L’Espagne chaleureuse et attachante !!!

PAR RAOUL ROPERS

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Salamanca – 522km

La piste de 24 km descend au travers des champs d’orge. Nous faisons une halte près du portail d’une exploitation agricole, à l’abri du vent et de la poussière. Aussitôt, une jeune femme en pyjama nous apporte des biscuits et de l’eau et nous indique un bar en retrait du chemin pour nous restaurer . Nous ne manquons pas d’y aller.

Là, après nos commandes de café, c’est le patron du bar qui nous apporte une corbeille de gâteaux. L’Espagne chaleureuse et attachante !!!

Salamanca est l’une des premières Université Européenne dès le moyen âge.
Une ville à voir et à revoir pour la beauté de tous ses monuments et sa douceur de vivre…
L’ « albergue municipal » se trouve aussi dans un très bel endroit près d’un jardin ou les poètes monnaient leurs vers: « il est difficile de vieillir, mais, il est encore plus dur de ne pas vieillir.

Salamanque, Espagne

Salamanque, Espagne © NakNakNak / Pixabay

Je rencontre Patrick, encore un breton, qui lui non plus n’a pas voulu dormir près du loup. Il a donc, repris le chemin, s’est trompé comme tout le monde et a campé près d’une mare avec les grenouilles. Son sac de 20 kg montre qu’il a l’habitude de dormir à la belle étoile.

Il m’explique qu’il est venu accueillir les pèlerins comme hospitalier dans cette auberge.
Nos sacs sont emballés à leur arrivée. Toujours cette hantise des punaises !!!
La grenouille est le porte bonheur de la ville.

De Salamanca à Zamora

A Calzada de Valdunciel, je sympathise avec Filiberto, 78 ans, sud américain émigré aux Canaries. Il fait régulièrement des assouplissements ; il a d’ailleurs publié un ouvrage à ce sujet qu’il nous montre.

3 étapes de plaines, sur les pistes entre les champs d’orge dont Cubo de la Tierra Del Vino qui doit son nom au fait qu’il y avait un vignoble qui n’a pas été replanté suite à l’épidémie de philoxera. Entrevue rapide pendant le souper avec un Italien de 75 ans, ancien charpentier, qui marche 50 à 60 km pour honorer la promesse qu’il s’est faite de faire le pèlerinage de St Jacques si sa femme malade guérissait !

Soirée sympa avec l’aubergiste, ancien éleveur de chevaux : après « le chumpito », grande conversation sur l’abdication du roi, la guerre civile , les purges et assassinats qui ont suivi. Sur ce chemin , les gens sont assez sensibles a l’histoire petite ou grande :Hannibal serait passé par ici avec ses éléphants comme en témoigne une plaque sur l’église.

Zamora

Étape assez dure compte tenu de la chaleur et de la distance. Nous quittons Cubo en longeant sur des Km une voie ferrée abandonnée. A mi chemin, nous dominons la ville avant la descente.
Un cycliste s’arrête à ma hauteur : «  Hola ! Que tal ? Tienes agua ? ». ça va ? Tu as assez d’eau ? puis, rassuré, il repart. Je fais une pause au seul endroit ombragé près d’une stèle.

Zamora, Espagne

Zamora, Espagne © skeeze / Pixabay

L’arrivée à Zamora se fait par le pont médiéval. Petite grimpette jusqu’à l’albergue municipal , où l’hospitalier m’aide à enlever mon sac et me tend un verre d’eau. Puis il m’accompagne jusqu’au dortoir. Je prends une douche et …siesta. Ouf ! C’était limite.

Je sors 2 heures plus tard ; sur la plaza mayor, le thermomètre marque 42 degrés !!!
Je visite la Cathédrale et tous les endroits où il fait frais : Bibliothèque, église, musée… Michel termine son périple à cet endroit, nous dînons une dernière fois ensemble .

Au matin, une fois de plus, je repars seul. Je prends le petit déj avec Michel : un café américain, un jus d’orange et les toasts accompagnés d’un trait d’huile d’olive et de sel. L’albergue est « donativo », je glisse un billet dans la boite prévue à cet effet et… adios.

J’essaie de suivre John le Sud-Africain … sans succès ; Je le reverrai quinze jours plus tard.
Arrivée à Montamarta  le 13 juin : auberge fermée pour cause de traitement des punaises. Nous nous dispatchons entre albergue privado, hostal et casa rural. Le soir, je dîne avec Loïc de Lorient et les 2 canadiens Yvon et Kai.

Granja de Moruela

J’en rêvai depuis des jours, à cet endroit le chemin se sépare : d’un coté Astorga, de l’autre Ourense. Je choisis le pays de l’or et le Camino Sanabres. Ce soir, l’auberge municipale de 20 places est complète.
Je vais à la boutique acheter des fruits pour le lendemain. Sur le comptoir, une affiche « Ne volez pas; les politiciens n’aiment pas la concurrence ».

Ourense, Ribeira Sacra - Espagne

Ourense, Ribeira Sacra – Espagne © locuig / Pixabay

Il y a aussi quelques cyclistes et deux hollandaises : mère et fille qui font le chemin avec leurs chevaux alezan, pure race espagnole : Paco et Romeiro. L’ ado, un peu rebelle, se passionne pour la peinture. Elle fera plus tard une fresque à la casa de Anita, albergue de Santa Marta de Tera en contrepartie de son hébergement .

Tabara 658 km

J’arrive à L’ « Albergue municipal ». Loïc est déjà là.
Luis l’hospitalero, tient son affaire de main de maître. Il prend nos vêtements et fait une machine. Puis, il prépare le dîner que nous prenons tous ensemble. En fin de repas, nous convenons de l’heure du réveil. Le chemin étant avant tout spirituel ; il remet à chacun une pensée à méditer le lendemain en cheminant.

J’ai reçu « le pouvoir de la pensée ne connaît pas le mot « impossible ». Beau sujet !!!
Au matin, nous repartons de bonne heure et de bonne humeur jusqu’à Santa Marta de Tera,
Puis, finalement, nous nous arrêterons, plus loin, à Camarza de Tera.

Le 17 juin, nous longeons le fleuve Tera jusqu’au Barrage.
A mi pente, je m’arrête dans un point-café donativo, je règle ma consommation tandis que
la jeune femme me remet l’évangile de Luc à lire chemin faisant.

A Asturiano nous sommes 12 à l’albergue municipal. Loïc continue en solo .
Je vais dîner avec un couple d’italien dans une association gastronomique pour un prix dérisoire. Je leur fait part de mon étonnement de ne pas avoir vu les amis canadiens. Ils m’apprennent que Kai a été sérieusement blessé .

Mombuey, Zamora, Espagne

Mombuey, Zamora, Espagne © Luis Rogelio HM / flickr

Nous sommes 6 à l’ « albergue municipal » de Monbuey le 18 juin.
Je me suis égaré plusieurs fois entre le chemin et la LGV. J’arrête un cycliste. Mauvaise pioche, c’est un américain qui fait le tour de l’Europe. Il m’indique un village à 2 km par la route et me propose de l’eau. Finalement, je bifurque plus loin et retrouve le chemin.

Je fais connaissance de Joachim le Catalan, 82 ans, cinq fois champion d’Espagne de marathon dans sa catégorie. Il a arrêté de courir à 77 ans !!! Il ne fait pas baisser la moyenne d’âge du groupe !

Le lendemain je manque le chemin à la sortie de Pueblo de Sanabria (km 750) à cause d’une déviation : j’ai pourtant suivi le marquage. J’en retrouve un autre plus ancien 3km plus loin.
Les gens viennent à ma rencontre pour discuter, ravis de mon passage. Je n’ai pas vraiment le choix sinon, j’entre au Portugal. Je garde un très bon souvenir de ce parcours… par les chemins de traverse.