Les clés du passé

Précocement soudée autour de l’idée de nation, la Lituanie affiche des ambitions européennes dès l’époque du grand-duché, puissant et « éclairé ».
A partir du XIVe siècle, le sort du pays, qui a longtemps résisté à la christianisation, se confond avec celui de la Pologne. Cette influence déterminante est encore sensible aujourd’hui.

Naissance de Lietuva (3000 av. J.-C.-XIIe siècle) 
A la fin du troisième millénaire, des populations indo-européennes du Sud et de l’Ouest se sédentarisent dans la région. Mêlées aux autochtones, ces sociétés paysannes forment la base du peuplement balte. Le clan des Lituaniens émerge à la faveur d’alliances tribales. A partir du Xe siècle, les échanges avec Rous (l’ancienne Russie) et la Pologne ainsi que les incursions danoises et varègues poussent la principauté de Lietuva (les Lituaniens) vers l’unité territoriale.

Superstition Lituanie Baltique 20 colline des croix © peuplier

Superstition Lituanie Baltique 20 colline des croix © peuplier

Etat lituanien (XIIIe siècle) 
Sous la menace teutonique, Mindaugas (1237-1263) rassemble les tribus baltes et, en signe de paix, se convertit au christianisme en 1251. Mais les Germaniques mésestiment ce gage. Mindaugas réplique en relançant le paganisme.
Grand-duché de Lituanie (1316-1569) 
Le règne de Gediminas (1316-1341) aplanit la querelle. Ce prince païen, qui a conquis un empire de la Baltique à la mer Noire, se convertit au catholicisme romain et marie sa fille au roi de Pologne Ladislas. En 1385, le mariage du grand-duc Jogaïla (Jagellon) avec la reine Edwige de Pologne officialise la christianisation. Dans les campagnes, le paganisme, traqué par les prêtres polonais, disparaît officiellement (1420).
Après le règne de Vytautas (1392-1430), aucun grand-duc ne cherche plus à affranchir le pays de la tutelle polonaise.

Royaume polono-lituanien (1569-1795) 
Lorsque l’Union de Lublin consacre le rattachement du grand-duché à la Pologne (1561), le protestantisme progresse grâce à des prédicateurs maîtrisant des langues locales. Pour lancer la Contre-Réforme, l’Eglise catholique polonaise utilise les Jésuites, fins connaisseurs des langues vernaculaires. Les Pères fondent l’université de Wilno (nom polonais de Vilnius) en 1579. Mais quand l’Autriche, la Prusse et la Russie se partagent la Pologne, la Lituanie devient une province russe (1795).

Domination russe (1795-1920) 
Contre la russification, un sentiment national rural émerge lentement. Les héros du grand-duché sont mythifiés et une presse libre lituanienne apparaît à Königsberg. Le catholicisme devient un bastion du nationalisme. L’Indépendance est proclamée à Vilnius. Les bolcheviques abandonnent la partie en 1920.

La République indépendante (1920-1944) 
Malgré les réformes démocratiques, un coup d’Etat militaire porte au pouvoir Atanas Smetona (1926). Coupé de son soutien polonais depuis l’annexion de Vilnius par Varsovie (1920), le gouvernement de Kaunas rétrocède le port de Klaipeda aux Allemands, puis s’effondre sous les bottes de l’Armée rouge (1940). Enrôlés par les SS l’année suivante, des Lituaniens organisent des rafles anti-juives à destination du camp d’extermination de Polnar. Avec le retour des Soviétiques, les déportations reprennent (1944).

La République socialiste soviétique de Lituanie (1940-1985) 
L’immigration massive des Russes inquiète les dirigeants locaux du PC, qui tentent de soustraire le pays à la tutelle du port militaire de Kaliningrad (Königsberg). L’Eglise catholique sédimente la résistance. En 1989, le « mouvement » d’union nationale Sajudis s’empare légalement des institutions. Conduit par Vytautas Landsbergis, il vote l’Indépendance de la République de Lituanie (1990). Moscou riposte : les chars soviétiques tuent 15 Lituaniens et 5 Lettons lors du siège de la Tour de la Télévision de Vilnius. Les images du massacre, diffusées dans le monde entier, popularisent la cause en Occident (1991).

Transition démocratique (1991-2004) 
Sous la houlette du président Algirdas Brazauskas, ancien chef du PC et héros de l’Indépendance, les relations avec l’ex-URSS et les communautés slaves se normalisent. La Lituanie est la première ex-République soviétique à recevoir Jean-Paul II (1994). En contraignant à la démission le président Paksas, en 2004, suspecté de corruption, les Lituaniens ont montré qu’ils étaient de plain-pied dans l’ère de la démocratie.

Litvakie : la Jérusalem de Lituanie 
Avant 1939, les 80 000 Juifs de Vilnius forment la première minorité de Lituanie (7,9 %). Arrivés au XIVe siècle, ils sont au cœur du Yiddishland créé par Catherine II en 1791 pour cantonner les Juifs de Pologne, de Biélorussie et d’Ukraine. Dans la mémoire ashkénaze, cette Litvakie (du russe Litva pour Lituanie), dont l’influence culturelle a contribué à fixer la langue yiddish, occupe une place mythique. Mais après le génocide perpétré par les nazis, il ne reste que 2 000 Juifs à Vilnius en 1945. Les déportations soviétiques, puis l’émigration vers Israël ont encore éclairci les rangs. Aujourd’hui, 4 000 Juifs résident encore à Vilnius.

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