L’heure africaine, je l’ai connue lors de mon voyage au Bénin…

PAR MARIE-LAURE DANGLES

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-Demain, je vous emmène voir les mamelles de Savé dans le centre du pays, nous annonce Monsieur Gaba, notre hôte béninois.

Cela fait une semaine que nous sommes arrivées à Cotonou, avec ma cousine. Le choc est un peu rude à l’arrivée. C’est plus pauvre que je ne le croyais, même si je m’étais bien préparée. Je découvre au fil des jours que les enfants du quartier adorent les deux Tata Yovo (Tatas blanches) que nous sommes ! La plupart des habitants n’ont qu’une chemise, mais ils nous la donneraient bien volontiers si on la leur demandait.

Un soir, Monsieur Gaba nous propose de le suivre quelques jours pour un déplacement professionnel.

-Nous partirons demain, à sept heures, à l’aube.

Le lendemain, sacs prêts, petit-déjeuner copieux pris, nous attendons. Huit heures… Neuf heures…Dix heures… La parisienne que je suis tourne en rond, s’impatiente !

A dix heures trente, nous décollons enfin ! Florence, Monsieur Gaba, Orsel, le chauffeur et moi. Premier arrêt chez le garagiste pour changer les quatre pneus. Je tourne, je vire ! Après une bonne heure encore, nous voilà partis. Nous roulons sur l’unique route pendant une dizaine de minutes quand un bruit attire l’attention d’Orsel. Il gare la voiture sur le bas-côté : nous avons crevé !

-Mince alors, nous dit Monsieur Gaba avec un grand sourire.

Nous n’avons qu’à prendre notre mal en patience, en attendant qu’Orsel change la roue. Nous remontons assez rapidement en voiture. Sur le bord de la route, quelques étales ici et là. Une planche, des tréteaux. On peut acheter ainsi de l’essence conservé dans d’énormes flacons en verre, ou tout simplement des fruits, des légumes ou autres produits.

Nous remontons en voiture. A peine une demi-heure à peine de route, Orsel s’arrête à nouveau. Nous descendons tous et découvrons le pneu avant gauche, cette fois, tout fatigué.

-Ça c’est incroyable ! s’exclame Monsieur Gaba. Nous avons encore crevé !

Florence et moi nous regardons dépitées. Mais ce sont les vacances et nous nous disons très vite que cela fera des anecdotes rigolotes à raconter, un jour !

Notre voiture s’est arrêtée devant une maison. La famille, très vite informée de notre présence, nous sort des chaises pour que nous puissions nous assoir. Les cinq enfants sont ravis de nous découvrir et caressent par curiosité nos mains. Il y a ce petit garçon au bon bidon qui porte juste un slip rouge, une grande fille à la robe un peu déchirée. Tous nous offrent, en plus des chaises et d’un café instantané, un grand sourire.

Je sors mon appareil photo pour immortaliser le courageux Orsel qui change à nouveau la roue et réapprovisionne la voiture en carburant. Immédiatement, les enfants se pressent autour de moi.

-Viens avec nous ! m’implorent-ils.

-Où on va ? demandé-je en les suivant sur les talons.

Là-dessus, ils me tirent jusqu’à l’intérieur de la maison.

-On veut que tu nous prennes en photo avec notre guerrier !

Une statue en terre, qui fait presque leur taille, s’impose à moi, trônant au milieu du salon. Les enfants l’entourent et me demandent à nouveau.

-Prends-nous en photo !

Je tourne la molette de ma pellicule et fais de mon mieux pour immortaliser ce moment de grande fierté. Puis, nous retournons dehors.

Orsel a terminé, pour le moment du moins, car nous crèverons encore deux fois ! Il est l’heure de repartir. Nous remontons dans notre carrosse africain, faisons de grands signes aux enfants pour leur dire au revoir. Je sais que je les reverrais, sur cette photo.

Je sais que jamais je n’oublierai ce soldat en terre, tenant sa lance et entouré de ses petites âmes si fières.

Marie-Laure DANGLES.