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10 - Régions et itinéraires

Le Sud et la haute vallée de l'Euphrate

Lac de Ceyhan - Adana

L'itinéraire

L'itinéraire Adana - Iskenderun - Antakaya - Gaziantep - Adiyaman - Nemrut Dag - Urfa - Mardin - Diyarbakir est long de 949 km. A partir d'Adana, ville principale de la riche plaine de Cilicie (Çukurova) et quatrième ville de Turquie, se dressent les plus beaux châteaux médiévaux du pays. Dans la province de Hatayoù, se trouve Antakya, l'ancienne Antioche, une des villes phares de l'Orient hellénistique et romain qui fut aussi l'une des premières villes chrétiennes du monde. Plus loin, la vallée de l'Euphrate (Firat) constitue un véritable « boulevard des civilisations » où pénètrent les influences venues de Mésopotamie vers le coeur de l'Anatolie. Enfin, le Nemrut dag est le point fort de tout voyage vers l'est du pays. La vallée de l'Euphrate, aujourd'hui en cours d'aménagement, possède plusieurs barrages qui tentent de dompter le puissant fleuve.

Adana

Cette ville d'un million habitants est l'une des plus prospères de toute la Turquie. L'été, la température monte très haut. La rive du Ceyhan arrose la petite plaine de la Cilicie où céréales, coton et agrumes sont cultivés. La ville possède des manufactures et des cimenteries mais offre peu de vestiges historiques. La mosquée Razamanoglu (XVe siècle), la Grande Mosquée (XVIe siècle) et le musée archéologique valent une visite. Une gare assure des liaisons ferroviaires vers Ankara et Istanbul. L'aéroport se trouve à 10 km du centre-ville.

A 38 km d'Adana en direction de Ceyhan, l'imposant château d'Yilanlikale (château des serpents) trône sur un piton rocheux qui domine la plaine. L'accès est facile par une petite route. Son nom provient d'une légende locale qui en faisait la résidence du roi des serpents. Son histoire demeure mal connue. Sans doute construit entre le XIIe et le XIIIe siècle par les rois de Petite Arménie, il possède de modestes dimensions. Parfaitement conservé, il se compose de trois systèmes concentriques de défenses crénelées, garnies de tours semi-circulaires. A l'intérieur du château, dans la cour sommitale, gisent les restes d'une petite chapelle. Sur la gauche de la route principale, 4 km plus loin, à hauteur du carrefour pour Ceyhan, l'itinéraire mène à Anazarbus, ville romaine et byzantine du Ier siècle en ruine, non loin du château d'Anavarza, le plus impressionnant et intéressant château de la région. Les constructions sont byzantines, arabes et surtout arméniennes. Anavarza fut la capitale du royaume de Petite Arménie jusqu'en 1177 et resta entre les mains des Arméniens jusqu'en 1375. L'accès au château se fait au sud par un sentier au-dessus du théâtre romain. De dimensions démesurées, il s'étale sur 700 m -, le monument est bâti sur une crête bordée de précipices vertigineux. Dans la basse-cour se trouvaient les habitations et les casernements. Seul un petit bâtiment subsiste : la chapelle funéraire des rois d'Arménie.

Au nord, la cour se rétrécit vers l'accès à la forteresse proprement dite, défendue par un puissant donjon carré élevé par Léon II en 1188. Il est très difficile de monter dans la forteresse. En reprenant l'itinéraire vers Iskenderun, la route mène à Toprakkale (à 75 km), un site stratégique très important où eut lieu, en 333 av. J.-C., la bataille d'Issos. La victoire remportée par Alexandre le Grand sur Darius III lui ouvrit les portes de l'Orient. Le château de Toprakkale est une construction arménienne bâtie sur une forteresse plus ancienne de basalte noir. Il se compose de deux parties juxtaposées. En pénétrant dans la cour intérieure, sur la droite, s'ouvre une vaste salle voûtée en berceau de 100 m de long, sans doute les écuries et les magasins. Plus loin se trouve la résidence seigneuriale haute de deux étages.

Un détour de 45 km passant par Osmaniye rejoint Karatepe, une ville néo-hittite du royaume du Kizzuwatna (basses terres), correspondant à l'actuelle Cilicie. L'enceinte de la ville comprend une porte défendue par des lions et des sphinx de pierre. Des inscriptions hiéroglyphiques et de beaux bas-reliefs sont visibles. Karatepe se trouve au bord d'un lac artificiel où le camping est possible. De retour à Toprakkale, la route côtière se prolonge jusqu'à Iskenderun (100 000 hab.). L'ancienne Alexandrette est aujourd'hui un des ports turcs les plus importants. La ville moderne n'offre aucun intérêt particulier.

Antakya

Grottes de Saint-Pierre - Antakya

A l'extérieur de la ville, la route traverse les monts Amanus et longe la montagne en direction de l'est jusqu'à Antakya (ancienne Antioche, 80 000 hab.). La ville, fondée en 301 av. J.-C. par Séleucos Nicator, l'un des généraux d'Alexandre le Grand, était l'une des cités les plus importantes de l'Antiquité. Elle joua un grand rôle dans la diffusion du christianisme. C'est d'Antioche que Saint-Paul s'embarqua pour plusieurs de ses grands voyages. La ville a subi de tels dommages à cause des tremblements de terre et des guerres qu'il ne reste plus rien de sa splendeur passée. Les grottes de Saint-Pierre, sur la route d'Alep, le pont de l'Oronte et les ruines d'un aqueduc de l'époque de Trajan (89-117) se visitent. Mais le clou d'Antakya est incontestablement le Hatay Muzesi (musée archéologique ouvert tous les jours de 8 h 30 à 12 h et de 13 h 30 à 18 h, sauf le lundi). Il présente les plus belles mosaïques romaines qu'il soit donné de voir. Retrouvées à Antioche, Alexandrette, Daphné et Séleucie de Piérie, ces mosaïques de pavement proviennent d'une école d'art locale. Le musée possède également des sculptures romaines et la statue de basalte d'un roi d'Alep (IIe millénaire av. J.-C.). A une cinquantaine de kilomètres d'Antakya, deux postes frontières syriens permettent de se rendre à Lattaquié et Alep.

Environs d'Antakya

Daphné (ou Harbiye), à 8 km au sud, constitue un lieu de promenade très agréable au milieu de la végétation et des cascades. Samandagi est une station balnéaire à 27 km d'Antakya sur le chemin de Séleucie de Piérie. Ce port fondé au IIIe siècle av. J.-C. par Séleucos Nicator, maître de la Syrie et de l'Asie mineure et fondateur d'une des plus brillantes dynasties hellénistiques, offre les impressionnants vestiges d'un canal romain, d'une nécropole et d'un barrage. En quittant Antakya au nord par la route 825 jusqu'au croisement avec la route venant d'Adana, l'itinéraire part à droite vers Gaziantep (km 388). Cette ville moderne de 712 000 habitants, autour de laquelle sont cultivés oliviers et pistachiers, constitue une étape pratique avant d'entreprendre l'excursion au Nemrut dag (il est également possible de partir de Malatya ou d?Urfa).

De Gaziantep, prendre la route 850 vers le nord par Araban, puis, au km 505, la 360 vers Adiyaman et Kahta, étape habituelle de l'excursion au Nemrut dag grâce au logement à la pension Kommagenne. De là, il convient, pour plus de sûreté, de louer un véhicule tout terrain avec chauffeur. En chemin, il existe aussi des pensions au confort rudimentaire, mais dans un beau cadre. A 9 km de Kahta, la route cède la place à la piste sur environ 35 km. Au bout de la piste, il ne reste que quelques centaines de mètres à gravir (à pied ou à dos d?âne) pour atteindre le sommet du Nemrut dag qui se situe à 2 100 m d'altitude. Là, se tient un monument unique dans un cadre grandiose : le Hiérothésion, monument funéraire d'Antiochos Ier Epiphane. Il s'agit d'un tumulus artificiel de petites pierres accumulées sur une hauteur de 50 m et un diamètre de 150 m. Malgré les efforts entrepris, la chambre funéraire n'a jamais été retrouvée.

Katha - Arsemian

Antiochos Ier fut le roi du petit royaume de Commagène, situé entre le Taurus et l'Euphrate, de 62 à 34 av. J.-C. Ce royaume hellénistique, indépendant depuis le IIe siècle av. J.-C., tomba dans l'orbite romaine en 72. Il semble qu'Antiochos ait réussi à réaliser le rêve d'Alexandre : unir l'Occident hellénisé à l'Orient perse. Les statues du sanctuaire présentent un curieux mélange de ces influences. Le roi lui-même se revendiquait de la descendance d'Alexandre par sa mère et de Darius par son père. La voie qu'empruntaient les processions mène, sur la gauche, à la terrasse ouest, la plus intéressante. Face au soleil couchant, se dressaient des trônes de pierre sur lesquels se tenaient d'énormes statues de 8 à 10 m de haut faites de plusieurs blocs. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'un formidable chaos d'où émergent les énormes têtes des statues : Héraclès-Artagnès (dieu perse Verathragna), Antiochos au milieu des dieux, Zeus-Ormasdes (le dieu Ahuramazda), Tyché, déesse tutélaire de la Commagène représentée avec une couronne de fruits, symbole de fertilité, et enfin Apollon-Mithra-Hermès-Helios. Au bout de la terrasse se dressent plusieurs bas-reliefs représentant Antiochos en compagnie des différents dieux et un lion portant des symboles astronomiques. Ce lion figure un horoscope qui indiquerait la date du 7 juillet 62, jour où le roi Antiochos monta sur le trône.

Plus avant sur la voie processionnelle, la terrasse nord apparaît en ruine. Sur celle-ci est présent le même alignement de statues monumentales, et à son extrémité se dresse la base d'un autel pyramidal. Sur les socles des statues une longue inscription en grec a été gravée. Toujours dans la Commagène, le tumulus de Karakus, semblable à celui de Nemrut dag mais dont le destinataire est inconnu, regroupe plusieurs colonnes dont quatre sont encore debout. L'une est surmontée de la statue monumentale d'un aigle, une autre de celle d'un lion et une troisième comprend un bas-relief. Le pont de Cendere est une construction romaine du IIe siècle. Eskikale, l'ancienne Arsameia, capitale d'été des rois de Commagène, possède de nombreuses stèles et bas-reliefs. Enfin, Yeni Kale, un château médiéval remanié aux XIIIe et XIVe siècles, est impressionnant.

Urfa

En quittant Kahta, prendre la direction de Diyarbakir. Après avoir franchi l'Euphrate, tourner à droite à Çaylarbasi (km 605) vers Urfa (410 000 hab), l'ancienne Edesse. La cité joua un rôle important dans l'histoire primitive du christianisme : le suaire du Christ y fut, dit-on, retrouvé. Au XIe siècle, pendant les Croisades, Baudouin de Boulogne y fonda un royaume chrétien qui ne subsista que 50 ans. Les Arabes et les Mamelouks occupèrent plus tard la ville et Urfa devint ottomane en 1637. Une imposante citadelle construite par les Croisés sur une éminence rocheuse domine la ville. Ses remparts et l'extraordinaire fossé taillé à même le roc sur près de 500 m de long sont admirables. A l'intérieur, ne subsistent que deux colonnes coiffées de chapiteaux corinthiens. Au pied de la citadelle, un parc très agréable abrite la source de Callirrhoé et son vaste bassin où s'ébattent des carpes prétendument sacrées. Le bassin est bordé de plusieurs mosquées et écoles coraniques.

Urfa - vue générale

Environs d'Urfa

Harran, à 44 km d'Urfa vers la frontière syrienne, est l'ancienne Carrhe qui se rattache au souvenir d'Abraham qui, selon la Genèse, y séjourna lors du voyage qui l'amena d'Ur au pays de Canaan. Les murailles de la ville demeurent visibles. Au centre s'élève un tell, une colline artificielle en cours de fouille. Au pied du tell gisent les vestiges d'un important bâtiment, une mosquée du VIIIe siècle, époque Omeyyade (première dynastie arabo-musulmane), dont le minaret carré est encore debout. A l'opposé s'élève la citadelle, assez bien conservée, qui fut occupée par les Croisés d'Edesse. Le village d'Harran se compose de curieuses maisons de terre en forme de pain de sucre.

Depuis Urfa, la route E90 se dirige vers Mardin (40 000 hab.), une cité bâtie sur une hauteur et qui domine la plaine mésopotamienne. La ville possède plusieurs monuments islamiques : la medrese Sultan Isa, du XIVe siècle, le Telhan Kalesi, une petite forteresse qui faisait partie des fortifications de la ville, etc. A 7 km, le monastère d'Oerzafaren (monastère du safran), probablement fondé au VIe siècle, est toujours occupé par des moines jacobites (chrétiens monophysites qui pratiquent une liturgie en langue syriaque). L'église, peut-être du VIe siècle, offre de très beaux exemples de décors sculptés d'inspiration antique. La route remonte ensuite vers le nord jusqu'à Diyarbakir.


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