Road trip au Sud Maroc

il y a 15 jours par Tangka Voyages
Kasbah, Ouarzazate, Maroc © Mariusz Kluzniak

D’Ouzoud à Ouarzazate

Je me souviens avoir plaisanté avec un ami avant le départ : « Là où nous allons, au moins, nous ne risquons pas de trouver la pluie ! Ah ! Ah ! » Aussi, quand un orage invraisemblable a éclaté, que des trombes d’eau se sont abattues sur l’auto, après moins d’une heure de route, nous avons été un peu refroidis. Heureusement, notre voiture toute neuve (d’après le loueur) est tombée en panne un peu plus loin, ce qui fait que nous avons vite oublié la météo.

Le moteur s’arrêtait, brutalement, après chaque accélération franche. Ça s’est amélioré un peu par la suite, mais il a fallu rouler doucement, avec beaucoup de concentration. J’ai tout de même appelé l’agence de location. Ils m’ont assuré de leur soutien et m’ont bien remonté le moral par leurs encouragements. Puis, pour toute aide, ils m’ont fait promettre de ne fréquenter que les petits garagistes bon marché et d’éviter absolument les concessionnaires.

Les cascades d’Ouzoud.

D’abord, ce sont de chouettes chutes d’eau spectaculaires. Et puis, c’est un des endroits du Maroc où l’on peut observer les singes magots. Pour les enfants, c’est vraiment sympa (moi-même, en vacances, je suis très singe).

Vu le temps, nous n’avons pas osé planter la tente, mais nous avons trouvé un hôtel agréable et bon marché où nous avons mangé un très bon couscous. Au petit matin, j’ai emmené tout le monde faire une jolie balade le long de la rivière, à la recherche des primates. Au bout d’une heure de marche, nous avons réussi à en apercevoir quelques-uns de loin.

Cascades d'Ouzoud, Maroc © Didou2284
Cascades d'Ouzoud, Maroc © Didou2284

Nous étions tout excités. Nous avons escaladé des tas de cailloux pour essayer de nous approcher, mais un type juché sur les rochers, un peu imbibé de bière berbère (et grand admirateur de Jacques Chirac, d’après ce que nous avons pu comprendre), s’est mis à parler très fort. Nous avons perdu de vue la horde et nous sommes rentrés à l’hôtel fatigués. Là, pendant notre absence, des dizaines de singes avaient envahi les boutiques à touristes. Un des vacanciers locaux s’est même fait chiper son journal. Les enfants m’ont regardé de travers.

Ouarzazate et la vallée du Draa

Pour aller dans la vallée du Draa, il faut traverser l’Atlas, ses superbes paysages sauvages et ses magnifiques sommets enneigés (enfin, c’est ce que nous avons imaginé parce qu’il y avait pas mal de brouillard). Puis, en redescendant, coté sud, le temps change, il fait enfin beau et sec.

Après une étape à Ouarzazate (visite de la très jolie kasbah fortifiée en pisé), la vallée du Draa est une superbe oasis longue de deux cent kilomètres, bordée par d’imposants ksours.

Sur une partie du trajet, nous quitté la route pour emprunter la piste. La piste, c’est l’aventure et la liberté : pas de publicités Coca Cola, pas de camions, peu d’autos. Et pas de panneaux indicateurs. Bref, il faut tout le temps chercher son chemin. Les ânes, poules, enfants, chèvres traversent n’importe comment, bien-sûr, mais à l’allure ou l’on roule, on n’écrase pas grand-chose. Par la piste, on est plus proche de l’oasis, on traverse des villages plus isolés. Et puis, surtout, il faut bien rentabiliser le 4×4.

Nous avons voulu faire du camping sauvage, discrètement, au milieu des palmiers. Mais, à chaque arrêt, des tas d’enfant vous jaillissent de partout pour vous demander « des crayons, des bonbons ou des cigarettes pour mon papa ». Nous avons finalement planté la tente dans la cour d’une auberge (ce qui n’est pas très bucolique, mais les enfants voulaient vraiment camper). Et nous avons encore mangé du couscous.

La conduite sur piste, c’est palpitant. On se croit dans le Paris-Dakar. Pour le passager avant, c’est plaisant aussi, mais il faut bien s’accrocher. Pour les passagers arrière, dont le séant n’est que rarement en contact avec la banquette, le plaisir est un peu moins évident. Au bout d’un moment, il a bien fallu, à la demande générale, rejoindre la route.

Vallée du Drâa, Maroc ©  Richard Allaway
Vallée du Drâa, Maroc © Richard Allaway

Au bout de la vallée, vers M’Hamid, nous avons séjourné dans un camping équipé d’un cube de béton rempli d’eau boueuse localement appelé piscine. Au moins, pas de chlore pour vous piquer les yeux, l’eau était tellement sombre que, debout dans un mètre d’eau, nous ne pouvions voir nos pieds. Le soir, au menu, nous avons eu du couscous.

De Marrakech à Casablanca

Nous sommes allés passer la nuit aux dunes de Chagaga avec Rachid. Rachid, c’est le guide que nous avons emmené parce que la piste jusqu’aux dunes est difficile à trouver. De plus, comme il y a un long passage sablonneux à franchir, que je ne suis pas un expert en conduite tout terrain, la présence d’un guide nous a semblé une sécurité indispensable pour prendre le volant en cas de difficultés.

Au moment de partir, j’ai eu un pressentiment parce que le patron du camping a absolument voulu me donner des conseils de conduite et tester notre auto dans le sable. Finalement, le 4×4 a avalé le passage délicat sans ralentir et Rachid n’a pas eu à intervenir. Cependant, dans une grande ligne droite sans souci, prétendant que j’étais fatigué, il a insisté pour me relayer.

Une fois au volant, il s’est mis donner de grands coups des deux pieds dans les pédales, en secouant le levier de vitesse dans tous les sens, sans même penser à tourner la clé de contact. Puis il a froncé les sourcils, comme devant un problème insoluble. Pour conclure, nous avons dû donner à notre expert sa toute première leçon de conduite. Au bout d’un moment, il s’en sortait aussi bien qu’Axel, notre petit dernier (sauf qu’Axel, lui, il ne peut pas voir la piste parce qu’il est trop petit, alors il faut choisir un endroit bien dégagé pour limiter les risques).

Nous avons fait une halte à l’Oasis Sacrée, au bord d’un petit cours d’eau, puis nous sommes arrivés aux dunes. Nous étions seuls, le sable à perte de vue. Nous avons planté la tente et fait une magnifique balade dans le soleil couchant. Et au repas, pour la première fois depuis 4 jours, pas de couscous : de la Vache qui Rit avec du pain de mie : savoureux !

Le retour s’est passé sans encombre. Rachid avait passé la nuit à causer avec l’instituteur du coin rencontré en route. Il roupillait tranquille, et n’a pas songé à me relayer, ni même à m’indiquer la route.

Mosquée Moulay El Yazid, Marrakech, Maroc © Metropolitaneando
Mosquée Moulay El Yazid, Marrakech, Maroc © Metropolitaneando

Marrakech

Nous avons d’abord fait un grand détour pour visiter les gorges du Dadès (très beau). Après avoir perdu un long moment, finalement, à faire réparer la voiture, il nous a fallu accélérer un peu et même conduire de nuit pour arriver à destination. La conduite de nuit, dans les villages peu éclairés de la vallée du Dadès, ressemble un peu à un jeu vidéo : il faut rouler en évitant les obstacles qui tentent de vous surprendre en surgissent d’un peu partout. On se fait quelques frayeurs, mais, en roulant prudemment, c’est finalement amusant.

À Marrakech, il nous a été impossible de trouver un hôtel libre. D’après le guide que nous avions emmené, il ne faut pas penser, quand on est un touriste, s’y loger sans réserver à l’avance. Nous, nous sommes arrivé dans la médina, sans prévenir, à 22h30, alors forcément, c’était un peu juste…

Nous aurions bien dormi sur le toit d’un hôtel (sympa et pas cher), mais, comme nous étions revenus au Nord de l’Atlas, il s’est mis à pleuvoir. Après discussions avec un employé, nous avons finalement déroulé nos sacs de couchage dans le salon bourgeois d’un patron d’hôtel très compréhensif et très accueillant; La famille n’étant pas vraiment francophone, la discussion, au petit déjeuner, a un peu tourné court, mais, les enfants de nos hôtes servant d’interprètes, nous avons réussi à échanger et même à rigoler sincèrement. C’était très sympathique.

Nous avons visité la médina, ses artisans, ses tanneurs. Comme c’est très touristique, nous avons dû dire non à des tas de gens : guides, artisans, commerçants… Au centre de Marrakech, la place Jemaa el Fnaa, le soir, c’est la cour des miracles. Dans la même soirée, vous pouvez, contre votre gré, serrer dans vos bras un singe incontinent, arracher précipitamment un serpent enroulé autour de votre cou et, pire encore, danser la bourrée berbère au milieu de l’orchestre sous les bravos de badauds hilares. Évidemment, à chaque épreuve, on vous débarrasse soigneusement de votre monnaie parce qu’il faut bien faire vivre le petit commerce. Si bien qu’au cours de la soirée, nous étions un peu dévalisés. Mais les enfants se sont bien amusés.

Essaouira

Nous avons logé dans un camping luxueux avec même des toilettes propres et une vraie piscine. De plus, il n’a presque pas plu. Essaouira est une jolie ville en bord de mer avec des remparts et de nombreux touristes venant en car. Fait incroyable au pays du marchandage, il est possible de manger du poisson à des prix fixes affichés sur de grands panneaux à l’entrée de la vieille ville.

Essaouira, Maroc © Juan Mercader
Essaouira, Maroc © Juan Mercader

C’est très bien organisé : une fois que vous avez choisi votre repas, le commerçant fait semblant de peser une ou deux sardines, lance tout le reste en cuisine et vous annonce le prix d’un repas dans un palace monégasque. Nous avons un peu protesté. À côté de nous, un groupe de touristes mangeait du poisson à cent euros le kilo avec un grand sourire… en attendant l’addition.

La vieille ville est très agréable et, sur la route du retour, nous avons fait une halte à El Jadida pour visiter rapidement la ville et son ancienne citerne portugaise.

Épilogue

Au retour à Casablanca, nous avons rendu visite à une cousine installée, avec sa famille, depuis trois ans, dans une villa pas très loin de l’océan. Nous avons pu entrevoir sa vie d’expatriés. Ce n’est pas toujours facile : en plus de son travail, il lui faut s’occuper du gardien, du jardinier, de la nounou, de la cuisinière, de la femme de ménage… Elle n’a pas une minute à elle.

Pour conclure, ce voyage au Maroc nous a beaucoup plu. Mais le pays est grand, et dix jours, c’est peu. Nous y retournerons, un jour, pour parcourir l’Atlas ou rouler sur les pistes dans le sud, ou alors pour faire une randonnée, à pied, avec Rachid.

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