Cette ville magique et si ensorcelante qu’est Hanoï

PAR CARINE SAINT MEDAR

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C’était ma toute première fois en Asie. A mon arrivée à l’aéroport d’Hanoï, je réalisais que je venais d’atterrir dans un monde qui m’était jusqu’alors totalement inconnu.

Me voilà en route avec mon chauffeur privé pour le vieux Hanoï où était situé mon hôtel. Je m’empresse de déposer mes bagages afin de pouvoir enfin sillonner la ville. Le bruit, les scooters, tout cela est un peu déroutant au départ. Puis je m’y fais petit à petit, tout cela fait désormais partie de mon nouveau décor.

Premier arrêt au Temple de Montagne de Jade. Le joli pont rouge, surnommé « le pont du soleil levant » qui mène au temple en est semblerait-il une des attractions principales. De part et d’autre du pont, des touristes des quatre coins du monde, se prennent en photo arborant de fiers sourires et profitent de la vue sur le lac Hoam Kien.

Je poursuis ma visite et découvre le fameux édifice qui date du XVe siècle. N’ayant pas parcouru mon guide avant de faire cette visite, je fais la découverte insolite d’une tortue géante. Située dans un pavillon, la carapace encore bien conservée, elle trône au milieu de la salle dans une vitre rectangulaire. Autels voués au taoïsme et au confucianisme, et autres reliques, le charme de ce temple est au rendez-vous.

La nuit tombe sur Hanoï, pourtant il n’est que 18h, je décide alors de longer le lac sans objectif aucun. Je découvre avec amusement que c’est le lieu de rendez-vous des familles et des enfants. De jeunes couples d’amoureux se promènent se tenant la main timidement, les jeunes adolescents s’adonnent au street dance très populaire là-bas, assis sur un banc, les familles partagent un moment de détente et le rire des enfants viennent parfaire ce spectacle si plaisant.

Je fais alors la rencontre de deux jeunes suisses qui m’invitent à partager un verre de vin rouge au bord du lac avec elles. Hanoï, ville de brassage culturel ? J’en suis alors plus que convaincue. Cette rencontre inédite me fait sourire et c’est sur un ton enjoué que se termine cette première journée.

Aventure en pousse-pousse

Hanoï est la première étape de mon séjour au Vietnam mais elle ne dure que deux jours. Souhaitant visiter tous les incontournables, je m’aventure très tôt dans la ville déjà éveillée.

Au carrefour d’une étroite ruelle comme on peut trouver souvent dans le vieux Hanoï, un chauffeur de pousse pousse m’interpelle. Curieuse, je m’approche. L’échange se fait comme il se peut. Et puis pourquoi pas ! Je décide finalement de faire ma visite en compagnie de ce chauffeur plutôt sympathique.

Nous pédalons sous de fortes chaleurs, plus de 33 degrés à cette période de l’année, elle est supportable pour moi mais sûrement plus pénible pour mon chauffeur qui toutefois ne manifeste aucune plainte. Direction l’ancien quartier colonial français. Notre première halte se fait à la Pagode Tran Quoc.

Située sur une presqu’île, c’est la plus ancienne pagode de la capitale, la plus typique du Nord du Vietnam. Je veux bien le croire. L’architecture est impressionnante. Des petites tombes en bonzes encerclent une grande tour en brique symbolisant les étapes de la vie de Bouddha. L’organisation est presque en damier. Après cette belle découverte, je rejoins mon pousse pousse. En route cette fois-ci pour le palais présidentiel.

Sur le trajet, ce que je vois ne cesse de m’étonner. A chaque coin de rue, des marchands ambulants vendent toutes sortes de mets culinaires, fruits, spécialités locales… Les bruits assourdissant des scooters, et leurs courses effrénées rendent le parcours de mon chauffeur tortueux mais malgré tout, il m’emmène à bon port.

Arrivée dans le quartier présidentiel, je suis surprise par la largeur des routes et par les bâtisses toutes  plus majestueuses les unes que les autres. Nous passons devant le mausolée de Ho Chi Minh. L’ensemble du monument est quadrillé par la police. Je sens que l’atmosphère est pesante.

Mon pousse pousse poursuit sa course, je lui fais signe de s’arrêter. Mais il me fait signe qu’il ne le fera pas. J’insiste ne comprenant pas à cet instant ce comportement. Il me dit « POLICE, POLICE, NON NON ! » Je parviens à le convaincre. A une condition, je dois être revenue dans 15 minutes.

Je pars donc à toute vitesse, appareil photo à la main sur l’esplanade. Mais je trouve l’atmosphère toujours aussi pesante. Le temps file, je pars rejoindre mon chauffeur. Mais il s’est passé quelque chose. J’entends des cris, des larmes, des cohortes de policiers, et deux femmes totalement démunies se faire arrêter. Je traverse la rue pour rejoindre mon chauffeur, on me fait comprendre que je ne suis pas la bienvenue. Je m’empresse de rejoindre mon lieu de rendez-vous.

Et là plus de pousse pousse ! Je cherche et je cherche encore et encore du regard car j’ai peine à m’aventurer à pied dans les rues environnantes au vu du contexte. Désespérée, je me résous à partir. Je hèle un taxi dans lequel je m’enfonce pour rejoindre malgré tout le Temple de littérature.

Ma visite se passe bien, je découvre la richesse de ce lieu empreint d’histoire et de philosophie. Mais je suis tracassée par la disparition de mon pousse pousse, dont je n’avais pas rémunéré le dur labeur. Je poursuis tout de même mes visites.

Je rentre enfin à mon hôtel, afin de me reposer de toute cette aventure. A 20h, mes deux amies suisses m’attendent pour dîner. A la sortie de mon hôtel, quelle surprise ! Qui vois-je ? Mon chauffeur de pousse pousse, qui venait réclamer son dû. Nous n’avons pas parlé, nous avons juste échangé quelques gestes et quelques regards qui ont suffit à se faire comprendre.

Mon tracas envolé, et mon chauffeur satisfait, je pouvais enfin profiter de ma soirée dans cette ville magique et si ensorcelante qu’est Hanoï

Carine.