La Mongolie et le désert de Gobi

il y a 4 mois par Sophie Doubovetzky

Après 18 mois de voyage en Océanie, j’ai voulu repartir via le transsibérien au départ d’Oulan-Bator, capitale de la Mongolie. J’avais une dizaine de jours à tuer en attendant que mon visa russe soit prêt. Pour ma première aventure en Asie, j’aurais pu choisir plus facile comme destination, mais la Mongolie est un pays qui m’a toujours attiré, c’était l’occasion. Prêt pour un circuit en Mongolie ?

Un récit de voyage par Sophie Doubovetzky

L’aventure commence lors de mon transfert à Pékin. Après une demi-nuit dans l’aéroport, on nous annonce au moment de l’embarquement que le vol est annulé… Le manège commence… 

On nous délivre alors un visa provisoire, puis nous sommes hébergés à l'hôtel en attendant l’annonce d’un nouveau départ… Le tout en chinois, sans plus d’explications.

Puis finalement sur le coup des 18h, nous partons enfin en bus direction l’aéroport.

L’arrivée à Oulan-Bator est irréelle. Je retrouve mon chauffeur qui doit m'emmener jusqu'à la guesthouse que j’ai réservée. L’aéroport est tout petit, mais cela ne l'empêche pas de partir à la recherche de sa voiture sur le parking…

La voiture enfin retrouvée, nous pouvons partir. Le chauffeur parle un anglais assez limité, mais nous arrivons à nous comprendre. Il m’explique que sur cette grande rue bordée d’immeubles immenses, comme il n’y a pas d’éclairage public, il y a au moins neuf morts par an, écrasés par les voitures lancées à toute vitesse… Sinon tout va bien, non, je n’ai pas peur, pas du tout.

Monastère de Gandantegchinlen, Oulan-Bator, Mongolie © David Berkowitz
Monastère de Gandantegchinlen, Oulan-Bator, Mongolie © David Berkowitz

Je prends possession de ma guest-house au cinquième étage d’un immeuble sans prétention (et sans ascenseur). Enfin un peu de repos après deux jours de voyage ! 

Oulan-Bator, que dire… Sous ses airs de mégalopole pseudo moderne, cette ville cache bien des trésors, et j’ai pris un grand plaisir à l’explorer.

Oulan-Bator la positive

Ses rues délabrées, son temple bouddhiste. Et son marché noir, qui, loin d’être illégal est le plus gros marché du pays où l’on trouve de tout et n’importe quoi, un sacré remue-ménage.

Mais aussi le palais présidentiel tout en démesure, et au coin des rues, le sourire des habitants, leur gentillesse et leur joie de vivre malgré des conditions pas toujours faciles. Cette ville n’est vraiment pas de tout repos quand on ne la connaît pas.

Entre les plaques d’égouts hors de leur emplacement et les chauffards (j’ai toujours attendu qu’il y ai au moins un local qui traverse pour traverser la rue avec lui) il faut regarder où l’on met les pieds : aux carrefours, non seulement il y a des feux tricolores, mais comme personne ne les respecte, il y a en plus un policier qui fait la circulation…
De plus à chaque feu rouge on entend un concert de klaxons qui n’en finit pas. J’aime à penser que c’est un jeu ou un concours qu’ils font entre eux.

Bref, Oulan-Bator sous ses airs un peu délabrés possède une énergie positive qui se répand et se transmet partout. Le temps de passer à l’ambassade russe, étonnamment bien reçue, je suis partie sept jours en tour organisé dans le désert de Gobi. Il faut savoir que le pays étant très peu peuplé et très peu touristique, il n’y a quasiment pas d’offres et d’infrastructures. C’est à dire que, une fois sorti des grands axes qui mène de la capitale aux capitales des différentes régions, il n’y a ni route, ni panneaux, rien, la steppe et c’est tout.

La route du désert de Gobi

Sans guide ou un super GPS, il est impossible de se repérer, sans compter les caprices de la météo. Donc, au mois de juin (hors saison), je suis bien contente de trouver un groupe avec qui partir.
Dans le vieux van russe, nous somme sept, notre chauffeur, notre guide et mes quatre «mecs»: David, canadien, Daniel, israélien, Gary et Andy, les deux anglais, et puis moi. Un joli melting-pot de nationalités dans ce van !

Steppe, désert de Gobi, Mongolie © Nyamdorj
Steppe, désert de Gobi, Mongolie © Nyamdorj

Les mongols sont des gens très calmes et jamais vraiment pressés, donc quand on demande combien de temps dure le trajet du jour, on nous répond que ça dépend du nombre de vaches sur le capot.

Nous sortons de la ville, puis le voyage dans la steppe pour rejoindre le désert commence. Des heures de voiture au ralenti qui secoue dans tous les sens.

– Où est la route ?

– Là où il n’y a pas trop de cailloux !

On se demande encore comment, sans GPS, sans véritable route et sans réel repère visuel, notre chauffeur trouve son chemin… Notre héros ! 

Nous découvrons quelques lieux sacrés bouddhistes et temples détruits sous l’occupation chinoise. Nous avons même la chance de pouvoir observer de rares Ibex, des animaux ressemblant beaucoup à nos bouquetins et qui comme eux sont en grand danger d’extinction.
Notre guide semble même être la plus surprise d’apercevoir ce couple avec son petit. On voit l’espoir se dessiner sur son visage !

Les nomades du désert

Premier camp, première nuit en yourte avec une famille nomade. On fait connaissance avec  la famille, et nous avons droit au rituel petit pain et thé au lait de bienvenue. Je précise quand même que je ne supporte pas le lait  et qu’en 15 ans c’est la première fois que je bois un peu de lait (de chèvre par contre), grand moment de prise sur soi. 

La coutume mongole veut que les invités s’assoient du côté gauche de la yourte, rentre le pied droit en premier pour démontrer son respect (dur exercice pour un gauchère), mais aussi que lorsqu’il offre le thé, on doit au moins prendre une gorgée (je n’ai donc pas eu le choix cette fois-ci), et le détail qui tue, il faut prendre le bol avec la main droite, encore en signe de respect (décidément tout est contre moi).

Finalement on y survit et le moment est inoubliable. Les enfants ravis d’avoir de nouveaux amis, viennent jouer avec nous et communiquent à leur manière (sourires et gestuelle). Après un super coucher de soleil et un barbecue mongole traditionnel, tous au lit. Et sachez que les meilleures nuits de ma vie ont été dans les yourtes des nomades.

Le voyage continue, le désert de Gobi nous surprend chaque jour et dévoile ses secrets peu à peu. Chaque jour on découvre un peu plus la culture du nomadisme, et les problèmes qu’ils rencontrent. La vie n’est pas facile quand il fait +50°C l’été et -50°C l’hiver… Je vous laisse imaginer le problème.

Mongol et ses chameaux, Gobi, Mongolie © Anthony Knuppel
Mongol et ses chameaux, Gobi, Mongolie © Anthony Knuppel

En plus du manque d’eau, ici rien ne pousse, avis aux végétariens, il n’y a presque que de la viande à manger, le comble du luxe est de pouvoir manger des patates ou des carottes ! Le désert est un peu toujours le même le long de la route mais il cache des trésors inattendus. 

 

Oasis, canyons et dunes hors-norme

Le premier est cette oasis faite de montagnes et de verdure, où l’on trouve un canyon très enclavé gelé étés comme hivers… Oui, la seule rivière que l’on verra dans le désert, est gelée…

Notre itinéraire nous fera passer par la capitale de la région du Gobi qui est en fait un petit village. Il faut savoir que sur un territoire grand comme quatre fois la France, il y a trois millions d’habitants, un million et demi vivent dans la capitale et la plupart des autres sont nomades, ce qui explique la très petite taille des villes secondaires.

Nous découvrirons par la suite la dune chantante, que nous longerons à dos de chameaux. Haute de plus de 215 m de haut et longue de 80 km, sous le souffle du vent, elle émet un petit sifflement qui lui a donné son nom. Tenter de l’escalader est un sacré défi, la Dune du Pyla, en comparaison, ne fait pas le poids. Mais la vue spectaculaire qui s’offre à nous au sommet de cette dune mérite bien cet effort physique.

Le même soir, nous dégusterons un lait de chamelle fermenté dans la joie et la bonne humeur.  Petite parenthèse, le lait fermenté est une boisson légèrement alcoolisée, consommée au début de l’été pour ses vertus purgatives, afin éliminer les graisses accumulées pendant l’hiver.  Bref je vous laisse imaginer le résultat quand, de plus, les toilettes se résument à un trou et deux planches de bois à 200 m du campement.

Parmi les grandes découvertes archéologiques dans le secteur, il ne faut pas manquer les Flaming Cliffs, ces falaises aux tons rougeâtres sculptées par l’érosion. Elles abritent un célèbre site archéologique où ont été découverts les premiers œufs de dinosaures. 

Ensuite la semaine se poursuit, de camp en camp, entre paysages grandioses, sympathie, dégustation et découvertes. 

Le voyage arrive presque à son terme et quand l’avant dernier soir nous apercevons une rivière qui coule, nous sentons bien que nous ne sommes déjà plus vraiment dans le désert.

Flaming Cliffs (Bayanzag), Gobi, Mongolie © Herbert Bieser
Flaming Cliffs (Bayanzag), Gobi, Mongolie © Herbert Bieser

Nous passons le dernier jour de notre circuit mongol au sein d’une famille fort sympathique qui nous accueille à bras ouverts, logés aux pieds même de montagnes magnifiques au milieu des steppes. Même si la communication est difficile, nous essayons d’apprendre quelques mots de mongols, et la famille s’amuse à nous déguiser avec leurs vêtements traditionnels et nous fait monter sur leurs chevaux.

Au réveil, le petit garçon de la famille, 6 ans, m’attrape par la main au sortir de ma yourte et me trimbale dans la montagne, tente de m’apprendre des mots et se réjouit en partageant ses bonbons avec moi. Son rêve est d’être guide et de parler anglais.

Retour à la réalité, ambassade russe, récupération de mon passeport avec le fameux et très attendu visa russe, un dernier au revoir au pays. Je n’oublierai jamais cet endroit, cet accueil, cette expérience, cette vie. J’embarque dans le célèbre transsibérien. Mais ceci est une autre histoire.

Prêt à tenter la Mongolie ?

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