
1 - Présentation
Un doigt pointé vers l'équateur
La Péninsule malaise s'échappe de l'immense Asie comme une longue coulée que l'Équateur aurait stoppée dans sa course, « un grand corps vierge endormi sous le soleil » (H. Fauconnier). La forêt équatoriale escalade les montagnes et les collines, fantastique amas de verdure, ou la fleur est rare, mais où vivent éléphants, rhinocéros et tigres. En gravissant les pentes, la jungle change d'apparence : le sol est parsemé de mousses, les fougères arborescentes occupent l'espace entre les fûts droits et lisses des arbres s'élançant à plusieurs dizaines de mètres
Toutes saisons confondues, il pleut souvent mais ce n'est lamais ennuyeux. Un soleil étincelant dissipe les vapeurs blanches du brouillard matinal suspendues à flanc de coteau au-dessus des vallées ; l'orage du soir craque, déverse une nappe d'eau donnant à la végétation des couleurs étincelantes, et, aux rivières leur ton de rouille ou de café.
Les plaines et les collines s'étendent jusqu'à la mer ; la ligne mince du rivage apparaît bordée de palmiers, de palétuviers, parfois d'un village de pêcheurs, masures sur pilotis sous les cocotiers et barques colorées, effilées et relevées aux extrémités comme des gondoles Des eaux vert-jade et bleulapis lazuli, puis un horizon ondoyant termine cet étalement de bandes colorées.
Pays des poètes en sarong, c'est aussi celui des pirates, vivant cachés dans les estuaires, loin des parages habités et guettant le marchand imprudent , ils sont les hommes à tout faire qu'encourageaient des sultans désoeuvrés avec qui ils partageaient le butin Au cours des luttes hégémoniques sur la Route des Épices, les marchands étrangers y ont véhiculé leur mode de vie, le prestige de leur civilisation : l'Islam se superposa à l'Hindouisme tout en laissant les démons animistes se joindre aux invocations prononcées au nom d'Allah.

