchâssé dans un cirque minéral, un archétype, l’une des cartes postales incontournables du Cap-Vert. Arpenter la ruelle qui se faufile entre les cubes colorés est un vrai bonheur. Partout, des pots et des vasques remplis de fleurs et de plantes. Les chants d’oiseaux rehaussent le silence. Au bout de la ruelle, le regard file sur une large échancrure d’un vert moussu plongeant vers une crique translucide.

Suivez le guide ! 
On rejoindra le promontoire qui abrite la piste d’aviation au bas du village. Le lieu est spectaculaire et l’on comprendra qu’elle ait été fermée.

De Fontainhas à Cruzinha da Garça 
Cette randonnée s’effectue sur un sentier balisé qui longe le littoral escarpé et accidenté. Les points de vue offrent des panoramas grandioses et la présence de hameaux autorise des haltes. On ponctuera cette superbe promenade qui prend environ 5 h en se baignant sur la plage proche de Cruzinha da Garça, en évitant toutefois de s’aventurer au large en raison des forts courants. Les plus courageux feront le trajet de retour à pied, les autres pourront rentrer en taxi ou en aluguer de Cha da Igreja à Ribeira Grande puis à Ponta do Sol. Le trajet qui prend une bonne heure de route traverse de très beaux paysages.

De Ribeira Grande à Xôxô 
Cette excursion remonte la ribeira jusqu’à l’étonnante formation rocheuse de Tope de Miranda, une sorte de tour minérale toisant une superbe végétation aux accents tropicaux. Puis on atteint le joli village de Xôxô, une oasis de fraîcheur. Cette balade tranquille dure environ 5 h aller-retour.

De Ribeira Grande à Cruzinha da Garça 
Une opportunité de combiner une marche jusqu’à Coculi à travers une nature revigorante et une découverte en aluguer sur des routes très pittoresques. La route en montagne russe offre de larges panoramas et l’on peut détailler à souhait les divers types d’habitat : des villages colorés, des hameaux accrochés à la montagne, des maisons isolées et pourtant reliées par une multitude de sentiers. Le regard peut plonger sur des maisons traditionnelles animées par les robes colorées des femmes. Au loin, au fond d’une cuvette, un bœuf tourne sur l’aire d’un trapiche. L’absence de canne à sucre alentour semble indiquer qu’il s’agit d’une distillerie clandestine. Après le village de Cha da Igreja, la piste sommaire et cahoteuse traverse un petit canyon qui prend des faux airs de Hoggar. L’arrivée à Cruzinha da Garça est impressionnante. Un cimetière insolite, hérissé de tombes colorées, se découpe sur une étendue basaltique. En toile de fond, le bleu outremer de l’Océan.

Le littoral du nord-est

La route pavée qui longe la mer mène de Ribeira Grande à Janela. Elle est jalonnée de beaux points de vue d’où l’on observe l’enchevêtrement des falaises toisant la mer. Le littoral abrite de charmants villages. Ici, l’accueil est chaleureux, les rapports restent authentiques. Ces villages sont le point de départ de superbes randonnées qui suivent les vallées fertiles :les ribeiras. 

De Ribeira Grande à Paúl 
Emprunter la route creusée à flanc de falaise, taillée dans un rempart minéral, laisse imaginer les difficultés posées par sa construction. Ce constat est surtout visible dans les 5 km qui mènent jusqu’au village de Sinagoga. Sur la côte découpée, les vagues se fracassent en gerbes d’écume. Puis, après avoir croisé des grappes d’enfants transportant des bidons d’eau sur leur tête, on rejoint Cha das Furnas et le joli village de Paúl.

Paúl et sa ribeira 
Dans un environnement minéral sombre et austère, le village de Paúl tranche par sa fraîcheur. On y visite le plus beau trapiche de l’île. Observer la fabrication artisanale du grogue, c’est s’immerger dans le passé. On peut y acheter ce rhum local ou du punch « Napoléon », qui honore le travail harassant du vénérable bœuf Napoléon âgé de 19 ans. Paúl est le lieu de départ d’une des plus belles randonnées de Santo Antão.

Pombas, Janela 
La route se poursuit jusqu’à Pombas puis Janela en offrant de beaux points de vue. Un sentier de randonnée qui longe la côte est continue sur 15 km jusqu’à Porto Novo. Le paysage est moins exubérant que dans les ribeiras mais cette zone peu visitée entre montagne et littoral séduira les marcheurs solitaires. A la fin de la route pavée, on marchera 30 min pour rejoindre le phare de Lombo de Boi, une curiosité puisqu’il fonctionne avec un système solaire.

Suivez le guide ! 
A Sinagoga, on cherchera le gros rocher qui ressemble au Sphinx jusqu’à ce que les enfants alentour, tout sourire, le désignent du doigt.

Randonnée verte au Cap-Vert

Les paysages capverdiens offrent souvent le spectacle d’une aridité austère peu en phase avec son nom mais à Santo Antão, le Cap se met réellement au vert en affichant sa luxuriance. La randonnée menant de Paúl au cratère de Cova (8 km) prend environ 6 h aller. Elle fait alterner chemins, pistes plates et sentiers nettement plus pentus. Il est vivement conseillé de séjourner dans cette zone qui offre un grand choix de promenades, de la marche tranquille au trekking sportif qui donne accès à des sites cachés et spectaculaires. 

La roche gravée de Janela 
La présence dans l’archipel de plusieurs monolithes gravés suscite bien des interrogations. Il n’existe aucune trace attestant d’un peuplement antérieur à la découverte des îles au XVe siècle et ces vestiges mystérieux, s’ils s’avéraient d’origine rupestre, changeraient bien des choses. Dès 1935, A. Chevalier, professeur au Muséum d’histoire naturelle, s’est rendu à Janela pour observer un monolithe de 3,50 m de haut et de 4 m de large. Celui-ci est gravé d’inscriptions d’une vingtaine de centimètres de hauteur qui pourraient être de type tifinagh touareg. On trouve de nombreuses représentations similaires dans l’archipel des Canaries, peuplé avant la colonisation espagnole. Des navigateurs d’origine berbère ont-ils visité l’archipel bien avant les Portugais ? Cela reste hypothétique.

Une oasis montagnarde 
Le long de la ribeira, le visiteur va solliciter tous ses sens. La vue est comblée mais l’ouïe est caressée par le frémissement des manguiers surchargés de fruits, le glouglou de l’eau qui coule entre les énormes feuilles de taro, le murmure des tiges graciles des cannes à sucre, le cri rauque d’un oiseau de proie. Le trajet entre Passagem et Cha de Manuel Santos est magnifique. On découvre des maisons de pierre, des propriétés agricoles, des cases surmontées de toits de chaume et protégées par les feuilles des bananiers. On se croirait en Afrique et, au hasard d’un chemin, on songe à l’Himalaya. Lorsque la pente s’accentue, les conifères apparaissent, découvrant un nouveau paysage : les alpages.

La partie ouest de l’île

Peu peuplée, en partie aride, assez difficile d’accès, la partie ouest de Santo Antão n’en est pas moins découpée par la chaîne montagneuse qui traverse l’île et culmine ici à 1 979 m au Tope de Coroa. Si l’on désire effectuer une randonnée vers le Tope de Coroa, il est souhaitable de déterminer au préalable un itinéraire. Deux options : une boucle Porto Novo-Tarrafal-Monte Trigo-Tope de Coroa-Curral das Vacas (8 à 10 h de marche) et retour sur Porto Novo ou la même dans le sens inverse. 

De Porto Novo à Tarrafal 
Mi-route, mi-piste, le trajet s’effectue en 3 h. Dans un environnement dépouillé et sauvage, on croise des mules transportant du fromage de chèvre et des agriculteurs qui semblent surgir de nulle part.

Tarrafal 
Fleuri, verdoyant, niché au pied d’une montagne et pourvu d’une jolie plage, le village de Tarrafal, longtemps coupé du monde, attire les voyageurs en quête d’isolement.

Monte Trigo 
De Tarrafal, on rejoindra Monte Trigo soit en aluguer, soit en barque, soit à pied (4 h de marche). C’est de ce village qui conserve de vieilles maisons en terre qu’on randonne vers le sommet du Tope de Coroa. Une marche sportive sans difficulté notable qui prend entre 3 et 4 h aller. Pour éviter de revenir en arrière, on rejoindra Curral das Vacas et la route qui mène à Porto Novo en tablant sur une randonnée d’environ 8 h. Une belle balade à travers une nature à la fois austère et riante, dans la vallée de Ribeira das Patas.

Le grogue, spécialité de Santo Antão 
C’est à Santo Antão qu’est né le fameux rhum capverdien et c’est toujours sur cette île que la tradition se perpétue. Le grogue est un alcool blanc ou brun, plutôt fort (50 à 70 °), préparé à partir de canne à sucre broyée, puis distillée. On le fabrique dans les trapiches, distilleries artisanales où le bœuf tourne autour de la meule pour écraser la canne. S’il est très facile de se procurer du grogue à Santo Antão – on peut en acheter le long de n’importe quelle ribeira pour une poignée d’escudos – quelques spécialistes détiennent les meilleures bouteilles, comme le sympathique Luciano, à Ribeira Grande, dont la boutique est installée à côté du commissariat. Ne pas rater non plus les punchs (ou ponches) de l’île, nature ou fruités, fabriqués à base de grogue et de mélasse de canne.

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