La pluie du matin n’effraie pas le pèlerin.

PAR RAOUL ROPERS

«

À Requejo ,je retrouve les 3 espagnols, l’allemand et l’américain.
Luis, nous trouve un restaurant sympa à la sortie du village. Celui-ci vivait de la nationale, il va bientôt mourir coincé entre l’autoroute et la LGV ce qui nous laisse songeurs .

«  T’es pressé ce matin ! t’as un pont à prendre ? «  blague de l’allemand envers l’américain, tous les deux retraités de l’armée.
Effectivement, nous prenons le pont puis, un tunnel pour arriver à Lubian 780 km
Etape sans intérêt compte tenu des travaux gigantesques pour construire la ligne grande vitesse Madrid-Santiago : le chemin est impraticable du fait de la noria de camions. De gros monstres jaunes Caterpilar dévorent la montagne tandis que d’autres la vomissent plus loin. La ligne de crête qui sépare le Portugal de l’Espagne nous fait face à trois kilomètres.

À Gudina : nous quittons la « Castilla y León » pour entrer dans la verte Galice. Premières gouttes de pluie depuis Séville !!!

A Gudina, Galice, Espagne

A Gudina, Galice, Espagne © Joanjo Aguar MatosesCC BY-NC-SA 2.0

À Gudina-Laza 838 km

Aujourd’hui, c’est Dimanche, par conséquent, pas de camions, ni d’engins ; nous apprécions tous le silence dans ce paysage à plus de 1100m.
Très beau début de parcours par les hameaux plus ou moins abandonnés puis, je chemine en surplombant le lac et le barrage avec les 2 français Jean-Louis et Denis. Je marque une pause à Campobecerros, puis je repars pour Laza.

Laza le 22 juin

Nous sommes logés dans la salle de sport par le Grupo de Atención de Peregrino (protection civile) Bonne ambiance. Je dîne avec Joachim et les deux français .
Le 23 , je vais dormir à Xunqueria de Ambia.

Je quitte Laza par une vallée luxuriante où il y a une grande activité autour des cultures.
Puis, c’est a nouveau la montagne jusqu’à Albergueria, 1000m où Don luis nous reçoit dans son bar entièrement tapissé de coquilles St Jacques sur lesquelles les pèlerins ont laissés leur nom et date de passage. Je quitte les espagnols luis et José à Vilar de Barrio ; je continue jusqu’ à Xunqueria avec Joachim. Nous arrivons à l’auberge municipale sous l’orage totalement rincés. Pour certains jeunes et moins jeunes, parfois en famille avec de petits enfants, c’est la seconde étape de leur pèlerinage .

Ourense

Fin d’étape assez longue, compte tenu de la traversée du polygone industriel; l’albergue se trouvant à l’opposé. Mes chaussures me font mal : elle sont H.S.le sol dur et abrasif des pistes damées ont eu raison de la semelle.

Pont romain ("A Ponte Vella")l sur le rio Miño, Ourense, province d'Ourense, Galice, Espagne.

Pont romain (« A Ponte Vella »)l sur le rio Miño, Ourense, province d’Ourense, Galice, Espagne. © Bernard BlancCC BY-NC-SA 2.0

Cea 956 kms

La sortie de Ourense par la zone industrielle est longue, puis on se trouve face à un mur : 400 m de dénivelé …
Cea, Petit village avec une très grande  « albergue » bien tenue par un hospitalero qui ressemble à un gaucho argentin avec son chapeau et son cigare à la bouche.

Laxe

Je fais une grande étape. Je pensai m’arrêter à Lalin ; finalement , je suis a Laxe .
C’est une auberge au design très moderne comme toute les auberges en Galice au tarif unique de 6,00€. L’hospitalière me remet un drap et une taie d’oreiller à l’enregistrement.

Vedra

Je rencontre à nouveau Pamela l’Australienne, à la sortie de Sidella nous faisons une ballade sympa par Puente Ulla. J’en suis encore à plus de 35 km ; je m’arrête à l’auberge
De Vedra. Pamela continue jusqu’au prochain refuge..  See you Later ! Veremos en Santiago !

Dans cette grande auberge, je retrouve John et Denis. Il y a beaucoup d’ados accompagnés ou non, qui font le pèlerinage de 100 km a pied ou 200 km à vélo (comme tout Espagnol qui se respecte doit le faire pour mettre à l’abri sa famille ) ; ce qui leur permet d’obtenir aussi une Compostella, parfois demandé par les employeurs.
Ce soir, c’est un peu la fiesta .Nous soupons entre latins : espagnols, italiens et français .

Santiago

Ce samedi, 28 juin, il pleut des cordes au départ. Mais, dicton bien connu : la pluie du matin n’effraie pas le pèlerin. Ça va durer une bonne heure puis le vent va me sécher. Plus que 2 heures, et je serai à Santiago. Je cherche du regard les flèches de la Cathédrale.

Nous passons par Angroes sur le pont, dans cette courbe, où le train a déraillé l’an dernier et a fait tant de victimes. Encore 2 kilomètres et j’arrive sur le parvis de la Cathédrale dont la façade est en nettoyage. J’ai juste le temps de trouver une habitación (chambre) avant de me rendre à la messe des pèlerins chaque jour à 12 heures.

Santiago - Espagne

Santiago – Espagne © Donations_are_appreciated / Pixabay

Pas de Bota Fumeiro ce jour-là ; Pamela est déçue c’est la 4ème fois qu’elle vient à Saint-Jacques sans le voir. Ce rituel propre à Santiago consiste à balancer l’encensoir d’un bout à l’autre de la nef. Il s’agissait à l’époque médiévale, de désodoriser l’église pour cause de pèlerins … odorants. Ils passaient, en ces temps là, la nuit dans la cathédrale bâtie comme une forteresse avec son toit de pierre. La messe était une bénédiction pour le chemin du retour qui lui aussi, se faisait à pied en des temps et des lieux très incertains.(les internautes trouverons un grand nombre de vidéos du Bota Fumeiro sur Youtube).

Dimanche

Je vais prendre un petit déjeuner dans une rue passante. J’engage la conversation avec une pèlerine que déjà rencontrée, hier, au bureau des pèlerins. Elle me raconte qu’elle a fait ses études à Santiago. C’était «  après la dictature », elle faisait déjà un peu de marche sur les chemins aux alentours et possédait un VTT. Aujourd’hui , ça parait assez banal ,mais à l’époque c’était totalement incongru …à plus forte raison pour une femme.

Dans les années 80, elle avait donc parcouru le chemin portugais sans fléchage et avec des refuges qui se résumait à un toit sans eau et électricité. Un ami puis, un copain de son ami lui indiquaient des cousins chez qui elle pourrait être hébergée.

J’observe les pèlerins qui arrivent sur le parvis, tous souriants, parfois des larmes quand ils se séparent.
Je croise Pamela qui n’a toujours pas vu le Bota Fumeiro… Sur mes conseils, elle se rend sur les toits de la Cathédrale faire la visite guidée.

Lundi

Santiago de Compostela

Santiago de Compostela © Mark HooperCC BY-NC-SA 2.0

Cette fois, Pamela est ravie, elle a enfin vu le Bota Fumeiro en action. Je retrouve mon ami Yvon à la sortie de la cathédrale puis, nous allons prendre un café dans un restaurant de la « belle époque » que j’aime bien.

L’après midi nous nous rendons à la Cathédrale voir la Crypte et Sant Yago à cheval, le « Matamore » dont la base est drapée ; paix entre les religions oblige. En effet, le culte de Saint Jacques est étroitement lié à la «Reconquête » de l’Espagne ; il se répand au cours des Xe et XIe siècle grâce à la légende de Charlemagne mobilisant les chevaleries européennes contre les Sarrasins.

Les chemins de St Jacques ne sont pas seulement les chemins de la Reconquête mais, aussi ceux du repeuplement et de l’unification de L’Espagne. Au regard des contributions des différentes civilisations, ces chemins ont été classés patrimoine mondial par L’Unesco. De nos jours, l’Andalousie porte encore les couleurs verte et blanche des Califats Omeyyades, ce que l’Espagne, fière de son histoire, assume pleinement.

Puis, nous nous rendons chez les franciscains qui nous délivre une compostella pour leur 500ème anniversaire. Je croise Luis et José avant qu’ils ne prennent le bus pour San Sebastian.
Puis, j’accompagne Yvon récupérer son sac à la consigne. Nous avons parcouru 987 km à pied…

Ce soir, le ciel s’assombrit à nouveau. Il pleut sur Santiago !!!

Amicalement,
Raoul