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La Valette : City gate, co-cathédrale Saint-Jean

Cathedrale Saint-Jean, La Valette © Shepard4711 « Cette ville splendide est semblable à un rêve », disait Walter Scott. La Valette conserve son unité architecturale, sa richesse artistique, et un soleil qui dore tendrement ses vieilles pierres. Ses ruelles qui courent à une mer indigo tutoient l’Histoire. A l’ombre d’une gloire séculaire, la capitale maltaise rayonne du simple et immense bonheur d’exister. Plus anciennes encore, les Trois Cités, à l’opposé du grand port, en offrent les reflets les plus spectaculaires.

La Valette

La Valette est née de l’adversité. Si, au XVIe siècle, Soliman le Magnifique n’avait pas lancé 40 000 hommes à l’assaut de l’île, les chevaliers auraient-ils bâti une cité fortifiée sur le mont Sciberras ? Il n’y avait là qu’une misérable tour de guet. Merci aux Turcs et à leurs incessantes incursions. Première ville d’Europe entièrement conçue sur plan, la capitale maltaise est restée presque intacte, malgré les dommages subis pendant la dernière guerre. Laparelli, son architecte italien, a gagné son pari : il a construit une ville parfaite. Ses ouvrages de défense comptent parmi les plus léchés de la planète. Ses monuments, parmi les plus stylés. Ce bastion-là est unique sous le soleil. Quatre siècles plus tard, on reste sans voix devant pareils trésors. Accumuler tant et tant de richesses artistiques et architecturales sur un caillou si petit et si aride tient de la provocation ! Exercice familier aux orgueilleux chevaliers, qui ne se reconnaissaient qu’un maître : celui de l’Ordre.

Aujourd’hui, la très forte urbanisation de l’île conduit La Valette à se fondre et à se confondre avec ses banlieues. Floriana, Vittoriosa, Marsa, Senglea, Cospicua… Pour les visiteurs, cette immense agglomération suburbaine forme un tout. Les Maltais, eux, connaissent chaque frontière administrative de la toile d’araignée. A leurs yeux, ses diverses villes conservent une fonction précise et une personnalité propre. La Valette les domine toutes, délimitée par son Grand Port à l’est et par le port de Marsamxett à l’ouest. C’est la cour historique de l’archipel, mais aussi un centre d’affaires et de commerce actif. Y bat le pouls de l’industrie touristique, même si les grands hôtels ont été construits hors de ses remparts, notamment à St Julian’s. Toute l’année, son prestigieux patrimoine culturel et sa beauté intacte lui valent les faveurs prolongées d’une foule cosmopolite. Joyeuse en diable, son épine dorsale, Republic Street, réunit les principaux magasins. Pour les Maltais, c’est Covent Garden. Chaque fin d’après-midi, ils s’y donnent rendez-vous et ils s’y promènent en nombre. Tracées à angle droit et rafraîchies par la brise, les ruelles qui coupent la ville dégringolent jusqu’à la mer entre ombre et lumière. La Valette se prête à merveille à la découverte pédestre. On s’y repère sans difficulté, et les distances à accomplir sont toujours raisonnables : d’une extrémité à l’autre de la cité, il y a moins d’1 km.

Les abords de City Gate

Indissociables de la saga maltaise, les vieux bus qui sillonnent l’île partent tous de City Gate. Ballet en orange et jaune, orchestré par le ronflement des moteurs et les coups de trompe des avertisseurs. Ils ne font pas de quartier : attention lorsque l’on traverse ! Comme la porte du paradis, l’entrée de La Valette était étroite. On l’a donc élargie en 1964. L’antique porte San Giorgio n’est plus qu’un lointain souvenir, même si City Gate conserve une bonne partie de ses murailles, ses bastions de St John’s Cavalier et St James Cavalier, et toutes ses douves. Par Ordnance Street, on parvient à Notre-Dame-des-Victoires (Our Lady of Victories), l’église la plus ancienne de la capitale. Elle fut construite pour commémorer la victoire sur les Turcs. L’église de St Catherine of Italy lui fait pendant ; un tableau de Mattia Preti surmonte son autel. Encore quelques pas, et c’est la première rencontre avec les chevaliers. Elle est d’importance.

Que sont devenues les auberges ?
Il ne subsiste que cinq des huit auberges de l’ordre. Un miracle, compte tenu des bombardements subis par La Valette au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ceux-ci détruisirent les auberges d’Auvergne et de France. L’auberge d’Allemagne, elle, fut rasée au XIXe siècle, pour laisser la place à la cathédrale anglicane Saint-Paul (St Paul’s Anglican Cathedral). Devenue musée national d’Archéologie, l’auberge de Provence est la seule ouverte au public. La plus impressionnante, l’auberge de Castille, abrite le cabinet du Premier ministre. L’auberge d’Aragon, la plus ancienne, est réservée au ministère de la Culture. L’auberge d’Italie accueille désormais le siège des Autorités du Tourisme de Malte (MTA : Malta Tourism Authority) ainsi que le ministère du tourisme de Malte. Quant à la monumentale auberge d’Angleterre et de Bavière, elle a été transformée en école.

Auberge de Castille (Auberge of Castille and Leon)
Castille Place. Ne se visite pas.
Avec son élégante volée de marches et sa riche façade baroque, c’est, sans doute, le plus bel édifice érigé par l’Ordre dans La Valette. De style Renaissance, elle fut embellie par le grand maître Pinto, soucieux de souligner le rang et le prestige des chevaliers. Bâtie au point le plus élevé de la ville, à l’abri d’un haut porche flanqué de canons, elle accueillait les Espagnols et les Portugais. Bien visible de Castille Place, elle apparaît très représentative de la dérive somptuaire des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Upper Baracca Gardens
Castille Place. Entrée libre.
Il faut profiter sans compter de ces jardins. Ils constituent un lieu privilégié d’ombre et de fraîcheur, le plus séduisant de toute la cité, et favorisent la détente et la rêverie. D’abord réservés aux chevaliers italiens, qui, dit-on, y tramaient des complots, ils furent transformés en jardins publics au cours du XVIIIe siècle. C’est à cette époque qu’ils doivent leur dessin romantique, de bassins et de colonnes, noyés dans les hibiscus. Parmi les sculptures, un groupe d’enfants, Les Gavroches, du sculpteur maltais Antonio Sciortino, mérite une attention particulière. On remarquera également un buste de l’incontournable Winston Churchill. Du haut des fortifications, les Upper Baracca Gardens offrent aussi une vue plongeante sur Grand Harbour, cœur économique de La Valette. Les porte-conteneurs y croisent les paquebots de croisière qui sillonnent la Méditerranée. Du fort Saint-Ange aux docks des chantiers navals, le panorama est exceptionnel, le raccourci historique, saisissant.

Suivez le guide !
Pour bénéficier d’une lumière idéale, les photographes ont tout intérêt à fréquenter les Upper Baracca Gardens en fin d’après-midi.

Hastings Gardens
Freedom Square. Entrée libre.
L’autre espace de verdure et de repos de La Valette, de l’autre côté de Republic Street. C’est le plus vaste des jardins de la ville. Il porte le nom du marquis qui gouverna l’île de 1824 à 1826. Superbe coup d’œil sur la ville et ses environs, entre le port de Marsamxett, les rades de Lazzaretto et Floriana.

Grands musées

La Valette est un musée à ciel ouvert. Ce qui n’empêche pas la capitale maltaise de thésauriser, avec deux grands musées situés au nord-ouest de Republic Street.

Musée national des Beaux-Arts (National Museum of Fine Arts)
South Street. Ouvert, en hiver, du lundi au samedi de 8 h 15 à 17 h, 16 h dimanche ; en été, mardi, jeudi, samedi et dimanche de 8 h 15 à 13 h, 8 h 30 à 17 h lundi, mercredi et vendredi. Fermé les jours fériés. Entrée payante.
L’écrin, déjà, est somptueux : celui d’un palais du XVIIIe siècle, avec un magnifique escalier baroque qui conduit aux salles d’exposition. Du bailli de Suffren à lord Mountbatten, il a collectionné les hôtes illustres, avant d’abriter des chefs-d’œuvre des peintures italienne et flamande, plus quelques toiles de peintres russes, maltais et français (Antoine de Favray, dont les œuvres sont exposées au rez-de-chaussée).
Il faut s’attarder au premier étage, à la rencontre du Tintoret, de Guido Reni et de son superbe Christ tenant sa croix, de Giulio Cassarino et de son portrait du grand maître Alof de Wignacourt.
Ne pas négliger le sous-sol, comme trop de visiteurs le font. Il présente notamment d’exceptionnelles pièces de faïence et d’argenterie, des plans et maquettes de navires, des costumes du XVIIIe siècle, autant de précieux témoignages de la vie quotidienne des chevaliers.

Suivez le guide !
Dans certains immeubles, les vieilles personnes hissent encore leur pain au bout d’une corde jusqu’à leur appartement. Levez le nez !

Musée national d’Archéologie (National Museum of Archaeology)
Republic Street. Ouvert, en hiver, du lundi au samedi de 8 h 15 à 17 h, 16 h dimanche ; en été, mardi, jeudi, samedi et dimanche de 8 h 15 à 13 h 15, lundi, mercredi et vendredi de 8 h 30 à 17 h. Fermé les jours fériés. Entrée payante.
C’était l’auberge de Provence. Elle fut construite par Cassar en 1574. Sous la domination britannique, elle devint l’Union Club, pivot de la vie sociale maltaise. Récemment, elle a fait l’objet d’une minutieuse restauration. A l’angle de Melita Street et de Republic Street, elle possède un escalier monumental et un décor aussi luxueux qu’harmonieux. Depuis 1957, cet endroit hors du commun réunit de très nombreuses pièces archéologiques, dont des poteries et des bijoux. Elles furent essentiellement rassemblées par un historien et collectionneur maltais du XVIIe siècle : Francesco Abella. Classées par thèmes, elles témoignent du riche passé de l’île, depuis le début du néolithique jusqu’à l’époque romaine. Par leurs couleurs ocre et leur lumière atténuée, les salles d’exposition recréent, avec succès, l’ambiance des temples préhistoriques.
Trois trésors immanquables au rez-de-chaussée : La Femme endormie, découverte dans l’hypogée d’Hal-Saflieni, la Vénus de Malte, trouvée sur le site d’Hagar Qim et datée de l’âge de la pierre polie, la statue monumentale de la Déesse de la fécondité, en provenance des temples de Tarxien.
Sous de splendides plafonds peints à caissons, le premier étage réunit les collections puniques et romaines, avec de nombreuses pièces de monnaie et un impressionnant mobilier funéraire. A admirer longuement : l’exceptionnel sarcophage retiré d’une tombe punique près de Rabat et vieux de 2 500 ans.

Au diable l’heure !
Depuis quelques années, les Maltais redécouvrent leur patrimoine avec passion. Se multiplient expositions et conférences, de plus en plus suivies. Ce sont les pendules et les horloges qui font l’objet de la plupart des colloques. Il faut dire que l’île entretient de curieux rapports avec l’heure depuis plusieurs siècles. Il suffit d’observer les clochers des églises pour s’en convaincre. Ici, les horloges sont peintes en trompe-l’œil. Là, elles indiquent une heure fantaisiste. Ce n’est pas par hasard si les aiguilles maltaises ne tournent pas rond. Fausses horloges et horaires imaginaires ont pour but de perturber les sulfureux projets du diable.

Co-cathédrale Saint-Jean (St John’s Co-Cathedral)

St John’s Square. Musée et oratoire ouverts du lundi au vendredi de 9 h 30 à 16 h, 9 h 30 à 12 h samedi. Entrée payante.
Par Republic Street, plus gaiement méridionale que jamais dans ce secteur, puis St John Street, à droite, il suffit de quelques pas pour rejoindre la co-cathédrale Saint-Jean. Hiver comme été, la foule se presse sur son parvis : St John’s Square, un des rares espaces dégagés de la ville. Les chevaliers désignaient l’édifice comme « notre église principale de la Sainte Religion de Jérusalem ». Avec le palais des Grands Maîtres, il constitue, aujourd’hui, l’autre rencontre essentielle de La Valette. C’est un véritable chef-d’œuvre de l’art baroque. Comme pour tromper son monde, la co-cathédrale domine St John’s Square d’une façade massive, dénudée, dont la simplicité frôle l’austérité. A l’intérieur, elle s’enflamme. « C’est le lieu du monde le plus superbe que j’aie jamais contemplé de ma vie », avoua l’écrivain écossais Walter Scott. Bâtie entre 1573 et 1577, elle représente, sans conteste, la réalisation maîtresse de l’architecte maltais Girolamo Cassar, qui avait déjà travaillé à l’édification des fortifications. Beaucoup la considèrent comme une des plus belles églises de tout le monde chrétien. Sa construction fut financée par le grand maître Jean de La Cassière. Bien sûr, elle fut dédiée à Jean-Baptiste, saint patron de l’Ordre. En 1816, le pape Pie VII lui conféra le statut de cathédrale. Honneur à partager avec l’église de Mdina. D’où sa dénomination de « co-cathédrale ».

Les trottoirs de La Valette
Triste et désertée, on croirait que Strait Street cherche à se faire oublier. Parallèle à Republic Street, cette rue longue et étroite est essentiellement constituée de bureaux. Ses rares cafés ne présentent aucun éclat particulier. Les Maltais l’évitent, les visiteurs l’ignorent. Comment imaginer que Strait Street ait été, durant la Seconde Guerre mondiale, le foyer de tous les plaisirs ? On l’appelait alors le « Boyau ». Elle collectionnait les bars, les estaminets en clair-obscur, les discothèques tapageuses. Sur ses trottoirs fleurissaient tous les commerces nocturnes et se croisaient tous ceux qui combattaient à Malte. La paix revenue, la rue rentra dans le rang.

Suivez le guide !
Spectacle étonnant : le dimanche matin, dans La Valette et dans ses faubourgs, les Maltais promènent volontiers leur canari en cage.

Une nef flamboyante
L’église est un vaste rectangle (58 m de long sur 24 m de large), avec une nef unique, voûtée en berceau, et des chapelles latérales s’ouvrant derrière de hautes arches ; elles sont consacrées aux différentes langues de l’Ordre. Le plan est très simple. Murs épais et ouvertures étroites témoignent du souci de l’architecte de contenir l’énorme poussée exercée par la voûte. De son doute, aussi, quant à la solidité de la pierre locale. Premier choc dès qu’on pénètre dans l’édifice sombre, les yeux encore pleins du soleil du dehors : le sol, dallé de près de 400 pierres tombales en marbre polychrome. Les chevaliers ont été enterrés sous ce précieux pavement (les grands maîtres, eux, reposent dans la crypte). Il est gravé d’armoiries et de scènes de la vie militaire. De nombreuses évocations funèbres aussi : des crânes, des os, des squelettes, des faux... Elles relativisent l’insolente richesse de leur décoration. Aujourd’hui, une moquette recouvre les passages les plus fréquentés, pour protéger ces somptueuses dalles de l’usure des pas. Mais, dans le chœur, toutes demeurent bien visibles.
A la splendeur du sol répond celle de la voûte. C’est le peintre calabrais Mattia Preti qui fut chargé de la décorer. Il y travailla cinq ans durant, de 1662 à 1667. Au sommet de son art, il couvrit le plafond de 18 tableaux retraçant les grands épisodes de la vie de Jean-Baptiste :Rencontre avec le Christ dans le désert, Reproches à Hérode, Danse des sept voiles de Salomé, etc. Il peignait à l’huile, directement sur l’ébauche esquissée sur la voûte. Sa rapidité et sa sûreté d’exécution lui valurent le surnom de fra’Presto. Dans les années 1960, une restauration bien conduite a rendu toute leur splendeur aux œuvres de Preti.

Huit chapelles
Entre le portail et le maître-autel, tout de lapis-lazuli, de marbres rares et de métal argenté finement ciselé, se succèdent les chapelles des langues de l’Ordre, de chaque côté de la nef centrale. Huit au total. Les chevaliers venaient s’y recueillir et entendre la messe, s’y répartissant en fonction de la commanderie à laquelle ils étaient attachés. Sur le côté gauche et en partant de l’entrée, on trouve successivement les chapelles d’Allemagne, d’Italie, de France, de Provence, d’Angleterre et de Bavière. Sur le côté droit et dans le même sens de progression, celles de Castille, d’Aragon et d’Auvergne. S’y ajoute la chapelle du Saint-Sacrement, qui possède d’exceptionnelles portes et grilles en argent massif. Elles furent hâtivement peintes en noir, pour échapper à la convoitise des troupes de Bonaparte. Toutes les chapelles des langues de l’Ordre font assaut de sculptures, de dorures, de peintures, de marbres élégamment veinés.
On accordera une attention toute particulière à trois d’entre elles. La chapelle d’Italie tout d’abord. Elle possède un des chefs-d’œuvre de Preti : Le Mariage mystique de sainte Catherine, qui illustre son autel. A la chapelle d’Aragon ensuite, qui enferme deux extraordinaires mausolées consacrés à Nicolas Cottoner et à Ramon Perellos, grands maîtres de l’Ordre. Ils constituent de remarquables exemples de la sculpture baroque italienne. A la chapelle de Castille enfin, dont les épisodes de la vie de saint Jacques ont été peints par Preti. Ses monuments funéraires de marbre et de bronze, dédiés aux grands maîtres portugais Antonio Manoel de Vilhena et Manoel Pinto de Fonseca, sont un superbe témoignage du style rococo triomphant.

Oratoire et musée
Ils sont accessibles par une porte située à droite du maître-autel. L’oratoire vaut surtout pour une peinture de Michelangelo Merisi, plus connu sous le nom du Caravage,La Décollation de saint Jean-Baptiste, considérée comme le meilleur tableau que possède l’île, ce qui n’est pas peu dire. Sa composition précise, son réalisme, ses violents jeux de lumière qui guident et enchaînent l’œil du spectateur, ont été mis en valeur par une restauration récente, effectuée en Italie. Un magnifique travail permettant, à nouveau, d’apprécier chaque détail d’une œuvre à la fois sinistre et grandiose.
De l’oratoire, on passe directement au musée. Dommage qu’on se bouscule un peu dans un lieu qui, visiblement, n’a pas été conçu pour accueillir tant de monde.

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