Ile de Boa Vista

Boa Vista, l’île la plus proche du continent africain, doit à cette proximité géographique sa structure géologique. De larges étendues de regs, des monts pelés, des dunes, un petit désert, d’immenses plages idylliques quasiment vierges, bordées par une mer limpide, des espaces qui semblent n’exister que pour de rares élus, lui confèrent une griffe très particulière. Boa Vista, berceau de la morna,abrite des villages paisibles et sa population est louée dans l’archipel pour sa bienveillance. C’est vraiment l’île farniente par excellence mais ce n’est pas encore un pôle balnéaire. On y effectue de superbes randonnées dans des paysages qui présentent une assez grande diversité. Boa Vista reste un havre de paix très convoité et menacé par des projets immobiliers qui risquent de briser un charme indicible.

Sal Rei, la petite capitale de Boa Vista

Littéralement « roi du sel », Sal Rei est une modeste bourgade pleine de charme qui n’évoque plus les fastes du passé. Dès le début du XVIIe siècle, l’extraction du sel par les Anglais apporte une prospérité qui s’affirmera grâce aux revenus substantiels tirés de la récolte de l’urzella, – l’orseille, un colorant utilisé dans l’industrie textile -, puis de la culture de coton et d’une volonté marquée de développer l’élevage. En 1830, Sal Rei, la ville la plus dynamique de l’archipel, est promise à un bel avenir. Elle ne deviendra pas la capitale du Cap-Vert car son économie décline inexorablement en moins d’un demi-siècle. Une évolution regrettable pour les insulaires mais bénéfique pour les visiteurs qui évoluent dans un environnement préservé où règne une ambiance très conviviale. 

Le centre de Sal Rei 
Dominée par la jolie église paroissiale, la vaste place de Sal Rei est plutôt déserte dans la journée mais se transforme au soir en une vibrante agora. Une grande partie de la population s’y retrouve pour commenter les événements du jour. Les oiseaux chantent dans les arbres sans parvenir à couvrir la clameur d’une foule bon enfant. Les enfants pépient, les adolescents crient, les femmes au verbe haut, les mains sur les hanches, s’apostrophent et les anciens papotent sur les bancs. Ce spectacle touchant d’une communauté chaleureuse et soudée ne manque pas de surprendre les visiteurs du Nord, peu habitués à ces images quasi nostalgiques qui réveillent des réminiscences du passé. Après le crépuscule, les baignades se poursuivent sur la petite plage de la ville et la jetée, transformée en plongeoir, devient le lieu de rendez-vous favori des jeunes.

Ile de Sal Rei 
Face à la ville, l’île de Sal Rei située à un mille, accessible en bateau, abrite les vestiges du fort Duque de Bragança érigé au début du XVIIIe siècle. C’est un lieu prisé pour les pique-niques et les fêtes qui se poursuivent souvent jusqu’à l’aube.

Suivez le guide ! 
Un peu excentré par rapport à la route, le minuscule cimetière juif ne possède que quelques tombes ouvragées, entourées d’un mur protecteur. C’est un lieu touchant et insolite.

Anciennes salines 
La visite des anciennes salines, situées à 2 km au nord de Sal Rei, débutera par la découverte d’une petite péninsule qui abrite un couple d’immenses éoliennes. Le bruit caractéristique de celles-ci se mêlant à la rumeur de la mer plutôt remuante confère au lieu un charme singulier. Il est recommandé de parcourir la longue route rectiligne qui mène aux salines à pied pour observer le paysage alentour : dépouillé, craquelé, griffé de zébrures colorées. On continuera en longeant le littoral pour profiter du spectacle marin animé par une forte houle qui occasionne de superbes gerbes d’écume. La silhouette de la petite chapelle de Nossa Senhora de Fatima, en pierre, elle aussi remarquablement intégrée à l’univers minéral, concourt à la beauté du site.

Plages au départ de Sal Rei 
Rejoindre la splendide plage qui s’étend sur 5 km exige un passage peu ragoûtant sur un espace jonché de détritus, régulièrement nettoyé et régulièrement pollué, mais une fois la pointe passée, on embrasse un vaste espace vierge de toutes souillures : un cordon sableux bordé de dunes, quasiment désert, qui s’étend jusqu’aux confins de la plage de Chave, soit deux bonnes heures de marche les pieds dans l’eau. Lorsque l’harmattan, le vent du désert, se lève, les désagréments (voile atmosphérique, baisse de la température) sont compensés par des ambiances étranges et fantomatiques. La mer baigne dans une lumière mordorée, le moutonnement de l’eau prend des lueurs bleutées et lorsque les vagues se cabrent, on aperçoit fugitivement des teintes fluorescentes.

Cheminée de l’ancienne manufacture de Chave 
Image emblématique de l’île et parfois du Cap-Vert, l’unique vestige de la briqueterie, une cheminée en brique rouge, plantée dans le sable, s’impose comme une image forte. Le paysage alentour est superbe.

Boa Vista, « Belle vision ! » 
L’histoire raconte qu’après des jours de tempête, un marin de la caravelle de Da Noli s’écria en distinguant une nouvelle île : « Boa Vista ! », « Belle Vision ! ». L’île de Saint-Christophe sera finalement rebaptisée Boa Vista. Sa population sera au cours de l’histoire unanimement louée par les écrivains, les poètes et les artistes capverdiens : J. A. Martin écrit en 1891 : « Les gens de Boa Vista sont les plus fiers et les plus intelligents du Cap-Vert. Ils adorent la musique, ont un esprit subtil et sont dignes de confiance. » Mario Lima écrit : « Ils sont pacifiques, tranquilles et les bonnes manières de leurs émigrants sont reconnues à l’étranger. » La chanteuse Celina Pereira, native de l’île, ajoute : « Le Cap-Vert est la mère patrie, la matrice, mais Boa Vista est l’île la plus chaleureuse et la plus paisible. »

Plage d’Atalanta 
Le chemin le plus direct pour rejoindre ce remarquable site, l’un des plus forts du Cap-Vert, emprunte une piste qui commence au sud de Sal Rei. En partie carrossable, elle se termine par une portion sableuse nécessitant un véhicule adapté. La découverte de l’imposante épave du cargo Cabo de Santa Maria intrigue le visiteur et, dès qu’il s’en approche, le plonge dans le ravissement. Alentour, les vagues finissent leur course en filant doucement sur une vaste grève.

Vers le sud de l’île

L’ancienne route 
Deux routes au départ de Sal Rei mènent vers Rabil, situé à 7 km au sud. Elles se rejoignent à la moitié du parcours. L’ancienne route, un peu plus longue, carrossable, traverse de beaux paysages rehaussés par la présence de palmiers dattiers plantés de part et d’autre d’une sorte de petite voie royale. On rejoint ensuite la nouvelle route qui offre elle aussi de beaux points de vue sur une succession de dunes bosselées où l’on aperçoit parfois des ânes plus ou moins sauvages.

Rabil, le charme d’une bourgade tranquille 
Après avoir dépassé le petit aéroport de Boa Vista, on découvre l’église São Roque de Rabil, simple et gracieuse, aux proportions harmonieuses. La Igreja Matriz do Rabil aurait pu devenir la cathédrale du Cap-Vert mais Praia ayant supplanté Sal Rei en tant que capitale, Boa Vista ne devint pas l’évêché de l’archipel. Rabil est l’un des villages les plus typiques de l’archipel. Ses maisons colorées témoignent d’un art populaire très maîtrisé et son activité révèle une grande authenticité. Ici, les émigrés occidentalisés oublient leur mode de vie sophistiqué. Dans les rues, les paysans suivent leurs ânes d’un pas nonchalant. On ne distingue que la tête des bêtes, surchargées de fourrage.

Atelier de poterie de Rabil 
La présence d’un gisement d’argile de très bonne qualité au sud de Rabil a permis l’essor de la poterie et de la céramique grâce à la construction de la Fabrica de Chave en 1895. La manufacture qui employait une cinquantaine d’employés a produit des tuiles et des briques d’excellente facture jusqu’en 1928. Cette activité florissante se résume actuellement à un atelier de poterie doté d’un four rudimentaire. Les moyens manquent et limitent sérieusement la production mais l’existence même d’un petit pôle artisanal, rare au Cap-Vert, mérite qu’on s’y arrête. Quelques figurines en terre cuite attirent l’attention.

Désert de Viana 
A 3 km au sud de Rabil, une large formation sableuse constitue le désert de Viana qui évoque instantanément le Sahara. Le vent modèle les arabesques de dunes parsemées de formations rocheuses. La présence en toile de fond des monts Salamansa et Estancia, qui culminent à près de 400 m, confère au site une beauté sauvage. Il est possible de parcourir une petite portion du désert de Viana.

Le football-spectacle à Rabil 
Quelques stars européennes du football ont des origines capverdiennes : le Français Patrick Vieira, champion du monde ou l’attaquant suédois Henrick Larsson, mais les Capverdiens n’ont d’yeux que pour l’équipe du Brésil. Loin des fastes footballistiques, le terrain pelé de Rabil accueille régulièrement des matchs hauts en couleur suivis par un public bon enfant essentiellement composé de supportrices bruyantes et goguenardes. Hilares, elles assistent aux prestations plus ou moins poussives mais nettement comiques d’équipes de vétérans. Quolibets, bons mots, éclats de rire ponctuent le jeu et certains sportifs, ruisselants et essoufflés, se désaltèrent régulièrement en ingurgitant de grandes rasades d’eau minérale ou de rhum !

Suivez le guide ! 
Une visite dans la vale de Norte fournira l’occasion de déguster des dattes et de la noix de coco, l’île abritant palmiers et cocotiers.

Povoação Velha 
Une route conduit vers le village de Povoação Velha à 24 km de Rabil. Comme son nom l’indique, « Ancienne population » a accueilli le premier peuplement conséquent de l’île (50 âmes en 1580). Le choix d’un site éloigné du littoral a été lié aux risques encourus par les nombreux raids de pirates ainsi qu’à la présence d’eau douce alentour. On découvre cette paisible bourgade en croisant une jolie église juchée sur les hauteurs. Le village, à l’instar de Rabil, abrite un groupe de maisons basses qui possèdent un certain cachet. La juxtaposition de couleurs vives – des jaunes lumineux et de tons profonds, des bleus outremer disposés en damier – donne à la rue principale un air de fête. Les motifs de décorations – carreaux de mica et de céramiques, le fer forgé – rappellent le style des années 1950.
De nombreux sites peu visités et dignes d’intérêt restent garants d’un réel dépaysement et d’un accueil privilégié. On peut les atteindre via Rabil par la route qui mène jusqu’au village de João Galego. Ils peuvent également être inclus dans un circuit de randonnée qui parcourt toute l’île. Cette zone est la plus sauvage et le rivage est jonché d’étranges vestiges : des ossements de baleines ou de dauphins, et des carapaces de tortues théoriquement protégées.

Les randonnées sur Boa Vista

Troisième île du Cap-Vert par sa taille – 650 km2 -, Boa Vista se déguste au gré de randonnées qui s’adressent à tous. Certains groupes consacrent une semaine entière à effectuer un tour complet de l’île. Un circuit tranquille, ponctué de bivouacs et de haltes nocturnes chez les insulaires qui ont développé des structures d’accueil sommaires mais chaleureuses. 

Le nord-est de Boa Vista 
Funda das Figueiras 
Ce village agricole profite de sa ribeira qui lui permet de cultiver des légumes. Alentour, on croise quelques vaches, des troupeaux de chèvres et de moutons et parfois des bergers. Une piste mène à Baia das Gatas où l’on se baigne dans une crique bordée de dunes.
Phare de Morro Negro 
Après le village de Cabeça dos Tarafes, une nouvelle piste mène vers Porto Ferreira, un excellent mouillage pour les plaisanciers. Au pied du Morro Negro, une pointe montagneuse de 154 m, le phare se dresse dans un paysage inquiétant, au point le plus proche de l’Afrique.

Le sud de l’île 
Au départ de Povoação Velha, on rejoint cette zone peu fréquentée par les insulaires qui redoutent les pannes. L’endroit est désert et il est souhaitable de le parcourir avec un véhicule adapté car les pistes sont sommaires et accidentées. Même si les plages autour de Sal Rei offrent des espaces quasi vierges, le sud de l’île abrite des étendues sableuses gigantesques qui évoquent les décors de la Genèse. Une piste sommaire mène, après 4 h de marche (aller-retour) à travers un désert rocailleux inondé de soleil, vers la plage de Curralinho puis vers celle de Santa Monica, un clin d’œil appuyé vers la Californie. Le lieu est stupéfiant de grandeur sauvage. Les vagues sont assez puissantes mais n’interdisent pas la baignade. Le littoral sablonneux s’étend jusqu’à la plage de Lacaçao et à la pointe, on distingue les contours de l’île de Curral Velho.

Ile de Curral Velho 
Difficile de s’y faire conduire en bateau, mais après 30 min de traversée sur une barque équipée d’un bon moteur, on observera les oiseaux qui ont donné leur nom à la ville de Rabil, les frégates et une petite colonie d’albatros. Apercevoir les rares spécimens d’oiseaux tropicaux peut s’avérer plus complexe.
Plus à l’est une autre plage fait le bonheur des planchistes, la praia de Curral Velho.