10 -Régions Et Itinéraires
Le centre du Vietnam : Trung Bo ou Annam

Le Trung Bo (autrefois l'Annam) est constitué d'un étroit territoire enserré entre la montagne et la mer, partant de Thanh Hoa (berceau de la culture de Dong Son) au Nord, puis s'élargissant jusqu'aux 11e et 12e parallèles au Sud, avec de hauts plateaux orientés vers l'Ouest, constitués de roches volcaniques et métamorphiques : Ngoc Linh (2 598 m), Pleiku (772 m), Con Tum (536 m), plateau basaltique du Da Lac (700 m) et plateaux Mnong et Maa (1 000 m). Les petites plaines maritimes sont occupées par des dunes et des lagunes vers la mer ainsi que par des terrasses formées d'alluvions, vers la chaîne annamitique. Huê, ville des artistes, est une des plus belles cités du Vietnam ; Danang demeure liée au prestige de l'ancien royaume hindouisé de Champa ; plus au Sud, Nha Trang possède une immense plage de sable blanc et Dalat, ancienne station climatique des Français, est l'un des lieux de repos les plus agréables.
Le 17e parallèle
Cette province frontalière du Laos, située au Sud de la province de Quang Binh a été profondément marquée par la guerre contre les Américains. On peut y voir des portions de la piste Ho Chi Minh. Le 17e parallèle représente la ligne de démarcation entre le Nord et le Sud du pays, de 1964 à 1972. Il ne reste plus grand chose du district de Vinh Linh rasé par les obus et les bombes qui durèrent de 1965 à 1972. Les populations survécurent grâce aux souterrains et aux tranchées.
Le grand pont historique Hien Luong est entouré de cimetières de matériel américain. Ici fut installé une barrière électronique sophistiquée infranchissable (le fameux « Mur Mac Namara »).
Il est possible, au départ de Dong Ha, en direction de la frontière laotienne, d'atteindre le pont suspendu Da Krong, situé sur l'un des tronçons de la piste Ho Chi Minh. On peut visiter les bases de Khe Sanh près de la RN 9 et Ai Tu près de la RN 1.
Danang et les royaumes disparus de Champa
La RN 1 dite Route Mandarine, mène à Danang. On passe par le village de pêcheurs de Lang-Co au milieu d'une lagune de sable blanc bordée de cocotiers. Très belle vue depuis la route. Vient ensuite le col des Nuages (496 mètres) qui marque la limite entre le Nord et le Sud. Il est souvent envahi de nuages d'où son appellation. On y trouve les vestiges d'un fortin datant de l'époque française. La route se dirige ensuite vers Danang (25 kilomètres).
Danang est le troisième port et la quatrième ville du Vietnam. Avec 800 000 habitants, elle est la grande ville du centre, à l'ouest de l'estuaire du fleuve Han. Elle possède un aéroport qui dessert régulièrement le Nord et le centre du pays. Lors de la guerre contre les Américains, Danang fut une grande base aéronavale, l'une des plus importantes du Sud-Est asiatique. La région de Danang produit du riz, du thé, du tabac, du nuoc-man. La ville compte des usines de tissages et de constructions mécaniques. Comme à Haïphong et à Saigon, une zone économique spéciale de production et d'exportation est installée à une dizaine de kilomètres de la ville.
La meilleure saison pour visiter Danang et Huê est janvier ou février. Trois ou quatre jours permettent de visiter Danang, sa région, et notamment les sites archéologiques Cham.
Danang (autrefois appelée Tourane) a toujours joué un important rôle maritime et stratégique. En 1858, l'escadre franco-espagnole de l'amiral Rigault de Grenouilly tenta de s'y installer mais Tourane n'appartint à la France qu'en 1888. Vinrent ensuite les Américains et plus récemment les Russes.
Le Musée d'art Cham (ancien Musée Henri Parmentier). Ouvert de 8 h à 11 h 30 et de 13 h à 16 h 30.
Il a été construit en 1916 sous l'égide de l'Ecole Française d'Extrême-Orient. Sa visite est indispensable pour la connaissance de l'art Cham. Le musée contient environ 300 pièces exposées d'une façon chronologique. La visite commence par la salle de gauche (face à l'entrée) et s'effectue ensuite dans le sens des aiguilles d'une montre.
Salle 1 : Style de Mi-Son (VIIe-VIIIe siècle)
Royaume indianisé, le Champa (ou Campâ), apparaît sur la côte d'Annam, dès le IVe siècle. Les arts de l'Inde médiévale et de l'empire Khmer influencent les formes artistiques. A Mi-Son, apparaît la tour sanctuaire en brique tandis que linteaux, frontons et colonnettes sont taillées dans le grès et représentent un ensemble de sculptures d'inspiration shivaïte (ascètes, animaux, danseuses).
Salle 2 : Style de Khuong My (début Xe siècle)
Les raids indonésiens favorisent le Bouddhisme et renouvellent l'iconographie (influence de l'art Khmer de Koh-Ker pour le costume « sampot »). La statuaire est moins virile au profit d'une beauté plus réaliste.
Si les écoles du Sud sont proches de l'art Khmer, l'école du Nord subit l'influence de la Chine bouddhique par le plissé du vêtement monastique du Bouddha.
Salle 3 : Style de Dong Duông (IXe-Xe siècle)
Vers 850, les provinces du Nord retrouvent leur suprématie, durant un siècle et demi ; Indrapura sera alors la capitale du royaume. Dong-Duông réussit à apporter un style basé sur la grandeur plutôt que sur la beauté (influences indonésiennes et chinoises).
Salle 4 : Style de Tra Kieû (Xe siècle)
Les relations étroites entre le Nord de l'Annam et l'île de Java introduisent un art indo-javanais. Cet art sensuel est l'antithèse du style de Dong Duông. Avec le style de Mi Son, l'art de Tra-Kieû nous offre de nombreuses danseuses sculptées, en position fléchie, vêtues de sarongs très légers. Les animaux sont représentés avec un grand réalisme.
Salle 5 : Style de Thap Mam (XIIe au XIVe siècle)
Ce style devient décadent avec la tour sanctuaire de Pô Nagar (près de Nha Trang). L'influence Khmère sur l'architecture s'explique par les fréquentes invasions cambodgiennes au Champa et par les invasions des Chams au Cambodge en 1177. La sculpture présente une influence Annamite puisque vers l'an 1000, les Chams sont obligés de déplacer leur capitale Indrapura (Tra Kieu) vers Vijaya (Bin Dinh) au Sud. Le « fantastique surhumain » caractérise le décor et dans la sculpture apparaissent de grands animaux mythologiques (dragons-makaras). La sculpture tend à devenir un support d'éléments décoratifs et annonce déjà les dragons stylisés en terre cuite qui ornent les toitures.
Le décor « seins de femmes » se rencontre fréquemment et est signe de la fertilité. Un style plus tardif (du XIVe au XVIe siècle) se caractérisera par une stylisation des formes (reliefs s'appuyant sur des styles de forme triangulaire). Au XVIIe siècle, les derniers débris du brillant royaume de Champa tomberont un par un : Vijaya en 1471 ; puis Nha Trang et Phan Rang en 1653 ; le Bin-Thuan en 1697.
La montagne de Marbre (Ngu Han Son) est constituée de cinq massifs calcaires symbolisant les cinq éléments (les quatre orients et le centre). Elle est un lieu de pèlerinage bouddhique. Située à 9 km du centre ville en passant par l'ancien pont De-Lattre-de-Tassigny, on s'y promène volontiers en milieu d'après-midi, dans le brouhaha des petits marchands ambulants qui vous proposent des statuettes de marbre. Un escalier creusé dans la montagne monte jusqu'à la stèle de l'Empereur Minh Mang d'où la vue est splendide. A proximité, on peut visiter deux petites pagodes Chua Tam Tôn et Chua Tam Thai où il est possible de rencontrer des bonzes. Ensuite, la grotte Hoa Nghiem abrite une grande statue de Bodhisattva (de facture récente). Cette grotte servait jadis de lieu de repos lors des visites impériales.
La grotte de Huyen Chông, plus grande, est accessible par un petit escalier (munissez-vous d'une lampe de poche). A l'entrée, se dressent quatre grands Génies-gardiens ainsi que de nombreux petits autels votifs dédiés aux cultes bouddhistes, confucianistes et brahmanistes. Pendant les deux guerres, ces grottes ont servi de repères aux Viêt Minh et Viêt Công.
En redescendant vers la mer par l'autre versant de la montagne, vous passerez devant une petite pagode entourée de magnolias, dite de « l'apparition des miracles » (Chua Linh Ung).
On pourra compléter la visite de Danang par la Cathédrale (1923) et surtout le marché de Cho Han, très pittoresque le matin.
Hoi-An (ex-Fai-Fo)
Cet ancien port commercial est à 30 km au Sud-Est de Danang. Au XVe siècle, c'était un important port du royaume de Champa alors que la capitale était établie à Simhapura (Tra Kieu). Plus tard, cette escale maritime reçut les navires chinois, japonais, indonésiens et européens qui embarquaient la soie, les épices, la laque, la porcelaine' La connaissance du phénomène des vents de mousson autorisait les marchands à demeurer plusieurs mois dans le port. Enrichis par le négoce, ils se firent construire de grandes demeures et de larges entrepôts. Au XVIe siècle, débarquèrent les premiers missionnaires catholiques dont Alexandre de Rhodes, réformateur de l'écriture vietnamienne. Au siècle suivant, s'installèrent de nombreux commerçants japonais et surtout des Chinois forcés de quitter leur pays après la chute de la dynastie Ming (1368-1644). Divisés en cinq congrégations établies d'après leurs origines géographiques, les Chinois firent construire leurs temples et maisons communes. L'ensablement inexorable de la ville (aujourd'hui à 5 km de la mer, à l'embouchure de la rivière Thu Bon) entraîna la création d'un nouveau port : Tourane, devenu Danang.
Le pont japonais date de 1593. Très photogénique, il est couvert en dos d'âne et servait jadis à relier la communauté japonaise au quartier chinois. Les deux extrémités du pont (réservé aux deux roues) sont gardées par des singes et des chiens. Sa construction aurait commencé lors de l'année du singe et se serait terminée lors de l'année du chien. Il comporte un petit autel dédié à un génie Chua Cau.
La rue principale de Hoi-An est la rue Trân Phu. Il est conseillé de visiter deux maisons de commerçants chinois, situées rue Nguyên Thai Hoc, près du marché. Le n° 80 renferme de belles antiquités et le n° 101 donne sur la rivière. Ces maisons sont privées, mais l'accueil est des plus conviviaux (pensez à offrir un petit souvenir aux hôtes).
La maison de Phu Kien (Chu Phuoc Kien) est dédiée à Thien Hau, déesse chinoise de la mer et patronne des marins. C'était autrefois une maison commune. Un autel est consacré à Thien Hau ; un second à l'arrivée des premières familles chinoises à Hoi-An.
Les deux principales pagodes de Hoi-An sont situées au nord de la ville. On y accède par la rue Nguyên Truong Tô. La pagode Chuc Tanh a été construite autour de 1450 mais restaurée au XVIIe siècle par un moine chinois Minh Hai. Une statue du Bouddha Amithaba (A Di Da) est assistée de deux statues de Cakyamuni (Thich Ca). Un peu plus loin, la pagode de Phuoc Lam, datée de 1666, a été construite par le bonze An Thiêm qui devint général des ordres monastiques.
Mi-Son, la « vallée des rois Chams »
Mi-Son (à 55 km au Sud-Ouest de Danang), haut-lieu de l'art Cham, est constitué de huit groupes d'édifices de part et d'autre du ruisseau Khe Te. La visite du site doit s'effectuer de préférence en saison sèche car pour atteindre l'ensemble des ruines, il faut traverser une rivière et marcher sur un petit chemin durant trois kilomètres. Mi-Son a été du IVe au XIIIe siècle, le centre religieux et culturel du Champa. Très tôt, les Chams y élevèrent des tours-sanctuaires (ou Kalan) et des temples consacrés aux rois et aux divinités brahmaniques parmi lesquelles Shiva. Chaque souverain fit édifier des statues divines à son image et à celle des dieux auxquels il s'identifiait. Construites dans un vallon très verdoyant, les tours de brique semblent être isolées des bruits de monde. Ces fondations pieuses réservées à une caste sacerdotale étaient certainement entourées d'architectures en bois. Abandonné puis envahi par la végétation, le site a été dégagé à la fin du XIXe siècle. De nombreuses pièces sont déposées au musée de Danang. Bombardée en 1969 par les avions américains, la Vallée des Rois du Champa perdit à tout jamais de nombreux édifices. Le site a été restauré, dans les années 90, par une mission polonaise.
Qui sont les Chams ?
Certainement issus de populations malayo-polynésiennes et indianisées vers 192 après J.-C., les Chams vivaient en marge de la domination chinoise à laquelle était soumis le Vietnam. Marins, pêcheurs, pirates pratiquant le commerce des épices et de la soie, exportant le bois d'aloès ou l'ivoire, ils connaissaient également parfaitement les techniques d'irrigation en terrasses. Un voyageur chinois du IVe siècle les décrit avec « un type physique particulier : grand nez droit, cheveux noirs et frisés », pratiquant « un rituel funéraire qui comporte l'incinération au son d'un tambour ». On apprend que les ossements épargnés par le feu étaient jetés à la mer lorsqu'il s'agissait du Roi, à l'embouchure d'un fleuve pour un personnage de rang important et dans les eaux fluviales pour le commun des mortels.
Entre le IIIe et le Xe siècle, les Chams se livrèrent à des combats sans merci contre les Chinois. Suite à l'émergence de royaumes indépendants au Nord du pays, les populations qui constitueront la nation vietnamienne saccagèrent Mi-Son en 982. Une seconde capitale Vijaya fut transférée dans le Sud. Les Chams eurent à lutter contre les Khmers en 1145 puis en 1177 alors que Angkor était détruite. Entre 1203 et 1220 sous le règne de Jayavarman VII (le bâtisseur de Angkor Thom), le Champa devint une province khmère puis passa entre les mains du Dai-Viêt (appellation du Vietnam) jusqu'au XVe siècle. C'est alors que commença le démantèlement de l'empire Cham et sa soumission à l'Islam dès le XIIe siècle. Aujourd'hui, il ne reste que cent mille Chams ; ils constituent l'un des vingt grands groupes ethniques du pays. Leur langue qui s'écrit avec l'ancien alphabet sanskrit est en voie de disparition. L'immense empire qui régnait jadis n'est plus que la réunion de quelques villes et villages.
Un chef-d''uvre de la sculpture Cham : le piédestal de Tra Kieu
A l'intérieur de l'enceinte qui protégeait l'une des capitales de l'ancien Champa se trouvait un piédestal orné de bas-reliefs. Il était surmonté d'un linga. Il fut transporté par les soins de H. Parmentier, en 1916, au musée Cham de Danang.
Il représente trois éléments ethniques : les Indiens débarqués, les Chams et des minorités. On peut résumer le thème iconographique de la façon suivante : un Brahmane armé d'un arc aborde un pays gouverné par une reine, il l'épouse et fonde une dynastie.
Sur une face du piédestal, apparaissent seize personnages : le Brahmane Kaundinya armé de l'arc magique ; à gauche, les Indiens transportant des matériaux de construction tandis que d'autres personnages (des Chams et des minorités) assistent à la scène en spectateurs.
Sur une autre face du piédestal, seize personnages portent le sampot (pagne) représentant la reine et sa cour. La souveraine avertie du débarquement des étrangers réunit son armée pour les repousser. La face suivante montre la soumission de la reine et de son armée. La dernière face représente les danses qui accompagnent les noces de la reine et du Brahmane.
Cette légende nous est fournie dans une série de récits répandus en Inde, en Chine et en Indochine selon lesquels la reine serait fille de poisson (Nagi, personnage mi-humain, mi-aquatique) et qui serait la grande déesse de Pô Nagar. Elle aurait fondé la dynastie des rois Chams après avoir créé le monde grâce à l'aide des dieux.
L'expansion de la culture indienne
La culture indienne s'est répandue en Indochine d'une manière très pacifique. Aux environs de l'ère chrétienne, la connaissance des vents de mousson intensifia le commerce maritime. Les principales régions côtières furent reliées entre elles et commerçants, moines, voyageurs purent s'installer dans cette région par l'intermédiaire de comptoirs commerciaux. Les Indiens apportèrent aux autochtones leurs religions, le Brahmanisme et le Bouddhisme, une technique administrative et une doctrine politico-religieuse. L'indianisation fut également favorisée par des mariages mixtes. Comme l'explique M. Coèdes : « Dans beaucoup de cas, l'établissement d'un royaume de type indien ['] s'est accompagné de l'établissement du culte d'une divinité indienne étroitement associée à la personne royale et symbolisant l'unité du royaume ».
Les fondements de l'art Cham
Les Chams n'avaient pas la même conception monumentale que les Khmers. Ils ignoraient la pyramide à degrés et la galerie. Leurs monuments religieux étaient liés au culte royal de l'Apothéose associée à celui de Devaraja (Dieu-Roi). L'essence royale y était confondue avec l'essence divine sous l'apparence du Linga (symbole du pouvoir créateur). Ainsi, Mi-Son était dédié au linga civaïste Badreçvara, fondé par le roi Bhadravarman Ier au Ve siècle.
Les monuments chams étaient tous construits en brique ; le grès était réservé aux pilastres, arcatures, frontons' La tour-sanctuaire, toujours carrée, se nommait kalan. Constituée de briques cuites, elle possédait son entrée à l'est, ses trois côtés étaient décorés de fausses portes. Les murs étaient garnis à la base et à l'entablement d'une décoration moulurée qui surmontait le portail. Le dôme était très élancé, en forme d'ogive bulbée avec plusieurs étages en retrait les uns sur les autres. Le premier étage répétait les motifs et les proportions du rez-de-chaussée ; les trois autres étages répétaient le premier, avec aux angles, des motifs d'ailes de génies ou de bustes de femmes.
Le dôme primitif était plein, les Chams ne connaissaient pas le recouvrement en encorbellement, alors que les Khmers l'avaient employé à Angkor Vat. L'ornementation se composait de motifs indiens : rinceaux, animaux, guerriers et Makara, monstre marin composite. Les ruines ont livré des bijoux de divinités : gorgerins, diadèmes, feuilles d'or' ainsi que des bronzes cultuels d'inspiration khmère. Une légende court que le trésor des rois Chams aurait été emporté dans la montagne lors de la progression des troupes sino-mongoles en 1282. Il existait toujours lorsque les Annamites annexèrent le Champa en 1471.
La visite de Mi-Son
Mi-Son a été fondée au IIVe siècle par le roi Bhadravarman. A la fin du VIe siècle, Sambhuvarman fit relever les ruines du sanctuaire primitif dont il ne reste aucune trace. Au VIIe siècle, le site continua à être embelli par Prakasadharma ; les premiers témoignages de l'art Cham remontent à cette époque. De nombreuses fondations continuèrent à être construites jusqu'au XIIe siècle, ce sont celles que l'on peut voir actuellement, en grande partie. Le site se compose de huit groupes d'édifices désignés par ordre alphabétique de A à H. Les groupes B,C et D sont les mieux conservés. Le groupe A a été endommagé par les bombardements. Les groupes B, C, D et H sont situés sur la rive gauche du ruisseau, les groupes E et F sont en ruines et les groupes G et A se trouvent sur la rive droite.
A l'arrivée par le nord-ouest, on distingue le groupe H, suivi des groupes B, C et D. Le groupe C date du VIIIe siècle et possède une façade richement sculptée. A droite, il ne reste du groupe B que la base du sanctuaire dédié à Bhadesvara.
Une ancienne bibliothèque B5 datant du Ve siècle porte un toit en forme de coque de bateau. Un petit bâtiment B4, à proximité, date du IXe siècle. En contrebas, les bâtiments du groupe D renfermaient les objets de culte. Un petit musée D1 abrite quelques statues éparses récupérées sur le site (sculptures de linga, de Nandin, de Garuda').
En descendant vers l'est le site A, le plus ancien, a été presque entièrement détruit par les bombardements de 1969. La tour A1, la plus imposante construction de brique de l'Asie du Sud-Est, montre la capacité des Chams à édifier de grands ensembles architecturaux.
Autour de Mi-Son
Sur le chemin du retour, Trakieu, ancienne ville de Simhapura, « la citadelle du lion », fut la capitale du Champa entre les IVe et VIIIe siècles. Il ne reste que les ruines des remparts qui entouraient la citadelle. Certaines des sculptures découvertes sont conservées dans l'église et le jardin de la mission.
A 500 mètres de la RN 1 et de l'embranchement de la route de Hoi-An, se dresse la tour de Bang An (IXe siècle) à toiture octogonale.
A 53 km de Danang par la RN 1, à Dong Duong (« la Plaine Sacrée »), sur le site d'Indrapura se dressaient les vestiges d'un énorme sanctuaire bouddhique dédié à Lokeçvara (875). La ville fut la capitale du royaume Champa de 860 à 986.
La province de Binh Dinh compte le site de Thap Mam (Ban Chau) qui fut capitale des Chams du XIe au XVe siècle. Les murs et la « Tour de cuivre » sont toujours dressés (à 14 km de Binh Dinh).
De Danang à Qui-Nhon (322 km)
A Huong Qué, à 37 km de Danang, se trouve un sanctuaire dédié à Shiva datant du XIe siècle. 25 km plus loin à Chien Dang, trois tours Chams se dressent près de An Mi Dông. A l'ouest de la route, vous pourrez voir deux statues d'éléphants. Quang-Ngai, à 131 km de Danang, sur la rive droite du fleuve Trà-khuc est le coeur de l'ancien Champa. A quelques kilomètres au sud de Quang Ngai, il ne reste du site de Chan Lo qu'un temple de taille imposante. Près de Quang Ngai, le village de Son My (My Lai) se souvient du massacre de plusieurs centaines de villageois par les soldats américains menés par le lieutenant Calley, le 16 mars 1968 (mémorial). A 185 km de Danang, se trouve Dien-Tru'ong, avec à proximité, le mont Linh où fut découvert, en 1908, un dépôt de jarres funéraires. La route franchit ensuite le col de Chuon'g Hao puis descend dans la plaine de Luong-Cu'a. Au kilomètre 199, Tam-Quan est un pittoresque village de pêcheurs. 80 km plus loin, Cha-Ba'n ou Bang-Châu est une ancienne capitale Cham. A 8 km de Cha-Ba'n, dans la vallée du moyen Nam-an, se dressent trois tours de Duong Long (« tours d'ivoire ») de formes khmères. A 40 km de là, on arrive aux deux tours de Hung-Thann. L'édifice le plus important mesure 23 m de hauteur ; il date des XIe et XIIe siècles. Quelques kilomètres plus loin, on arrive à Qui-Nho'n, capitale de la province de Binh Dinh. Cette ville de 200 000 habitants fut autrefois un important port de commerce avec la Chine. A l'époque Cham, la ville portait le nom de Sri Vini. De nos jours, elle présente peu d'intérêt mais est réputée pour ses délicieux nids d'hirondelles. De Qui-Nhon à Nha Trang (238 km) La route traverse de magnifiques paysages : cols de montagne et plages de sable fin. Elle s'élève jusqu'à 245 mètres au col de Cu Mong, qui marqua la frontière nord du Champa après 1471. Après le col, la route traverse la plaine de Go Dui pour déboucher vers la lagune de Cu Mong. A 42 km, on arrive aux salines de Tuyet Diem puis à une soixantaine de kilomètres, on atteint Song Cau (la rivière du Pont), sur la baie de Xuan-dai (belle plage). A 67 km de là, le petit port pittoresque de Vung Lam est protégé par des collines boisées et des îlots rocheux. Les étapes suivantes sont Xuan Dai (à 71 km), Chinh Nghia (à 105 km) au bord d'une belle plage de sable, puis Nang Tinh (à 115 km). La route s'élève ensuite jusqu'au col de Déo Ca (333 m) puis longe la montagne jusqu'à Gia. A 210 km, Phan Tinh, et, un peu plus loin, Nha Trang est le chef-lieu de la province de Phu Khanh (200 000 habitants).
Nha Trang (la « Maison Blanche ») est une belle ville côtière dont la longue plage de sable fin, s'étirant sur 7 km, est bordée de palmiers. Cette station balnéaire propose d'effectuer des excursions en bateau, de faire de la plongée sous-marine, d'admirer les bancs de coraux, de visiter les îles au large ou de pêcher en haute mer. Nha Trang est un lieu de repos idéal au cours d'un long circuit.
Le sanctuaire de Pô Nagar est situé sur la rive gauche de la rivière Song Cai, au nord de la ville ; il se dresse sur une colline granitique. Le sanctuaire principal, haut de 23 m, est shivaïte. Il ne subsiste que quatre des huit temples qui furent édifiés sur cette colline par les Chams entre le VIIe et le XIIe siècle. On visite surtout le sanctuaire principal (tour nord ou Thap Chinh), daté du XIe siècle et abritant une statue en pierre noire de Bhagavati, « la Dame du Royaume », épouse de Shiva, possédant dix bras. A gauche de cet édifice, se dresse une tour plus trapue, datant du XIIe siècle, la tour centrale ou Thap Nam. Le sanctuaire renferme un linga, représentation phallique de Shiva. La tour nord-est (Thap Tay Bac) est dédiée à Ganesh, à tête d'éléphant, fils de Shiva et de Parvati, celui qui « écarte les obstacles ». Un petit musée Cham, à droite de la tour nord, contient quelques belles sculptures.
Les Chams considéraient que le dualisme cosmologique était indispensable au symbolisme de leurs constructions. Ainsi, ils ont divisé le pays en deux moitiés, le Nord, masculin appartenant à la montagne et le Sud, féminin, tourné vers la mer. Mi-Son est donc dominé par le culte du linga royal de Shiva, tandis qu'au Sud, à Pô Nagar c'est l'adoption du culte féminin de l'épouse de Shiva sous la forme de « l'Auguste Mère » qui est mis en valeur.
En redescendant vers Nha Trang, il est indispensable de s'arrêter au bord de la majestueuse baie. Cette région est extrêmement poissonneuse car elle se trouve au confluent des eaux froides du Japon et les eaux chaudes indonésiennes. On y fabrique la saumure de poisson (Nuoc man). Les pêcheurs utilisent comme autrefois des barques rondes confectionnées en bambou, pour se rendre au large. Là, dans de petits îlots, se réfugient aux fonds des grottes, les salanganes ou « hirondelles de mer » dont les nids, comestibles, sont l'un des mets les plus recherchés de toute l'Asie.
L'Institut Pasteur, créé en 1895, par le docteur Yersin, en bordure de mer se visite ainsi que l'Institut Océanographique, créé par la France en 1923 (aquarium, centre de recherche et vente de coquillages).
La Cathédrale, édifiée entre 1928 et 1932, est juchée en hauteur ; elle offre un beau panorama sur Nha Trang. Pour les amateurs de nostalgie, la Villa de Bao Dai (à Caû Da), transformée en hôtel, date de 1920 ; son jardin bordé d'arbres tropicaux mérite vraiment la visite (belle vue).
A deux kilomètres de la Cathédrale, le Temple Trai Thuy compte une grande statue de Bouddha au sommet de la colline. Cette colline servit de refuge au général Tran Hung Dao lors du siège de la ville par les Mongols du XIIIe siècle.
De Nha Trang à Dalat par Phan Rang (262 km)
La route longe la baie de Cam Ranh (à 60 km) utilisée comme base militaire par les Américains, dans les années 60 puis par la flotte soviétique. Au large, on aperçoit les îles Grand-Mère et Grand-Père. Au fond de la baie, le pittoresque port de Bag Ngoi est le paradis de pêche et possède de belles plages. Au Sud de la baie de Cam Ranh, on se dirige vers les provinces de Binh Thuan et Ninh Thuan avec, au Sud, Phan Thiet, située à 197 km de Saïgon. La ville est productrice de nuoc-man. Ho Chi Minh y a enseigné. A proximité de Phan Rang, deux vestiges de l'ancien Champa sont à visiter : Po Klaung Garai et Po Rôme. Po Klaung Garai est situé à 7 km de Phan Rang (Panra) sur la colline de granit Chok-hala (« le mont de bétel »). Le bâtiment principal date de 1306 et est dédié à Shiva, représenté dansant sur le tympan de la porte. A l'intérieur, sous un dais se trouve un linga à visage (fin du XVIe siècle) du roi Pô Klaung Garai. Son visage est recouvert d'un masque blanc. Po Rôme (début XVIe siècle), à 8 km au Sud-Ouest de Phan Rang est agrémenté de peintures décoratives. Le Shiva, sculpté en ronde-bosse sur stèle, possède huit bras, et est représenté dans un style naïf. En direction de la montagne, à partir de Phan Rang, Tan My (73 km de Dalat), est une station thermale au c'ur d'une vallée jadis peuplée de Raglai (ethnie proche des Chams). Un peu plus loin dans la montagne vit une ethnie Môn-Khmer : les Koho.
Dalat est une station thermale (1 475 mètres d'altitude) située à 100 km de Phan Rang. Fondée en 1893 par le docteur d'origine suisse Yersin, elle devint dans les années 40, la capitale d'été de l'Indochine française. La ville est construite sur les bords de la Cam Ly. Son nom vient de l'ethnie des Lat (groupe des Koho) qui vivent dans cette région. Dalat est réputée pour son climat frais, son air pur, ses forêts de pins entourées de lacs et de collines. Elle est célèbre pour ses fleurs, ses fruits et ses légumes. Elle constitue une halte agréable en cours de circuit avec de nombreuses villas coquettes et chalets de caractère très « province française ».
La cascade Cam Ly (à 3,5 km de la ville) est un lieu très populaire (excellente confiture de fraise !). La vallée de l'Amour (Thung Lung Tinh Yeu) est un lac artificiel (5 km de la ville), très romantique sur lequel on peut canoter. En ville, dans l'ancien quartier européen, l'église du Coq possède de beaux vitraux réalisés à Grenoble par Louis Balmet. Le marché (Cho Da Lat) regorge de glaïeuls, artichauts, avocats, fraises, cerises, mangues' La résidence de Bao Dai est située en haut du quartier européen, au milieu d'un parc. Construite en 1933, elle accueillit le « dernier empereur » durant plusieurs étés ; on peut la visiter.
De Dalat à Phan Thiet (178 km)
De nombreuses ethnies Cham vivent dans les provinces de Thuan Hai. A 16 km, la route descend jusqu'à Prenh entre les massifs de Bo-ruas et du Menil (1 700 m). A 35 km se trouvent les cascades de Lieng Khang et à 44 km, la chute de Lieng Gu Gah. La route continue par Da Nhim, Djirlanh, Djiring (plantations de thé ' ethnies Mâ), le col de Da Trom (1 230 m) puis Yankar (1 010 m) avec des forêts de pins. On atteint ensuite Yabak (caféiers ' gibier) puis Notong (on peut y chasser les fauves) et enfin Son Cau et Phan Thiet. A partir de Phan Thiet, une route de montagne nous mène à Djiring (96 km) et permet de revenir sur Dalat. Vers le Sud, une route mène vers Saïgon (210 km) par le col de Blao, par Tan Phu (curiosités lithiques) et Bien Hoa.

