Tangka.com : Découvrir le monde et partir

Contactez-nous au 01 45 65 91 92

3 - Des îles, une histoire, des hommes

Histoire des Antilles françaises.

Statue de Victor Schoelcher  - Place de l'Èglise de Sainte-Anne (Guadeloupe)

A l’origine étaient les Caraïbes ! Ainsi s’appelaient les habitants de l’archipel « découvert » par Christophe Colomb en 1492. Ces Amérindiens caraïbes étaient originaires d’Amérique du Sud. A partir de l’an mil, ils essaiment sur ce chapelet d’îles qui conduit, tel un gué géant, jusqu’aux portes de l’Amérique du Nord. Au cours de leur marche vers le nord, ils se heurtent aux Arawak, également originaires du sud de l’Amérique, habitant cet archipel depuis la nuit des temps. La cause des Arawak, peuple de pacifiques pêcheurs doublés de sincères croyants dans l’éternité des âmes, ne pouvait peser bien longtemps face à des Caraïbes belliqueux, maîtres dans l’art de la chasse et du combat, volontiers anthropophages…

L’arrivée du colonisateur blanc mit un terme à ce processus. Baptisés « indiens » par un Colomb qui pensait avoir touché les rivages de l’Inde, Caraïbes et Arawak furent les victimes des nouveaux arrivants : guerres, épidémies, esclavage, massacres ! Espagnols d’abord, Anglais et Français ensuite, ont conjugué leurs efforts et leur appétit de conquête pour anéantir en un siècle au bas mot 5 millions d’autochtones.

Où Colomb a-t-il touché le Nouveau Monde (1492-1512) ?

Christophe Colomb, génois de naissance, a convaincu le roi d’Espagne de financer sa folle expédition : il naviguera plein ouest et trouvera la route des Indes, celle qui conduit jusqu’à la Chine dont Marco Polo, deux siècles plus tôt, a vanté les trésors. Il s’en reviendra nefs chargées d’or et de soieries, d’épices et de terres conquises au nom de la Couronne espagnole.

Une bonne dizaine d’îles revendiquent aujourd’hui, plaque de marbre à l’appui, le privilège d’avoir été la première terre caraïbe sur laquelle Christophe Colomb et ses hommes posèrent le pied. L’île de San Salvador, aux Bahamas, pourrait bien être la véritable élue. Une stèle sous-marine désigne l’endroit où l’ancre de la Santa Maria, la caravelle de Colomb, aurait touché l’Amérique.

En accostant sur ces îles à la végétation luxuriante, Colomb poursuit un rêve tenace : trouver la route des Indes plein ouest et conquérir les fabuleux gisements d’or que promettent les légendes anciennes. Le navigateur a beau fouiller les îles qu’il repère, sasser les rivières, interroger les Indiens, pas de véritable continent et encore moins d’or ! Quatre expéditions lui permettent de baptiser la plupart des îles et d’en dresser la carte approximative. Les conquistadores espagnols gagnent peu à peu l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Ils oublient vite les îles des Caraïbes, qui ne leur servent plus que d’escales entre Europe et Amérique, ainsi que de colonies pour planteurs ambitieux.

Dans le sillage de Colomb, les Espagnols s’approprient les principales îles des Caraïbes, débarquant soldats, colons et missionnaires, construisant des fortins, multipliant les brblis, plantant des croix.

Les Indiens, soumis, sont enrôlés dans les premières plantations. Ils ne résistent ni aux épidémies ni au régime de forçat qu’impose le nouveau maître, encore moins aux expéditions guerrières destinées à faire place nette avant l’arrivée de nouveaux colons. Le café, l’indigo, le coton, le tabac, et surtout la canne à sucre jusqu’alors cultivée aux Canaries, s’acclimatent remarquablement dans la région.

Danois et Suédois aux Caraïbes

Négligée par les Espagnols, l’île de Sainte-Croix est occupée par les Hollandais en 1625. L’escale est peu fréquentée, au point que les Français s’y installent à leur tour et en cèdent l’usage à l’ordre de Malte. Le Danemark souhaite, à l’instar des autres puissances européennes, une escale paisible aux Caraïbes. La négociation s’impose. La France vend Sainte-Croix aux Danois en 1733. Voilà pourquoi la capitale de l’île porte le joli nom de Charlotte-Amalie, hommage à une souveraine danoise. Cette possession, vite délaissée, sera revendue aux Etats-Unis en 1917 pour 25 millions de dollars. Sainte-Croix fait désormais partie des îles Vierges américaines. Le schéma de la présence suédoise aux Caraïbes est comparable. En 1784, Louis XVI cède l’île de Saint-Barthélemy à son ami le roi de Suède qui cherche une escale commerciale dans la région. La micro-capitale de Saint-Barth est baptisée Gustavia en l’honneur de son nouveau souverain. Le commerce avec les Caraïbes s’effondrant au XIXe siècle, la Suède revend l’île à la France en 1878 moyennant 320 000 francs-or. Saint-Barth est de ce fait le dernier territoire du continent américain à être passé sous souveraineté française.

Le rendez-vous du monde (1520-1635)

Au début du XVIe siècle, les premiers esclaves africains sont débarqués aux Caraïbes. Les négriers jettent l’ancre à Hispaniola (future Saint-Domingue), où l’Espagne a installé sa capitale régionale.

Les autres puissances européennes, France, Angleterre et Pays-Bas, se contentent dans un premier temps d’envoyer leurs navires commercer avec l’occupant espagnol, livrant ici une cargaison d’esclaves, chargeant là des bois précieux. Puis, les îles les moins vastes n’étant ni occupées ni défendues, Français, Néerlandais et Anglais se les approprient, y installent un fort, une garnison et quelques colons. Officiellement, il ne s’agit que d’avoir une escale sbre sur la route de l’Amérique. Plus prosaïquement, Richelieu et la Compagnie des îles de l’Amérique entendent marquer leur territoire colonial, tout comme les Anglais et les Bataves. On dit qu’au XVIIe siècle 800 navires de guerre néerlandais sillonnaient les Caraïbes !

En 1635, la Compagnie française des îles de l’Amérique prend possession de la Guadeloupe et de la Martinique. L’Angleterre a procédé à l’identique, plantant son royal drapeau à la Barbade, à Grenade, à la Jamaïque. Les Néerlandais se sont installés à Curaçao et à Saint-Eustache. Les navires de commerce danois ont jeté l’ancre aux actuelles îles Vierges. A la fin du XVIIe siècle, l’Espagne règne sur Cuba, Saint-Domingue, Trinité et Porto Rico. Les îles Caraïbes sont devenues le rendez-vous marchand du monde.

Pirates, forbans, flibustiers et corsaires

Les pirates sont des bandits marins qui opèrent pour leur propre compte. Ils attaquent les bateaux qui font escale aux Caraïbes. Le mot français « forban » désigne celui qui, banni chez lui, est condamné à l’exil, situation que connaissent de nombreux pirates. Les forbans traquent les navires marchands, les poussent sur les récifs, s’en emparent après d’épiques combats et pillent leur cargaison, avant de massacrer l’équipage. Les flibustiers sont une simple catégorie de pirates. Ils sévissent aux Caraïbes aux XVIIe et XVIIIe siècles. Leur originalité était de former une association avec d’autres pirates de différentes nationalités. Sous le nom de Frères de la Côte, ils écumaient la région, au départ de l’île de la Tortue, leur sanctuaire. Les corsaires sont d’un tout autre genre. Ce sont les mercenaires de l’océan. Ils louent leur force et leur ruse à un Etat ou à une compagnie, et opèrent ensuite pour son compte. Les Etats les utilisent pour s’approprier un butin particulièrement avantageux ou pour déstabiliser une défense sans officiellement être impliqués. Les grands corsaires, Drake, Barbe Noire, Estambouc, Morgan et bien d’autres, sont du reste décorés et enrichis par leur souverain en récompense de leurs faits d’armes.

Un jour française, le lendemain anglaise, finalement espagnole (1635-1804)

Cette géopolitique des Caraïbes s’accompagne d’un gigantesque marché aux esclaves, base de la prospérité des exploitations sucrières. Espagnols, Français, Anglais et Néerlandais vont chercher en Afrique noire plusieurs millions d’esclaves qui, jusqu’en 1848, peupleront les nouvelles colonies. On estime à près de 100 000 par an les arrivées d’esclaves aux Caraïbes lorsque l’économie sucrière était à son apogée.

Les colons blancs sont dans un premier temps marins, soldats, missionnaires, aventuriers parfois. Avec l’attribution des concessions, quelques familles de haut rang envoient leurs cadets aux îles, avec l’ambition d’une fortune sinon facile du moins à l’abri des contraintes sociales ordinaires. Ils embarquent en compagnie de proches qui assureront l’encadrement de l’exploitation, mais également avec des engagés volontaires qui signent en France pour trois ans avec l’espoir, en fin de contrat, d’avoir à leur tour une concession.

L’histoire européenne bouscule toutefois celle de la région. Les grandes puissances se disputent, du règne de Louis XIV à la magistrature de Napoléon, l’hégémonie du monde. Les îles vivent au rythme de ces rivalités lointaines. Certaines d’entre elles changent ainsi de souveraineté une bonne quinzaine de fois (Saint-Martin, Sainte-Lucie, Saint-Eustache ou la Dominique), au gré d’un coup de main britannique, d’une percée française, d’une contre-attaque espagnole… Les témoignages de pierre de cette histoire à multiples rebondissements sont essentiellement des forts, des remparts et autres tours de guet ! Cette histoire mouvementée est également illustrée par le créole local, qui emprunte à l’espagnol autant qu’au français ou à l’anglais. Autre signe : ces îles au nom d’origine espagnole, dont la capitale rend hommage à un souverain britannique, mais dont les villages ont des patronymes de vieux français. Sans oublier les noms et prénoms inscrits dans les cimetières ou dans les annuaires du téléphone, qui mêlent des consonances de toutes origines !

L’abolition de l’esclavage

Ces îles entrent dans l’ère moderne avec la Révolution française de 1789. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen pose en effet la question des esclaves. La morale égalitariste exige son abolition rapide. La fragilité économique des îles, dont la richesse repose sur la gratuité de la maind’œuvre, ralentit le processus. L’histoire piétine quelques décennies. Les esclaves engagent des révoltes ponctuelles, vite réprimées.

Sur les possessions françaises, Bonaparte au pouvoir maintient l’esclavage. Joséphine, future impératrice des Français, n’est-elle pas fille de Martinique, née d’une famille de planteurs ? Saint-Domingue a montré la voie. Sous la conduite de Toussaint Louverture, les esclaves ont conclu leur révolte par la proclamation de la première République noire à la fin du XVIIIe siècle. De leur côté, les propriétaires composent avec les esclaves, leur reconnaissant des droits, facilitant certains affranchissements.

L’Angleterre cède la première et abolit l’esclavage dans ses colonies en 1833. Les Français suivent sous l’impulsion du député Victor Schœlcher. L’esclavage est officiellement aboli le 27 avril 1848. Les Néerlandais appliquent cette même loi en 1863. Pour mémoire, dix ans plus tard, en 1873, l’Espagne supprime à son tour l’esclavage sur ses territoires.

Pour éviter l’effondrement de l’économie sucrière, les planteurs font appel à une main-d’œuvre volontaire, africaine, chinoise et indienne. Voilà qui explique les métissages qu’on rencontre désormais aux Antilles.

Les hommes de toutes couleurs de peau ont gagné leur dignité. Les plantations sucrières ont perdu leur prospérité. Les empires abandonnent leurs colonies.

Victor Schœlcher, le libérateur

Victor Schœlcher est, aux Antilles françaises, considéré comme un héros. Depuis la Révolution, les idées libérales progressent. L’esclavage est désormais combattu par les tenants de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Les Anglais l’ont aboli en 1833. En France, le climat politique particulièrement instable empêche de mener à bien la mesure. Napoléon, en particulier, s’y oppose. Les édiles butent par ailleurs sur l’indemnisation que réclament les planteurs. Victor Schœlcher s’empare du combat. Il le mènera à son terme. Militant très jeune pour l’égalité, abolitionniste aux côtés de Victor Hugo et de Claude Michelet, il est élu député et devient sous-secrétaire d’Etat à la Marine et aux Colonies. C’est à cette occasion qu’il rédige le décret abolissant l’esclavage, publié le 27 avril 1848. Il est élu député de la Guadeloupe l’année suivante. Victor Schœlcher repose au Panthéon.

L’Amérique entre en scène (de 1873 à nos jours)

Enfin, l’Amérique entre sur la scène caraïbe. A la fin du XIXe siècle, les Etats-Unis exigent d’exercer leur influence dans une région qui est à leur porte. L’ère coloniale européenne, soutenue par l’économie sucrière, est bien terminée !

La France départementalise la Martinique et la Guadeloupe en 1946

De la Guadeloupe dépendent alors Saint-Barthélemy, la partie française de Saint-Martin, La Désirade, Marie-Galante et les Saintes. La République abandonne toute autre prétention territoriale dans la région.

En 1974, deux régions sont calquées sur les deux départements antillais. Toutefois, les difficultés économiques (crise de l’industrie sucrière, fragilité des exploitations bananières, montée du chômage…) jettent les bases d’une revendication indépendantiste qui, pendant une dizaine d’années, va parfois se manifester avec violence. La revendication antillaise, particulièrement pressante en Guadeloupe, veut imposer des méthodes comparables à celles qu’adoptent Bretons, Basques et Corses.

Toutefois, l’immense majorité des Antillais et leurs élus avec eux, au premier rang desquels l’ancien maire de Fort-de-France Aimé Césaire, militent pour une autonomie sans cesse élargie, rejetant une indépendance pour l’heure impossible à vivre à leurs yeux. L’économie antillaise n’est pas capable en effet d’assurer une vie décente à ses habitants. L’agriculture locale est insuffisante pour nourrir tout le monde, les industries sont embryonnaires, et seul le tourisme offre des ressources importantes. Mais la concurrence des îles voisines est rude et, hormis une belle fidélité des vacanciers métropolitains, rien ne garantit que l’or bleu restera aussi généreux dans les années qui viennent. Voilà qui plaide en faveur du statut quo actuel, d’autant que le niveau de vie antillais est largement supérieur à celui des îles voisines désormais indépendantes.

Le mirage d’une vaste fédération des Etats caraïbes fait régulièrement rêver ceux qui souhaitent constituer un ensemble économique et politique autonome. Depuis les années 1970, l’économie antillaise est essentiellement tournée vers le tourisme - manière de tirer profit d’un exceptionnel capital de plages blanches et de ciel au bleu fixe. Villages de vacances, paquebots de croisière, stations balnéaires attirent chaque année plus de 1,5 million de vacanciers, français essentiellement, mais aussi européens et croisiéristes américains. C’est la revanche souriante de ces îles conquises au nom de l’or. Elles n’offrirent pas le précieux métal, mais bien plus : du soleil en abondance, un incomparable sens de la fête et des sourires qui valent tous les trésors.

Joséphine, dite Yeyette, impératrice des Français

C’est sur le domaine de La Petite Guinée (Martinique) que naît, en 1761, Marie-Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, aussitôt surnommée Yeyette. La famille est amie des Beauharnais, dont le père, François, est nommé gouverneur général des Antilles par Louis XV. Un fils, Alexandre, naît à la Martinique. Revenus en France, les Beauharnais souhaitent marier le jeune Alexandre. Marie-Josèphe, devenue Joséphine, est l’élue des deux familles. Le mariage est célébré le 13 décembre 1779 à Noisy-le-Grand. Joséphine découvre tout à la fois la France, la vie et l’ambition. Peu choyée par son mari malgré leurs deux enfants, Joséphine retourne à la Martinique en 1788 alors que gronde la Révolution. Ce sera sa dernière visite à sa terre natale. Rentrée précipitamment à Paris, elle assiste à l’exécution de son mari et se console rapidement de son veuvage. Le 9 mars 1796, à la mairie du IIe arrondissement de Paris, elle épouse discrètement le général de division Napoléon Bonaparte. Le mariage religieux est célébré en grande pompe le 1er décembre 1804, veille du sacre de l’empereur, au cours duquel Napoléon pose lui-même la couronne sur la tête de Joséphine, impératrice des Français. Répudiée, Joséphine meurt à La Malmaison en 1814.

Chapitre précédentChapitre suivant