Tangka.com : Découvrir le monde et partir

Contactez-nous au 01 45 65 91 92

4 - Se déplacer d'île en île

Saint-Barthélemy

Gustavia - Saint-Barthelemy © lilith121

Les Antilles françaises exigeaient leur paradis. Un îlot tropical tout de naturelle élégance, d’aimable tranquillité et de joyeuses soirées. La petite île de Saint-Barthélemy (prononcer « Saint-Barth ») est devenue ce rendez-vous chic qu’il est indispensable de voir avant d’y être vu.

Un aérodrome miniature, digne des aventures de Tintin, avec une piste d’atterrissage courte qui oblige les pilotes à avoir une qualification spéciale pour s’y poser. Pour beaucoup, atterrir à Saint-Barth un jour venté est déjà une aventure : des palaces, des vitrines hors taxes, des plages somptueuses… On multiplierait à l’infini les arguments de cette perle de 25 km2, peuplée de près de 6 900 habitants, posée à deux pas de Saint-Martin et des îles Vierges, mais à 233 km de la Guadeloupe dont administrativement elle dépend.

Suivez le guide !

Une journée shopping ? L’île est un port exempt de droits et de taxes. Vous serez enchanté par le nombre de boutiques. Les tentations sont multiples… mais chères !

Rappel historique

Les Temps modernes commencent ici en 1493. Christophe Colomb pointe sa longue vue : « Cette île s’appellera Saint-Barthélemy, en l’honneur de Bartolomeo, mon frère ! » A l’époque, l’île est déserte. L’absence de rivière, des collines bosselées couvertes d’une terre ingrate, ont découragé les Indiens Caraïbes de s’y installer. Saint-Barthélemy est donc une beauté sans soupirants.

Il faut attendre le XVIIe siècle pour qu’une poignée de paysans vendéens et normands, poitevins et autres, accompagnés de marins bretons, s’y établissent pour cultiver le tabac et l’indigo. Leur chef, Guillaume d’Avranche, livre ses premières impressions : « L’eau est d’une transparence que c’en est merveille de clarté. L’air semble de jade et de menthe liquide. Les bleus sont intenses et royaux… ». Le poète jubile, même si les premières premières heures de l’implantation ne sont sans doute pas aussi idylliques. Jouant d’amabilité envers son ami le roi de Suède qui cherche une escale sûre aux Caraïbes, Louis XVI lui cède Saint-Barthélemy. La capitale de l’île, aussitôt baptisée Gustavia en hommage à son nouveau souverain, est déclarée port franc en 1785. Elle l’est encore aujourd’hui, et c’est un des menus privilèges auxquels les habitants se déclarent définitivement attachés. On les comprend.

Entre-temps, les navires affluent, et le négoce enrichit les marchands. Les cultures de coton et d’ananas portent jusqu’en Europe la réputation de l’île. Pourtant, des cyclones ravageurs, plusieurs épidémies, l’incendie de Gustavia, puis l’effondrement des cours du coton vont mettre un terme à cette félicité dès la fin du XVIIIe siècle. En 1878, le président Mac-Mahon signe au nom de la France le chèque de 320 000 francs-or qui ramène Saint-Barthélemy dans le giron de la République et en fait la plus récente des terres de France sur le continent américain. Par référendum, les 350 grands électeurs de l’île se prononcent en faveur du retour à la souveraineté française. Un seul bulletin contre est retrouvé dans l’urne : celui du notable Welington Sicard, habitant de Gustavia, par respect pour la souveraineté suédoise.

Dès lors, Saint-Barthélemy aurait pu sombrer dans l’oubli. C’était compter sans le coup de foudre qu’elle allait opérer sur quelques bonnes fortunes en quête d’un havre de paix tropicale à l’écart du monde et de ses urgences : les familles Rothschild et Rockfeller, en particulier. Des domaines achetés pour trois fois rien au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des villas somptueuses construites sur les hauteurs, des vacances en compagnie de la meilleure société européenne et américaine, des amis qui, à leur tour, s’entichent de la belle, et voilà une légende qui s’écrit à l’éclat de ses étoiles. Ils sont vedettes du petit ou du grand écran, hommes d’affaires, mannequins, barons de la politique ou stars plus ou moins éphémères… et se livrent, de loin et si possible en flou, aux téléobjectifs des grands magazines d’actualité ! Quelques hôtels abondamment étoilés permettent désormais à tous ceux qui en ont les moyens de séjourner sur ce petit paradis caraïbe. Au programme, plage, plage, sieste et plage. Avant de se laisser happer par les lumières de la nuit, version bougies élégantes plus que néons tapageurs.

Blanc + blanc = blanc

La population de Saint-Barth est à 95 % blanche de peau. Les 3 500 « vrais » Saint-Barth (les 1 500 autres habitants sont de nouveaux arrivants, employés des hôtels et autres services touristiques) sont en effet d’origine vendéenne, bretonne, normande, aquitaine… La petite surface des exploitations ne permit pas aux premiers colons de faire appel aux esclaves de la même manière qu’ailleur. L’île a d’ailleur été la première aux Caraïbes à affranchir ses esclaves.

Gustavia

Seul site vraiment animé de l’île, le port-capitale de Saint-Barth rassemble de jolies maisons anciennes, dont certaines de style étonnamment suédois, tournées vers le port et la marina qui accueille quelques-uns des plus beaux voiliers du moment. La promenade sur les pontons est un des musts du séjour. C’est qu’ici se côtoient à l’improviste tous les princes du jour. En plein hiver, il arrive que le Phocea de la milliardaire Mouna Ayoub s’y amarre. Ou que le seul bateau kaki de la flotte internationale y fasse la pause. Il appartient à Silvester Stallone. Sans parler des élégants deux ou trois-mâts à bord desquels se retrouvent quelques familles royales ou princières d’Europe du Sud et de Scandinavie, en compagnie de stars de Hollywood, de mannequins vedettes et de génies de Wall Street. Spectacle permanent à portée de regard, mais attention, sans démonstration outrancière. On est à Saint-Barth, en short, tee-shirt et tongs, loin des micros et des caméras. Avec ses lunettes noires quand même. Qu’importe : prière de ne pas déranger.

De nombreuses boutiques satisfont les amoureux du shopping. Le privilège du hors-taxes n’a, hélas, plus les vertus d’antan, et les prix sont rarement miraculeux. Au moins offrent-ils le plaisir d’acheter sous le soleil ce qu’on se refuse dans son quartier. C’est aussi cela la magie des vacances ! Entre deux bistros sympathiques, plusieurs adresses invitent à acheter parfums, bijoux et cigares, le tout aux griffes les plus prestigieuses, quelques euros moins chers qu’en métropole. L’honneur est sauf.

Wall House Museum
Pointe de Gustavia. Ouvert tlj sauf dimanche. Entrée payante.

Ce joli musée a trouvé sa place au sein d’un monument historique datant de l’époque suédoise et soigneusement restauré. Il présente des souvenirs et des images du passé de Saint-Barthélemy et se veut un témoignage pour les générations futures. Il y flotte une ambiance un peu surannée : lampes à pétrole, bibelots d’époque, costumes traditionnels, outils des cultivateurs, barques et filets de pêche, cabestans, sextants de navigation, tous témoins éloquents de ce que fut l’ancien Saint-Barth. Le musée joue un rôle capital dans la conservation des données sociologiques et ethnologiques de l’île.

Inter Oceans Museum (musée du Coquillage)
Plage de Corossol. Ouvert tlj sauf lundi de 9 h à 12 h 30 et de 14 h à 17 h. Entrée payante.

A l’initiative privée d’un homme passionné, Ingénu Magras, ce musée du Coquillage invite à venir découvrir une merveilleuse collection de plus de 9 000 pièces en provenance du monde entier, dont 1 600 espèces de la province caraïbe.

Chics, les hôtels

Malgré sa petite taille, Saint-Barth se flatte d’une bonne centaine d’étoiles hôtelières. Résider sur l’île des stars permet de s’offrir quelques nuits dans l’un des palaces où il est pratiquement inévitable de croiser les visages connus du petit ou du grand écran, de la politique ou des affaires. Seule contrainte, des tarifs rarement inférieurs à 400 € la nuit pour une chambre double -petit déjeuner pas forcément compris. Au rang des prestigieuses adresses de l’île, citons le Sofitel Christopher, le Carl Gustaf, le Toiny, le Guanahani ou le Saint-Barth Isle de France. Ces établissements rivalisent en outre de charme à l’heure de passer à table. Il faut alors compter au minimum 50 € par personne, souvenirs inoubliables inclus.

Le tour de l’île

Pour le reste, Saint-Barth est une succession de criques et d’anses paradisiaques (plage blanche et lagon émeraude). Baignade, plongée, pêche et farniente font invariablement les activités du jour. Habitants des villas semées à l’abri des cocoteraies et des bouquets de filaos, résidants des hôtels de luxe se retrouvent invariablement sur les terrasses de Gustavia à l’heure de l’apéritif pour commenter leur journée de grand soleil ou de pleine mer. Ainsi va la vie de Saint-Barth. Sans que personne trouve à y redire.

Les plongeurs apprécieront que l’autorité locale ait dessiné une vaste zone protégée devenue réserve naturelle. Résultat, il est interdit d’y plonger trop nombreux, de chasser bien sûr ou de prélever coquillages et coraux. Moyennant quoi, poissonsperroquets, tortues, barracudas et autres petits requins sont au rendezvous. Par ailleurs, plusieurs épaves agrémentent les sorties, car elles concentrent une multitude de poissons de toutes les formes et de toutes les couleurs.

Miracle de la tradition qu’on ne saurait abandonner, à l’anse des Lézards comme à l’anse des Gascons ou à l’anse de Marigot, les habitants continuent de parler un français issu des patois vendéen et normand du XVIIe siècle, enrichis de vocabulaire créole et d’expressions puisées au registre des marins. Certaines femmes persistent même à porter la coiffe de dentelle blanche qu’affectionnaient leurs grandsmères.

Il serait toutefois injuste de limiter le charme de Saint-Barth à sa vocation d’escale tropicale de la jet-set parisienne ou new-yorkaise. L’île est d’une indiscutable beauté. On admire en particulier la limpidité de son lagon, les couleurs des eaux de la baie de Saint-Jean juste au bout de la piste d’atterrissage sur laquelle se posent les petits avions en provenance de Saint-Martin la voisine ou de Pointe-à-Pitre, les arches de fleurs qui suivent chaque sentier de promenade, le sourire des habitants qu’on jurerait en permanentes vacances… C’est la manière qu’a Saint-Barth de célébrer le bonheur d’une nouvelle journée sous un ciel tout bleu.

Chapitre précédentChapitre suivant