Hasta luego Amigo !

PAR RAOUL ROPERS

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Lundi 30 juin. Il pleut sur Santiago.

Je regarde Yvon le Québécois s’en aller vers la gare routière sous le crachin de la Galice.
Au loin, son sac à dos n’est plus qu’un point vert. Hasta luego Amigo !
Kai, le rejoindra demain à Madrid, n’ayant pas pu finir le chemin suite à sa rencontre avec un coquillard …Finalement, plus de peurs que de mal !
Il pleut sur Santiago.
Les marchands mettent leurs bibelots à l’abri.
Il pleut sur Santiago.
L’aventure se termine avec un mélange de satisfaction et de regrets.
Demain, je rentre. D’autres iront à Fisterra (l’autre Finistère) brûler leur chaussures comme au moyen âge.

Hier, ce sont plus de 1280 pèlerins qui se sont rendus à l’office des pèlerins établir leur compostella. Un record ! Ce sont 200 000 pèlerins qui ont fait le voyage ce semestre.
Qu’est ce qui les poussent ou les attirent ? Que cherchent-ils ?

Il est difficile de faire partager une expérience personnelle, intime, spirituelle à la fois mélange de solitude et de vie communautaire. Néanmoins, je vous adresse cette invitation au voyage, au travers de ces quelques lignes, sur les traces des légions romaines, dans les pas des cavaliers Sarrasins ou des chevaliers Francs? Buen camino !

Samedi 17 Mai – Séville : 23 heures, 28 degrés.

Auberge de TRIANA, plus de place, je dors dans un hamac sur la terrasse.
Dimanche matin, je me fais remettre une Crédentiale et je me rends à la cathédrale pour un sello (tampon) et suivre la messe. Je fais un peu de tourisme puis siesta.
Le soir, « la grande rivière » Guadalquivir nous apporte un peu de fraîcheur.

Séville, place d'Espagne - Espagne

Séville, place d’Espagne – Espagne © bogitw / Pixabay

Lundi 19 mai

Départ de La Via de la Plata appelée aussi Camino Mozarabe : chemin des Chrétiens vivant sous l’autorité politique des Sarrasins.
L’Andalousie comme dans un rêve : éclatante de lumière, les villages blancs, la vigne et les oliviers, le bétail est en plein air : les pata negras, brebis et chèvres, taureaux de combat ….
Après quatre étapes, Guillena, Castilblanco de los Arroyos, Almadén de la Plata, El Real de la Jara, nous entrons en EXTREMADURA. Le chemin passe par la Dehesa (pâturages) et les réserves naturelles.

Guillena

J’arrive à l’  « albergue municipal » avec Manolo et Maria auxquels se joint Martin L’Allemand.
Pour cette première étape, nous sommes passé par Italica, cité romaine comprenant amphithéâtre, thermes et aqueduc ce qui donne le ton de tout ce voyage sous une grande influence de l’époque romaine.

Le lendemain, on marche dans un paysage d’oliviers, d’orangers, de pâturages couverts de chênes lièges jusqu’à Castilblanco De Los Arroyos où nous accueille Maria, en français SVP, puisqu’elle originaire du pais vasco.
Nous sommes une bonne vingtaine à l’auberge. Ces premières étapes en ANDALOUSIE sont marquées par une forte présence germanique et hollandaise.

Maria nous prépare gentiment une soupe ; Le temps qu’elle aille à la boutique prendre d’autres légumes, la soupe a été avalée ; ce qui la fait rire aux éclats. C’était sa première journée d’hospitalière !
Almadén de la Plata. Superbe étape par le parc forestier EL Berrocal. Il peut faire aussi très froid en Andalousie.

Monesterio. 108 km A l’auberge autour de la table, pas un mot ! Les pèlerins sont plongés dans leur tablette numérique …Le siècle de la communication !!! Je vais à la pharmacie prendre un sirop.

Eglise de San Pedro - Monesterio, Espagne

Eglise de San Pedro – Monesterio, Espagne © carlos ponsCC BY-NC-SA 2.0

Fuente de Cantos

Une voiture vient à notre rencontre sur le chemin. C’est le propriétaire d’une Casa rural, d’une belle demeure andalouse bien équipée dans laquelle il y a un petit musée d’outils agraires. Je m’y rends en fin de marche. Il me raconte qu’il tenait l’agence de voyage d’à côté mais, du fait de la crise, il a dû se reconvertir dans l’accueil de pèlerins !!!

La chambre est très belle. Mais, mon voisin ,pourtant très sympathique, se révèle très bruyant dans son sommeil. C’est au moment ou il se met à rire que je me décide à aller dormir dans le sofa du salon. Ces moments font partie du chemin. Par la suite, aucun ronfleur ne m’empêchera de dormir.

Zafra km 156

Nous entrons dans Zafra par la voie ferrée des trains de marchandises. Nous nous installons dans le Couvent St François pour la nuit ; c’est un « albergue túristico », propriété de la région.

Sortie de Zafra par la voie romaine ; plus ou moins en état, tout au long du chemin, elle nous est signalée par les miliarios : bornes en granit d’environ 1.80 m .Plus tard, nous en trouverons d’autres ,plus récentes voire contemporaines gravées en Espagnol et en Arabe .

Villafranca de los barros, pais de vigne sur la route du vin RIBERA, Luis est tenté par une grande étape. Nous rejoignons MERIDA à 42 km : Splendeur de MERIDA à son entrée par le pont romain et à sa sortie par l’aqueduc.

Le lendemain, nous nous rendons à Alcuestar : 38 km par l’une des Dehesa les plus belles et le parc naturel de Cornalvo. Nous faisons une pause à la Cruz de San Juan. Nous sommes très bien accueillis par une communauté religieuse qui loge aussi 70 personnes âgées indigentes .Nous sommes invités à dîner par le padre. Le prix de l’auberge n’est pas fixé : elle fonctionne grâce aux dons (donativo) et la bonne volonté des uns et des autres.

Je retrouverai Luis à Valdesalor , la larme à l’oeil (son épouse vient d’être admise à l’hôpital de MADRID). Nous nous endormons à l’auberge privée .

Pont romain - Mérida, Espagne

Pont romain – Mérida, Espagne © aperez1121 / Pixabay

Caceres 298 km

Apres 2 heures de marche, je prends le petit déjeuner avec Luis. Il prends son train dans une heure, je l’accompagne un moment puis nous nous séparons. Accolades. Il accroche sa flèche jaune à mon chapeau. Distrait et un peu soucieux, je me trompe de direction : je contourne la ville et fais … de belles photos.

Casar de Caceres

A l’ « albergue municipal », je rencontre Janvier et Chantal, les chtis, avec qui je vais marcher quelques jours, jusqu’à Salamanca ; groupe auquel se joindra Michel le franco-suisse à Grimaldo.
Nous faisons 30 km pour rejoindre le barrage d’Alconétar (333 km) où nous serons logés au centre nautique, dans une construction hyper moderne .

Le 2 juin, nous rejoignons Galisteo ville fortifiée avec des murailles de 3 m de large et haute de 11 m. Un papy fait un malaise au bar, sans doute à cause de la chaleur. Tout le village est là pour attendre les secours.
Nous arrivons à Olivia de Plasencia ,le 3 juin, et prenons nos quartiers dans un « albergue turistico ». Soirée sympa dans ce petit village où l’abdication du roi Juan CARLOS alimente la conversation.

Le lendemain, nous suivons toujours la voie romaine et traversons les ganaderias aux clôtures en acier (élevages de « toros » de combat) jusqu’à Arco De Capara : Arc de Triomphe romain sur un site tout aussi exceptionnel.
Puis, vient le temps des « chinches » punaises de lit, pour Janvier d’abord, à Aldeanueva del Camino dans un « albergue municipal » en partie fermée pour cette raison. Quant à moi, je serai piqué l’étape suivante, à Calzada de Béjar, dans une auberge privée. Une étape très dure puisque j’ai eu la nausée toute la journée. Je me glisse donc dans mon sac de couchage dès mon arrivée.

Fuenterroble de Salvatierra

En pleine forme, avec Michel nous avalons les kilomètres de pâtures.
Passage obligé par cette auberge tenue par Le Père BLAS, figure emblématique du chemin, absent ce jour-là. A l’inscription, le cuisinier remarque mes piqûres et veut me faire dormir, en quarantaine, dans un tepee à coté de son chien croisé loup. Je file donc à l’anglaise chercher une chambre à l’autre bout du village.

Le lendemain , 7 juin, nous partons pour San Pedro de Rozados. Une querelle d’intérêt entre auberges a entraîné la détérioration des panneaux indicateurs et des marquages et … par conséquent, nous nous égarons. Janvier se souvient qu’il faut passer sous les éoliennes au loin. Nous retrouvons donc, notre chemin et nous grimpons à 1100 m le pic de la DUEŇA pour redescendre sur l’autre versant et suivre une petite route et un sentier jusqu’au village .