De façon inattendue, nous avons fêté à notre manière le 14 juillet en Bolivie, avec feux d’artifices, fanfares et défilés. Et oui car cette date, et les deux jours qui suivent coïncident avec la fête de l’indépendance de La Paz. Je l’ai bien évidemment évitée en restant enfermée dans l’hôtel, mais c’était plutôt sympa de sentir toute cette effervescence dans cette ville pourtant déjà si animée ! Puis, fuyant les jours fériés et les laveries fermées (le linge propre est un vrai problème en voyage dans les pays froids…), nous avons fait route vers Oruro.

Un récit de voyage en Bolivie par Marion Kvaternik

Ville de passage par excellence, cette ville n’a pas grand chose à offrir, à part des logements limites et trop cher pour ce qu’ils offrent, encore plus de pollution qu’à La Paz, et quand même un petit restaurant de grillades avec un serveur merveilleux. Petite digression. Il est un fait auquel s’accordent tous les backpackers en visite en Pérou/ Bolivie, et particulièrement en Bolivie : ici, le tourisme, c’est vraiment juste un moyen d’avoir de l’argent. Les Boliviens n’ont aucune idée du service, pour eux, le touriste est une personne qui a de l’argent et qui doit le donner, peu importe qu’il soit satisfait ou non. Et peu importe non plus qu’il ait les bonnes informations, l’important ici, c’est que ce que l’on répond aux questions doit nous rapporter de l’argent

Par exemple à Oruro, le soir nous nous sommes renseignés sur la possibilité de prendre un bus le lendemain dans la journée pour Uyuni. Nous sommes arrivés au moment où les bus de nuit se remplissaient pour cette même destination. L’information a donc été concise : il n’existe pas de bus pour Uyuni dans la journée. Ah… C’est bizarre mais soit… Revenons-en à ce merveilleux serveur. Il ne doit pas être Bolivien. On lui demande s’ils ont le Wifi ; réponse « non, mais un autre restaurant l’a à trois pâtés de maison » Heu… Merci… Du coup on va chez lui, et on reparle de cette histoire de bus pour Uyuni. Pas de problème, il appelle la centrale et nous confirme qu’il y a des bus toute la journée qui partent… Voilà, ça, c’est l’exception bolivienne, le reste du temps il ne faut jamais croire les Boliviens !

Uyuni, désert - Bolivie

Uyuni, désert – Bolivie

Résultat, nous avons pris le train. Jerry a du se lever à 6h pour aller acheter les derniers billets de l’après-midi et attendre donc 1h30 dans le froid glacial que la billetterie ouvre, pendant que j’essayais de sauvegarder mon dos en essayant de trouver de la chaleur sous les couvertures. Puis ce fut l’heure du petit déjeuner. Un petit tour pour se rendre compte qu’ils ne connaissent pas : on improvise donc sur la place de la gare routière ; ici un jus de fruits frais, une saltegnas par là bas (chaussons fourrés de poulet, patate et sauce, miam!), des pralines, et hop ! Un dernier jus de fruit frais parce que ça envoie du pâté quand même ! Et ce fut l’un de nos meilleurs petits déjeuners à des prix défiant toute concurrence !

Le voyage en train, son début du moins, fut splendide, avec un petit air du Voyage de Chihiro quand on a compris qu’on roulait au milieu d’un lac plein de flamands roses… Plus le temps passait par contre, plus on prenait conscience du froid qui nous attendrait à la descente ; le givre grossissant sur les vitres étant notre meilleur témoin. C’est donc chargés de toutes nos affaires trouvées que nous avons affronté Uyuni à 23h, le temps de trouver The Must en terme d’auberge : chauffage dans les chambres !!!! La première fois depuis un mois ! Enfin une nuit chaude…

Pour vous donner une idée du froid ; il y a donc le chauffage dans les chambres, mais en plus, les draps sont en polaire ! Et effectivement, sans ça, on ne survivrait pas Une journée à passer à Uyuni, ça demande beaucoup de patience ; il n’y a rien à faire. Heureusement, nous avons tout notre linge à faire laver, une agence à trouver pour le trek de trois jours dans la région, et un supplément de vêtements chauds à acheter pour y survivre.

Donc voilà, à midi, on a fini. On rencontre un Français en partance. Son trek ayant déjà deux heures de retard, suite à un problème de gazoline avec le 4X4, on évince donc cette agence, et on en trouve une un peu plus loin. Prix classique, mais tour à l’envers, donc idéal pour moi, que je ne refasse pas exactement la même chose qu’il y a cinq ans.   Les formalités accomplies, on en profite pour partir à la découverte de cette « ville ». On dirait une ville fantôme, les chiens sont presque les seuls vivants qu’on y croise…. Puis on fait comme tous les touristes : on se pose sur la place principale pour profiter des rayons du soleil jusqu’à l’arrivée du grand froid, en constatant donc qu’Uyuni est une mini France, on y entend parler français partout, c’est très troublant. Quand le voilà, nous nous réfugions dans un restaurant en attendant l’heure du chauffage dans la chambre…

Uyuni, Bolivie

Uyuni, Bolivie

Et enfin, le trek commence. Trois jours à se régaler les yeux en se pelant méchamment les fefesses. Et, Ô miracle, notre groupe se compose de deux Suisses anglophones, d’un Anglais, et d’une Allemande : nous parlerons donc anglais ! Le premier jour nous conduit à travers les paysages les moins passionnants de la région et pourtant déjà, on se fait plaisir. Notre guide Lino nous trouve un petit coin parfait pour déjeuner, le long d’une rivière remplie de lamas, pour y déguster un bon repas à base de….. lama…. Jerry a poussé le vice en allant s’installer au milieu d’eux, genre « attention, si tu bronches, tu vois comment tu vas finir ! »Et pour info, le lama, c’est très bon  

Après le déjeuner, Lino nous invite à une petite balade, il nous reprendra sur la route dans 15 minutes. Nous partons donc, marchons une demi-heure et commençons à nous inquiéter. Finalement, il est décidé que le plus jeune d’entre nous retourne voir ce qu’il se passe… Il repart, puis revient vite… avec le guide. Aïe, problème donc. Et oui, après 2h de route à peine : plus de batterie, ça promet.. Lino passera donc l’heure suivante à arrêter tous les 4X4 pour qu’on l’aide à redémarrer.   Evidemment, les pinces croco ici, ils ne connaissent pas, ils font ça à l’aide de barres et de fils de fer (on s’écarte pour les laisser bosser), et une fois que la voiture redémarre, on part en acheter une autre ( de batterie) ! Résultat ; deux heures de perdues, mais le trek continue. Une forêt de pierre puis une longue route pour essayer d’arriver à la Laguna Colorada avant la nuit. Echec, mais les derniers rayons du soleil nous en donnerons quand même un joli aperçu !

Trek à Uyuni - Bolivie

Trek à Uyuni – Bolivie

Puis vient l’heure de rallier l’endroit où nous passerons la nuit. Endroit est le seul terme acceptable ; il s’agit d’une espèce de grand bâtiment en briques où logent une dizaine de groupes, chacun sa chambre. Pas de chauffage, et pour ceux qui n’ont pas de duvet, deux couvertures, pour affronter une nuit où il est prévu que la température descende à – 20°. Ha!Ha ! Au moins, il y a un semblant de toilettes, on a droit à un bon repas chaud et même du vin !   Mais malgré ça, la nuit fut longue et froide, malgré le duvet, le sac à viande, et toutes les fringues.

C’est le genre de nuit où chacun dans son lit, on évite de bouger pour ne pas risquer le courant d’air froid, on s’interdit d’aller aux toilettes, et on attend que le sommeil vienne, tout en étant convaincu que tous les autres autour de nous dorment à poings fermés. Nuit de froid et de solitude, où l’on n’arrive même pas à décider de nos pensées. Le lendemain, on se rendra compte qu’on n’était pas si seul dans ce cas. A 5h du mat, l’heure du réveil, on est tous prêts à partir, une seule sort difficilement des bras de Morphée.

Pas de petit déjeuner, on file directement aux Geysers, effectivement grandioses au lever du soleil.   Et enfin, le moment tant attendu : les sources d’eau chaude. Le lever du soleil au moment où l’on arrive rajoute encore à la félicité de cet endroit. Mais d’abord ; petit déjeuner avec tous les autres groupes où l’on s’applique à bien tout finir, notre guide est si heureux quand nous finissons bien notre assiette ! Puis Jerry va se baigner, seul courageux à enlever tous ses vêtements à -7°. Mais j’y mets mes pieds. Et ça réchauffe incroyablement ! Dommage pour le reste de notre groupe, trop frileux !

Jeysers, Uyuni - Bolivie

Jeysers, Uyuni – Bolivie

Nous sommes prêts à continuer. D’abord, Salvador de Dali (tout est bon pour appâter le touriste), paysage de montagne un peu surréaliste qu’on verrait en effet assez bien sur une peinture du peintre. Puis, la Laguna Verde, qui n’est pas verte. Pourquoi ? Demande-t-on. A cause de vent. Nous répond t-on. Bien. C’est à dire ? C’est à dire que ce lac est composé de plein de minéraux (plomb, arsenic pour ce que j’ai retenu), qui se mélangent quand le vent les secouent, ce qui donne cette jolie couleur verte à l lagune ! Mais non, là, pas de vent, et la lagune est gelée, mais elle est quand même jolie.  

Cependant rien à voir avec la prochaine. La jeep repart, repasse par les endroits visités précédemment, devant l’endroit où nos avons dormi et là, au détour d’un virage, une longue étendue rouge avec, attends, mais ce ne serait pas des flamands ça ? Jerry est fou, j’ai du mal à le garder dans la voiture, le chauffeur continue sa route. Une petite montée et là, c’est l’extase. Tout le monde a la bouche grande ouverte devant le spectacle : la laguna colorada est donc rouge, à cause d’algues volcaniques, immense, habitée par de très nombreuses colonies de flamands et entourée de montagnes qui s’y reflètent à la perfection. Les batteries des appareils souffrent beaucoup pendant la demi-heure qui suit, et il faut beaucoup de discipline pour enfin lui tourner le dos et arrêter les photos. L’impression d’être arrivés au point culminant du trek est très présente.

Laguna Colorada, Uyuni - Bolivie

Laguna Colorada, Uyuni – Bolivie

Et pourtant, ça continue ; nous traversons le désert de Siloli, rempli de pierres aux formes étranges, déjeunons au pied d’un immense rocher qui ressemble à une colonne faite de mains humaines coupée en deux, entourés par des montagnes aux mille couleurs, et finissons la journée en enchaînant les différentes lagunes : Honda, Hedionda, Canapa, toutes très belles mais pas au niveau de la Laguna Colorada, décidément inévitable au moment où le soleil est au zenith.  

Encore une longue route le temps de croiser un volcan, et une forêt de corail. Oui, du corail à 4500 mètres d’altitude, ça a de quoi surprendre. Mais il suffit de se souvenir qu’avant il y avait la mer dans ce coin, même si c’est difficile à imaginer quand on voit les paysages actuels. Enfin, nous arrivons à l’hôtel de sel où nous passerons la nuit. Il s’agit vraiment d’un hôtel de sel : les briques sont en sel, les lits aussi, et ces petites merveilles ont pullulé depuis 5 ans autour du Salar.  

Le temps du repas, nous rencontrerons un guide d’un autre groupe, absolument incroyable. Il nous parle de sa vie : il a commencé mineur à Potosi à 9 ans, à 15 ans il avait déjà perdu la moitié de ses dents suite à la mastication des fils de dynamite. Il nous raconte la vie des mineurs, ce fut son autre métier par la suite : guide dans les mines de Potosi, le temps qu’il faut pour creuser 50 cm dans la roche, comment faire de la bonne dynamite, avec de la TNT, de la nitroglycérine, un fil et un détonateur (tout est très facile à trouver à Potosi), comment les mineurs minent : chacun sa cavité, où ils recherchent les filets de minéraux. Une fois trouvés, ils passent à la dynamite. Pour que ce soit sûr, ils communiquent en frappant avec leurs outils pour que les mineurs les plus proches aient le temps d’aller se réfugier dans un endroit sûr ; environ 40 secondes pour courir se mettre à l’abri. Bien sûr, il y a souvent des accidents…  

C’était dingue cet afflux d’informations dont j’ai oublié la moitié depuis. Il parle un anglais parfait, un français approximatif, et quand on lui demande comment il a fait ; c’est simple, il est monté à La Paz pour être guide, et au contact des touristes, il a appris les langues. Et pour finir, il nous explique qu’il faut être très vigilant quand on choisit une agence pour la visite des mines de Potosi, la plupart disent qu’elles reversent une part aux mineurs mais c’est faux. Pour être sur de faire la visite avec un vrai mineur, il ne faut pas accepter de payer plus de 50Bol. C’est dingue, c’est si représentatif de la Bolivie : des informations fausses, aucun sens éthique. Envers les touristes, je peux comprendre, mais envers eux…

Salar d'Uyuni - Bolivie

Salar d’Uyuni – Bolivie

Le dernier jour est consacré à la découverte du Salar de Uyuni, vaste étendue blanche composée de sel, d’eau et de lithium. Autant dire qu’on peut imaginer que le Salar ne devrait plus survivre très longtemps une fois que l’exploitation de masse du lithium aura commencé. C’est bien dommage, c’est un endroit toujours aussi magique. Surtout au lever du soleil. Lever qui se mérite, notre guide était sensé nous réveiller à 5h30 mais échec, il n’a pas réussi, ce sont nos amis suisses, qui heureusement avaient pensé à mettre le réveil, qui nous ont tous levés en catastrophe à 6h.  

Mais on n’a pas regretté. On a eu beaucoup de temps également pour faire les photos funky du Salar, entre la visite de la Isla Incahuasi, aux cactus géants qui, elle aussi, s’est beaucoup développée, plus question de frauder en passant par le chemin inverse, l’arrêt devant les « Ojos del Salar », des trous d’eau à quelques mètres voire sur la route, où l’on peut trouver de bien jolis cristaux de sel.Le déjeuner fut incroyable lui aussi, avec les meilleurs ingrédients depuis le début ; toutes sortes de patates plus douces les unes que les autres, un délicieux poulet, tout ça en plein milieu du salar.  

Puis le chemin du retour a commencé, un passage à l’Hôtel de sel le plus connu, où ils ont un musée. Pour visiter le musée, ils ont une pancarte qui dit : si vous voulez visiter le musée, il est indispensable de nous acheter quelque chose d’abord. Ca donne une bonne idée de la mentalité du coin. On a donc décidé de s’enfuir, à pied, en prévenant tout de même notre chauffeur qui nous a laissé une fois de plus 15 minutes. Une demi-heure plus tard donc, les bouteilles d’eau étaient vides, nos visages avaient pris une étrange couleur rouge, et voilà la jeep ! Direction les pyramides de sel, où l’on a donc appris que pour en faire une, il fallait compter 2h de travail, et seulement deux secondes pour sauter dessus… Et pour finir, le cimetière de trains, soit l’endroit où ils ont laissé les vieilles locomotives, et en ont transformé certaines parties en aires de jeu, c’était marrant.

Cimetière de trains, Uyuni - Bolivie

Cimetière de trains, Uyuni – Bolivie

On se quitte en se donnant rendez-vous le soir même pour une bonne bière commémorative avec le couple suisse. Enfin, nous retrouvons l’auberge chaude, les douches chaudes, et on revient un peu au monde moderne en se sentant propres, et en retrouvant nos gros sacs. Une bonne soirée à discuter, à rencontrer de nouveaux Français pour qui nous avons de bons tuyaux et, le lendemain, direction Sucre.

Sucre est censée être la capitale du pays, c’est du moins ce que l’on nous jette aux yeux ici. C’est en vérité la capitale constitutionnelle de la Bolivie, de ce fait c’est une des plus jolies villes du pays, si ce n’est la plus belle. Pour y aller depuis Uyuni, prendre un bus, la madame de l’agence nous a bien informés qu’il faudrait descendre à Potosi pour en prendre un autre pour Sucre. Ce qu’elle n’avait pas dit, c’est qu’à Potosi, le terminal où l’on arrive n’est pas celui duquel on repart…   Une discussion entre deux Boliviennes dans le bus me permettra de m’en rendre compte avant de descendre. Il suffira donc de récupérer Claudia et les sacs et l’aventure continue. Deuxième surprise, le prochain bus est dans 3h… Bien… Et ce nouveau terminal étant au milieu de nulle part, on y est bloqué. Deux choix : dedans avec les rabatteuses qui hurlent à tout va : Suuuucreeeeee !!! Salida a Suuucreeeee, ou bien dehors, au soleil, avec l’infatigable musique répétitive bolivienne… 3 heures bien longues donc. On est heureux d’arriver enfin dans notre chambre ce soir là, et on s’écroule tous les trois très rapidement.

Sucre, Bolivie

Sucre, Bolivie

La visite de Sucre est très rapide. Les rues sont blanches, les bâtiments sont blancs, les places plutôt mignonnes, et voilà, en deux heures, c’est plié. Une bien bonne chose tout de même : son marché, où l’on trouve des fruits frais à volonté et toutes sortes de choses merveilleuses à déguster. Mais surtout, le matin, un petit déjeuner inoubliable, et répété chaque jour depuis : une barquette énorme remplie de tous les fruits frais du marché dans du yaourt à la fraise avec des céréales. Incroyablement bon ! Accompagnée d’un petit jus frais et c’est le bonheur. Ajoutons à ces merveilles gustatives le temps qui s’est amplement arrangé ; ici, plus de manteaux, on dort dans les draps sans problème, et on récupère donc bien tranquillement de la fatigue accumulée au cours de trek.  

Ce deuxième jour, nous avons poussé l’exploration jusqu’à leur parc à dinosaures. Et oui, c’est l’une des attractions principales de la ville. Et c’est… comment dire…. assez sommaire. L’idée de ce parc est venue du fait qu’ils aient trouvé une immense plaque couverte d’empreintes de dinosaures. A partir de là, ils ont développé ce petit parc en l’aménageant de statues de ces fameux dinosaures, et en ajoutant un espace video où les reportages de la BBC sur ce sujet défilent en boucle.   J’ai trouvé ça très amusant, surtout que je viens de finir la lecture du Monde Perdu de Arthur Conan Doyle. Pour d’autres, ce fut une blague, surtout en considérant la carrière qui s’est installée à côté et qui reste exploitée à deux mètres du parc. Ca reste en tout cas touchant et l’idée est bonne. C’est juste un peu triste de voir si peu de visiteurs, et l’air si heureux du portier quand il nous voit arriver… Au moins a t-on participé à l’économie locale !

Parc préhistorique de Sucre - Bolivie

Parc préhistorique de Sucre – Bolivie