Brava, le dernier bastion minéral de l’archipel capverdien, est l’île la plus proche du Brésil. C’est aussi l’île la plus difficile d’accès de l’archipel, ce qui lui vaut le surnom de « Brava l’inaccessible ». Isolée, venteuse, singulière, Brava cultive les contrastes. Une partie de la population y mène une vie tranquille, agreste et pastorale, tandis qu’une autre se prête aux mœurs plus bruyantes des émigrants influencés par la vie américaine : ici, les motos tout-terrain vrombissent plus que de coutume. Mais cette grande famille de 5 000 âmes cohabite harmonieusement et Brava continue à répondre au surnom « d’île aux fleurs ». C’est, d’après sa superficie limitée (67 km2), l’île la plus montagneuse et la plus arrosée. Réputée pour ses belles femmes et sa morna, elle est très propice aux randonnées. On l’a souvent traitée de « bout du monde » mais ce qualificatif applicable à de nombreux lieux au Cap-Vert ici ne se justifie pas. Au contraire, l’accueil est chaleureux et Brava dispense charme et douceur. Une escale pour se ressourcer d’autant qu’en ces lieux, le climat est plus tonique.

Brava, l’île sauvage et brave

Restée à l’écart des mouvements migratoires, Brava n’accueillera les premiers colons qu’au XVIe siècle. C’est en grande partie les éruptions volcaniques de l’île voisine qui déplaceront les populations de Fogo et occasionneront le peuplement de l’île sœur, à l’abri des colères telluriques. En 1680, lors d’une des plus violentes explosions volcaniques du Fogo, Brava reçoit un important contingent de « fuyards ». Leur nombre augmentera au gré des nouveaux cataclysmes. Dès le XVIIIe siècle, la culture de l’immigration se forge lors des campagnes baleinières, opportunité pour certains de fuir des conditions de vie précaires. Elle se poursuivra régulièrement mais les relations établies avec les émigrants d’Amérique vont influencer le destin de l’île. En 1816, un consul américain est nommé à Brava et la construction du port de Faja de Agua en 1843, relayée par l’établissement d’une école secondaire, enrayeront en partie l’exode outre-Atlantique. Brava acquiert même au XIXe siècle un statut d’île privilégiée, certes isolée mais où la vie paraît moins rude que dans l’ensemble de l’archipel. Sa taille limitée et ses conditions climatiques plus favorables ne sont pas étrangères à cet état de fait. On qualifie d’ailleurs Brava d’« île aux fleurs ». En 1982, la surprise est de taille : Brava est malmenée par le passage du cyclone Berryl. Une éventualité jusqu’alors inconcevable car si tous les cyclones qui frappent la Caraïbe naissent au Cap-Vert, ils sont censés à ce stade n’être que « virtuels ». Nouvelle surprise lorsqu’il y a peu de temps la terre a tremblé. Rien d’inquiétant a priori : Brava est simplement située sur une faille qui se prolonge sur l’île de Fogo. 

L’arrivée à Brava

Le petit aéroport étant fermé et tous les vols suspendus depuis plusieurs années en raison des vents souvent violents à l’abord de l’île, on rejoindra plus sûrement Brava par ferry, depuis l’île de Fogo (trajet  d’1 h 30, 3 départs par semaine). Enfin… « sûrement » est un grand mot ! Là encore, les traversées sont assez aléatoires et peuvent être annulées au dernier moment.
Sur le ferry qui fait la traversée, le voyage allie souvent le pittoresque à l’aventure pour les passagers partageant leur espace avec les poules, les cochons et les chèvres, pour le meilleur par temps calme, bien que la houle soit toujours forte, et pour le pire par gros temps. 

De Furna à Vila Nova Sintra 
Certains passagers en provenance de Praia seront surpris de terminer leur traversée en empruntant une chaloupe. Le port de Furna est certes bien abrité mais la construction du quai n’est toujours pas à l’ordre du jour. Le hameau est accueillant mais, bien que de nombreuses barques de pêcheurs soient alignées sur la rive, on observe alentour plus de chiens que d’insulaires.
La route mène pour un court trajet vers la petite capitale de l’île : 500 m de dénivelé sur 99 virages dans un paysage accidenté qui est peu à peu envahi par la brume, car l’île est assez souvent chapeautée par les nuages. L’arrivée à Vila Nova Sintra procure un vrai plaisir visuel. La ville, piquetée d’arbres, aligne un bel ensemble architectural homogène dû en grande partie aux jolies maisons simples et élégantes coiffées d’un toit de tuiles. Elles reprennent le style portugais typique des régions de l’Algarve et de l’Alentejo. Comme à São Filipe, les sobradas aux couleurs pastel ajoutent une touche d’élégance.
A Vila Nova Sintra, toute la population excelle dans l’art du jardinage et du fleurissement. L’hibiscus est roià Brava mais les masses ornementales les plus chatoyantes sont formées par les bougainvillées et les jasmins dont la subtile fragrance se mêle aux senteurs enivrantes des frangipaniers. La ville, dotée de petits jardins publics, possède une réelle touche d’exotisme bien en rapport avec son nom inspiré par la ville portugaise de Sintra. On a l’impression de se retrouver parfois loin du Cap-Vert, dans une ambiance qui évoque le Portugal d’antan. Un sentiment renforcé par la présence des lojas, ces boutiques d’un autre âge remplies d’un bric-à-brac hétéroclite.

Les campagnes baleinières 
Pendant près de 150 ans, les campagnes baleinières vont envoyer des navires sur toutes les mers. Environ 100 000 baleines fournissant de l’huile d’éclairage seront prises. Ce travail fatigant, dangereux, peu rémunéré, s’avérera pourtant une aubaine pour des populations soumises à la misère et à un avenir peu engageant : le service militaire dans l’armée coloniale. Ainsi un grand nombre d’habitants de Brava s’engagèrent sur les baleinières américaines. Certains furent d’excellents harponneurs et d’autres, plus modestes, profitèrent de l’occasion pour s’installer définitivement sur une terre promise : La Nouvelle-Angleterre. L’impulsion était donnée et les nouveaux arrivants, surnommés les Bravas, fondèrent une petite colonie qui est devenue la principale diaspora capverdienne.

Une découverte rurale de Brava

L’île, peu touchée par le tourisme, peu peuplée et pourvue d’un réseau routier limité, offre un vrai espace de découverte à déguster au fil de randonnées faisant alterner routes pavées, pistes, chemins de muletiers, sentiers balisés et sentiers plus sauvages. De Vila Nova Sintra, on effectuera une boucle d’une quinzaine de kilomètres qui, en fonction des moyens de locomotion, prendra entre une journée et une demi-journée, car certains passages sont plus sportifs.

Cova Joana et Nossa Senhora do Monte 
Après avoir bénéficié d’un beau panorama sur le chef-lieu de l’île, entouré de cultures en terrasses sur le Miradouro do Nova Sintra, on passe le hameau de Cova Joana où vit toujours une légende du Cap-vert, le prolifique violoniste Raúl de Pina : celui-ci a eu 38 enfants dont 29 sont encore vivants. Ce centenaire pratique le violon depuis 90 ans. Puis l’on atteint Nossa Senhora do Monte où se croisent plusieurs chemins. 

Excursion vers Fontainhas 
Une piste mène vers le point culminant de l’île, Fontainhas. A près de 1 000 m d’altitude, la vue est magnifique.

Excursion vers la mer 
Elle mène à Tomé Barras puis Campo Baixo, le point de départ d’une randonnée d’une heure qui traverse le Chazinho dos Ferreiras, une belle promenade dans un environnement typiquement tropical : palmiers, cocotiers, manguiers et bananeraies. On rejoint la côte à Porto Tantrum, un site prisé des pêcheurs à la ligne.

Excursion dans l’intérieur de l’île 
A Tomé Barras, on rentre à l’intérieur de l’île. Une opportunité de croiser les femmes typiques de Brava : grandes, solidement bâties, toujours bien habillées, portant un foulard de soie dans les cheveux et un châle sur les épaules. Après avoir croisé le Morro Largo (671 m), la route s’arrête dans le hameau de Cachaço. La vraie randonnée (5 km) commence sur un chemin accidenté. On découvre la maison de la figure locale, le poète-journaliste Eugenio Tavares, on traverse Baleia puis le hameau de Mato Grande. Une piste permet de rejoindre Vila Nova Sintra en voiture ou en aluguer.

Deux excursions au départ de Vila Nova Sintra

Fontainhas do Vinagre 
A 4 km de Vila Nova Sintra, on rejoindra la fontaine de Vinagre où coule une eau très acide, d’où son nom : « vinaigre ». Les avis restent très partagés quant à ses vertus curatives. On peut rejoindre Santa Barbara en cheminant dans une belle vallée encaissée et pousser vers Furna, ou rentrer sur Vila Nova Sintra.

Faja de Agua 
Une route pavée mène à Faja de Agua, à 11 km. Enchâssée dans une baie bien abritée, Faja de Agua possède un excellent mouillage et est propice à la baignade et à l’exploration sous-marine. C’est une zone très fertile et très fleurie.

Suivez le guide ! 
Près de l’église de Faja de Agua, un monument commémore le naufrage du Mathilde en 1943 où des dizaines d’émigrants périrent.

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