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3 - Un pays, une histoire, des hommes


Les clés de Budapest

Mátyás-templom © Lily M.A. Parminter

Ce n’est pas un hasard si beaucoup de réalisateurs ont choisi Budapest pour tourner leurs films. Entre ville haute et ville basse, entre Orient et Occident, entre passé et modernité, entre l’élégance de ses façades et la chaleur de ses pubs…, la capitale hongroise offre, à qui veut les voir, ses multiples visages.

Les bains, une culture deux fois millénaire

Que l’on soit sous une coupole ottomane, dans un décor rococo ou dans un complexe dernier cri, les rites restent immuables. Ainsi, d’après une règle non écrite, on se doit de respecter cet ordre : d’abord sauna, puis une douche et un bain dans l’eau froide. Après quelques minutes, on plonge dans les eaux chaudes d’un autre bassin avant de retourner au sauna, en ayant pris soin, préalablement, de se sécher complètement. En général, on termine ce cycle en nageant dans l’eau froide d’une piscine ou par une séance de massage.

Les bains turcs de Buda

Király
IIe arrondissement, Fõ utca 84. Métro 2, Batthyány tér. Ouvert aux femmes lundi, mercredi, de 8 h à 19 h. Ouvert aux hommes mardi, jeudi, vendredi, samedi de 9 h à 20 h. Mixte : dimanche de 9h à 20h.
Attention : ces bains turcs sont réservés aux hommes ou aux femmes, selon les jours.

Rudas
Ier arrondissement, Döbrentei tér 9. Ouvert du lundi au vendredi de 6 h à 18 h, samedi de 6 h à 17 h.
La piscine chaude de ces bains, spécialisés dans le massage, accessible aux femmes uniquement le mardi de 6 h à 20 h. L’autre est mixte.

Rác
Ier arrondissement, Hadnagy utca 8-10. Ouvert aux femmes lundi, mercredi et vendredi de 6 h 30 à 19 h. Ouvert aux hommes mardi, jeudi et samedi de 6 h 30 à 19 h.
Attention, ces bains médicinaux sont réservés aux hommes ou aux femmes selon les jours.

Les autres bains de Buda

Lukács
IIe arrondissement, Frankel Leó utca 25-29. Ouvert tlj de 6 h à 20 h.
Ses trois piscines (deux à l’extérieur et une couverte) sont ouvertes à toutes et à tous, hiver comme été.

Gellért
XIe arrondissement, Kelenhegyi utca 4. Ouvert tlj de 6 h à 20 h.
Chaque sexe dispose de saunas, hammams et bassins d’eaux chaudes (38 Â° et 36 Â°) séparés. Mais tout le monde peut nager ensemble dans la piscine centrale ou dans la piscine à remous à l’extérieur.

Les bains de Pest

Széchenyi
XIVe arrondissement, Allatkerti krt. 11, Petit Métro Széchenyi fürdõ. Ouvert tlj de 6 h à 22 h.
Beaucoup de bassins chauds et de hammams. Les joueurs d’échecs apprécient particulièrement la piscine thermale extérieure.

Ville souterraine

Le mystère de Budapest réside peut-être dans ses entrailles. Les collines de Buda abritent en effet l’un des plus grands réseaux de galeries et de grottes urbaines au monde. Même si la grande majorité reste inaccessible au public, on peut toujours contempler celles de Pálvölgyi, longue de 7,4 km, et de Szemlõ-hegy, aux parois recouvertes de choux-fleurs, de lames de calcite et de pisolites. Cet immense réseau a servi d’abri souterrain aux populations pendant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Au Moyen Age, les occupants du château de Buda les utilisaient déjà comme pièces de rangement ou de cache pour les soldats. Leurs tunnels secrets ont permis de ruser contre bien des agresseurs. De nombreux lieux consacrés à la vie sociale sont aménagés dans les sous-sols des immeubles. Sous les grands carrefours, les stations de métro sont investies par les vendeurs de gadgets à la sauvette, les marchands ambulants de paprika ou les vieilles dame fleuristes…

Intérieurs nuit

Pour aller « boire un verre », il faut bien souvent descendre, et laisser à la surface tous les soucis du quotidien. Les Hongrois ont un sens de la fête et de l’humour qui leur a permis d’endurer les périodes difficiles de leur histoire. On s’en rend compte dans ces bars souterrains où la bière coule flot dans un joyeux brouhaha.

Extérieurs jour

Un collier urbain orne les massifs forestiers de Buda : un tiers des habitations de la ville a été construit sur ses flancs. L’air frais qui apaise la métropole provient de ces collines. Pas étonnant, alors, que Buda soit la destination favorite des habitants de Budapest qui se mettent volontiers au vert. A pied, en bus, en voiture, l’endroit est très facile d’accès. Les monts Széchenyi, János et Normafa sont pris d’assaut par les Budapestois dès les premiers rayons de soleil du printemps.

La ville des ponts
Budapest doit son existence aux 9 ponts qui enjambent le Danube. Et dire qu’il a fallu attendre le milieu du XIXe siècle pour voir un ouvrage durable relier Pest à Buda ! Avant, les habitants empruntaient des passerelles flottantes constituées de bateaux juxtaposés. Les plus audacieux, en hiver, traversaient le fleuve quand il était gelé. C’est le comte Stéphane Széchenyi qui a confié à deux ingénieurs britanniques la réalisation du premier pont des Chaînes en 1849. Celui de Marguerite fut bâti par un Français, Ernest Gouin, en 1872, et celui de la Liberté a été inauguré en 1896, juste à temps pour la célébration du Millenium. Les non-initiés ne comprennent pas l’importance que les Budapestois accordent à leurs ponts. Pourtant, ils ont donné à la ville son unité, et deviennent le théâtre de nombreuses animations : défilé, feu d’artifice, concert…

La passion des cafés…

Les Turcs ont apporté deux cafés : la boisson et le lieu de rencontre. Mais les Hongrois n’avaient pas le droit d’entrer dans les premiers établissements ouverts à Budapest par les Ottomans. Cela ne les a pas empêchés d’adopter cet art de vivre, de se l’approprier. A tel point que « refaire le monde devant un verre » prend ici tout son sens. Au XIXe siècle, les cafés littéraires deviennent rapidement le point de rencontre d’étudiants, de jeunes poètes, d’artistes, d’intellectuels. Les contacts se font, les mots s’échangent, les idéologies se répandent. Et puis, un jour, une révolution enflamme le pays. Celle de 1848 est partie depuis le Pilvax. La presse a même jeté son dévolu sur ces lieux propices à l’échange d’idées. Bien des journaux ont été rédigés la veille sur les tables du New York ou du Central. Certaines étaient même réservées aux grandes plumes de l’époque. Ces écrivains s’y donnaient rendez-vous ou y recevaient leurs invités. Budapest renoue aujourd’hui avec cet art de vivre : les cafés sont à nouveau au centre de la vie sociale.

… et des antiquités

Budapest a gardé un peu des splendeurs du passé. Sur les façades de Pest, dans les 200 musées, bien sûr, mais aussi au fond des boutiques de la rue Miksa Falk (Falk Miksa utca) ou sur les étals des puces d’Ecseri, les plus grandes d’Europe centrale. C’est l’endroit favori des collectionneurs, des badauds ou des amoureux de curiosités. A première vue, on pourrait penser que l’immense majorité des objets mis en vente ne trouvera jamais preneur. Pourtant, le chineur exercé parviendra à extraire aisément de ce capharnaüm la pépite qui fera sa fortune. Sûr qu’entre les peintures sur verre et les bibelots en bois de Transylvanie, le précieux vase de style Sécession ne lui échappera pas. D’ailleurs, les décorateurs inspirés ont largement puisé dans ces cavernes d’Ali Baba à ciel ouvert pour fournir mobiliers et luminaires aux restaurants branchés du centre-ville.

Un urbanisme galopant

Entre 1880 et 1900, la capitale hongroise a connu un taux de construction plus élevé que celui de New York à la même époque ! Les grands boulevards de Pest et la physionomie de la ville en général datent de cette époque. Les bâtisseurs optent dans un premier temps pour un style éclectique, c’est-à-dire néogothique, néo-Renaissance, néo-baroque… Une seule façade peut parfois contenir tous les styles architecturaux d’Europe. Le génie magyar a fini par enfanter un style architectural particulier : l’Art nouveau hongrois. Les architectes locaux ont innové dans le style Sécession, qui s’imposait partout à l’étranger, en y ajoutant des arabesques, des courbes orientales, des céramiques, des mosaïques colorées faites de motifs du folklore hongrois.
Une manière de s’affranchir (au moins symboliquement) de l’hégémonie du puissant frère autrichien. Le musée des Arts décoratifs, l’Institut de géologie ou l’ancienne Caisse d’épargne de la Poste en sont de très beaux exemples. En ce début de XXIe siècle, Budapest, saisie d’un accès de fièvre bâtisseuse, se lance à nouveau dans les grands travaux. Toutes les grandes chaînes hôtelières ont investi dans le riche patrimoine immobilier de la capitale hongroise. Outre les nombreux chantiers de restauration, on voit sortir de terre des complexes postmodernes, bien souvent gagnés sur les friches industrielles.

Sens de la fête

Les Hongrois sont résolument tournés vers l’avenir. Ce petit pays de 10 millions d’habitants n’a pas d’accès sur la mer et les habitants parlent une langue unique. Tout au long de son histoire, la Hongrie a subi l’hégémonie d’une puissante nation étrangère. Elle a conservé son identité grâce à une culture festive. Les Magyars aiment danser, chanter et faire la fête, peu importent les tracas de la vie. Fiers de leur culture, ils ne demandent qu’à partager leur savoir-vivre au cours des nombreux festivals qui se déroulent toute l’année.
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