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4 - Se déplacer d'île en île

La Guadeloupe

Marché aux légumes de Pointe-a-Pitre © youpla

La géographie s ’est montrée malicieuse en offrant à la Guadeloupe une silhouette de papillon posé sur la mer des Caraïbes. Ses deux ailes entourent Pointe-à-Pitre, capitale économique du département. Au nord, Grande-Terre, tapissée de champs de cannes et bordée de plages blanches. Au sud, Basse-Terre offre les tropiques en version nature sur les pentes boisées de la Soufrière, le volcan de l’île qui pointe à 1 467 m d’altitude.

La pointe de Pietr

Pointe-à-Pitre, ville de plus de 100 000 habitants qu’on appelle les Pointois, est reine de la Guadeloupe. Première ville du département, elle sert de référence aux six îles qui composent l’archipel guadeloupéen : la Guadeloupe, les Saintes, Marie-Galante, la Désirade, ainsi que Saint-Barthélémy et Saint-Martin qui, depuis 2007, ont gagné leur autonomie par rapport aux institutions du département. C’est à la ville de Basse-Terre que revient le rang de préfecture. Qu’importe ! Pointe-à-Pitre est un port, et voilà qui lui donne un regard permanent sur l’horizon, une curiosité de la rencontre, une insatiable envie de séduction.

Rappel historique

Lorsque Christophe Colomb y fait relâche, le 4 novembre 1493, l’île est peuplée par les Indiens caraïbes, experts dans l’art de la guerre en forêt tropicale. Volontiers belliqueux, aussi adroits que pugnaces, ils célèbrent leurs victoires en dévorant leurs adversaires… Pour peu que cela se sache, voilà qui refroidit l’ardeur et l’audace des tribus débarquées des îles voisines et lorgnant sur de possibles nouveaux territoires. Au tournant des XVe et XVIe siècles, lorsque sont lancées les Grandes Découvertes, la nature s’en mêle. Avant de devoir affronter les flèches empoisonnées des Caraïbes, les équipages espagnols font valoir toute l’expérience de leurs marins pour échapper à de méchantes tempêtes. De celles qui font les légendes des tropiques. Lorsqu’il peut enfin jeter l’ancre, Christophe Colomb remercie le ciel d’avoir sorti sa flotte des colères de l’Atlantique. Voilà qui mérite bien quelques grâces et une prière. Tant mieux, puisqu’une terre encore miniature pointe dans la longue-vue. C’est la promesse d’un prochain abri, d’une escale bienfaisante, qui va permettre de faire le plein d’eau douce et de manger du poisson frais, de reposer l’équipage et, pourquoi pas, de ramasser des montagnes d’or. Après tout, si la flotte de Sa Majesté le roi d’Espagne a traversé l’océan, c’est bien avec l’espoir de faire fortune au-delà des Indes plus que pour annexer des territoires dont on ne saura jamais que faire… Du moins est-ce la vision de la conquête que détaillent les élites européennes de l’époque.

L’amiral Colomb est loin de ces savantes analyses. Son équipage est fourbu et a bien failli connaître sa dernière heure. En jetant l’ancre au large de cette île que le ciel met sur la route de la flottille aux voiles frappées de la croix rouge, il la baptise donc Santa Maria de Guadalupe, nom d’un sanctuaire espagnol d’Estrémadure très populaire en Espagne.

Il n’empêche. Pour ses habitants d’alors, quelques centaines d’Indiens caraïbes, elle est Calucaera, l’« île aux belles eaux ». Ils rendent ainsi hommage à ces grosses gouttes tièdes qui, tombant d’un ciel plombé, donnent aux fleurs leur éclat. Ils célébraient autant les cascades claires qui dégringolent jusqu’aux lagons pâles dans lesquels dansent des nuées de poissons multicolores. Après cinq siècles de métissages réussis, ajoutons à ces belles eaux les aigues-marines, les saphirs ou les émeraudes qui font le regard des Guadeloupéennes… Résultat, génération après génération, d’incessants métissages entre marins européens à l’escale, colons venus tourner ici la page de leur vie, esclaves débarqués d’Afrique fers aux pieds, pirates en quête d’une prochaine audace, fonctionnaires célibataires succombant devant une sirène de parfaite nature, soldats tombés sous le charme un soir de messe sacrée…

Un marchand juif hollandais, Pietr, donne son nom au mouillage.

Plutôt que de courir inlassablement les océans comme le font la plupart des aventuriers de son siècle, lui décide de s’arrêter là et d’installer son magasin au centre d’une baie suffisamment bien abritée pour qu’elle soit l’élue de la plupart des capitaines lorsqu’il faut jeter l’ancre, décharger la cargaison et s’en retourner avec bois précieux, balles de coton, lots d’épices et de colorants. Nouveaux arrivants, navires à l’avitaillement, soldats s’accordant une juste pause, colons à peine remis de leur longue traversée, tous frappent à la porte de ce repaire. Cordages, pêche du jour, planches de bois, fruits frais et, probablement, quelques barils de rhum composent son étal. Le minimum vital pour les uns, l’essentiel pour beaucoup d’autres.

Pietr ne fait peut-être pas fortune en Guadeloupe, au moins contribue-t-il au développement de l’île. Car, bientôt, c’est une maison qui s’élève à côté de son échoppe, vite suivie d’une autre baraque, d’une église, d’un bouge…, qui bordent peu à peu le front de mer. Celle que les capitaines au long cours appellent la pointe de Pietr est née. Les cartes marines en prennent acte à partir du XVIIIe siècle, et depuis la première ville de l’île ne cesse de prospérer et de justifier son rang.

Suivez le guide !

Pour découvrir l’architecture traditionnelle, promenez-vous rue Peynier, rue de Nozières, rue Schœlcher et rue Jean-Jaurès, où sont situés les plus beaux alignements de façades créoles.

Pointe-à-Pitre

Le centre-ville (rues de Nozières et Frébault en particulier) a gardé ses façades ouvragées auxquelles sont suspendus des balcons de bois ou de fer forgé. C’est ici qu’on déambule, le long d’un ensemble de rues tracées au carré, avant de se rendre sur la place de la Victoire, point zéro de la géographie de Pointe-à-Pitre. Cet îlot d’histoire coloniale s’appuie sur le boulevard Faidherbe qui, bordé par l’hôtel de ville, trace la frontière avec les nouveaux quartiers de la ville, probablement plus fonctionnels, mais tellement moins gracieux…

A l’inverse, côté port, la ville bute sur les quais, aménagés pour accueillir plusieurs paquebots de croisière en même temps. Les rues parallèles, Ferdinand-de-Lesseps, Delgres et Saint-John-Perse, se sont donc enrichies de nombreuses boutiques dans les rayons desquelles abondent les tee-shirts, les casquettes et autres poupées habillées de madras. Tout au bout du quai, le centre Saint-John-Perse abrite un restaurant chic, un bistro à terrasse et quelques boutiques. Attention, toutefois : la vie de Pointe-à-Pitre s’éteint sans rémission possible chaque samedi à partir de midi. Dès lors, le centre-ville est parfaitement désert et silencieux, tous rideaux de fer baissés. Seules quelques terrasses autour de la place de la Victoire maintiennent encore un minimum d’activité jusqu’à la fin de l’après-midi.

Place de la Victoire
Ainsi nommée en souvenir de celle remportée face aux Anglais en 1794, c’est une vaste esplanade tapissée de vert et de massifs fleuris, et plantée de palmiers royaux. La souspréfecture et l’office de tourisme occupent deux de ses plus belles maisons. Le kiosque à musique est l’emblème de l’endroit. Tous les amoureux s’y font photographier, et il n’est pas de mariage célébré en la basilique voisine Saint-Pierre-et-Saint-Paul, juste derrière le palais de justice, qui ne se poursuive devant ce kiosque où seront pris les portraits officiels de la noce. Lumière dorée du soir, longue robe blanche à dentelles savantes, costumes rayés comme un lord britannique, enfants rigolards et tresses enrubannées : la photo mérite aussi d’être prise depuis l’extérieur par les spectateurs de passage, vite invités à claquer la bise aux heureux élus du jour !

Quais de la Darse
La place de la Victoire débouche sur la Darse, le bassin de Pointe-à-Pitre, où s’amarrent les bateaux de pêche ou de transport de passagers arrivant des îles voisines. Ce vieux bassin accueille en effet les bateaux venus des Saintes et de Marie-Galante. Il arrive même encore que des pêcheurs saintois viennent ici vendre leurs prises, créant l’animation au beau milieu des passagers débarquant pour une visite à la famille, des autocars attendant d’être bondés pour partir faire leur tour de l’île et des mamas imposantes, marchandes de sirop glacé, de cigarettes et de bonbons, toujours prêtes à livrer le dernier potin du jour. Chaque matin, dans une joyeuse bousculade, les quais de la Darse se transforment en étals, parmi les plus beaux de la Guadeloupe. Enormes thons, barracudas effilés, bonites colorées, paniers de langoustes disputent la vedette aux brassées de fleurs qui disent la coquetterie des maisons guadeloupéennes.

Marché Saint-Antoine
Depuis les quais de la Darse, prendre tout droit par la rue Frébault.

Pour rester dans l’ambiance, il faut se rendre au marché Saint-Antoine, l’autre sanctuaire des petites nouvelles du monde. Une halle offre plus de confort aux amateurs de ces petites nouvelles qui font la grande vie de l’île. Les commerçants présentent, comme à la Darse, poissons frais, crabes géants, fleurs et montagnes de fruits, de la banane aux goyaves, en passant par les mangues juteuses et les ananas de poche. Remarquer les petits vendeurs qui broient la canne à sucre en direct pour en extraire le sirop, ou bien ceux qui, toujours devant le consommateur, sabrent les noix de coco et proposent d’en boire le lait rafraîchissant. Ne jamais hésiter devant leur invitation et dire oui sans plus attendre !

Tout autour de ce charmant brouhaha, ce sont les stands de chapeaux tressés, de tee-shirts peints à la main, de poupées habillées à la mode antillaise, de bijoux fantaisie…, qui rivalisent d’arguments pour séduire les passants. Et puis voilà le quartier des grands-mères savantes, dont les talents d’herboristes font merveille : « Une pincée de poudre, et le mal au dos va disparaître ! Une macération de cette écorce, et fini les jambes lourdes ! » Jusqu’au célèbre « bois-bandé » qui, « pa ni problem », permet en deux cuillers à soupe de retrouver ses élans de jeune homme !

Il règne ici comme un hymne à la vie. Pas tant à cause des richesses, aussi colorées que savoureuses, mais plus que tout de ce plaisir de se croiser, de se retrouver et de partager un moment de franche rigolade. Eternelle complicité des îles…

La fête des Cuisinières

Le 10 août, la Guadeloupe célèbre ses cuisinières. Venues de tous les villages de l’île, elles se retrouvent à la basilique de Pointe-à-Pitre, en vêtements traditionnels, portant des paniers remplis de nourriture. Après la bénédiction, un grand banquet est organisé dans le préau de l’école Amédé-Fangarol (inscription payante). A l’issue du déjeuner, les meilleures cuisinières sont récompensées. Le 10 août est le jour de la Saint-Laurent, patron des cuisiniers.

Musée Saint-John-Perse
9, rue de Nozières. Ouvert tlj sauf dimanche de 9 h à 17 h, samedi de 8 h 30 à 12 h 30. Entrée payante.

Après avoir marchandé, comme l’exige la bonne humeur des îles, que ce soit dans les allées du marché ou dans les boutiques de la rue Faidherbe, il importe de poursuivre jusqu’au bout du quai pour pousser les portes de ce musée. Ce poète créole est né à la Guadeloupe en 1887. Le musée qui lui est dédié a été inauguré en 1987 pour saluer le centenaire de sa naissance. Une poignée de souvenirs personnels, mais surtout une intéressante reconstitution de la vie de l’époque, justifient la visite. Alexis Léger, alias Saint-John Perse, fut prix Nobel de littérature en 1960. L’écrivain (Eloges) fut également diplomate. Les différentes composantes d’une vie bien remplie sont ici développées avec un certain talent.

Musée Victor-Schœlcher

24, rue Peynier. Ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 17 h. Entrée payante.

Victor Schœlcher, député de la Martinique et de la Guadeloupe, est à l’origine de l’abolition de l’esclavage, le 27 avril 1848, dans les colonies de la République. Depuis, il est célébré comme un héros dans toutes les Antilles françaises ! Ce musée conserve de nombreux souvenirs personnels de Schœlcher, ainsi que d’intéressants documents sur la manière dont fut décidée l’abolition de l’esclavage. Il a été inauguré le 3 juillet 1887, devenant ainsi le premier musée de la Guadeloupe. C’est Victor Schœlcher luimême qui en prit l’initiative. Il fit une importante donation à l’île afin que soit édifiée une maison capable de permettre aux Guadeloupéens de s’initier aux beaux-arts. D’où ces objets hétéroclites (statuette égyptienne, moulages grecs, porcelaines venues de Paris…) qui composent les vitrines. Depuis 1998, le musée abrite aussi une importante section dédiée à la vie de Schœlcher, ainsi que quelques toiles contemporaines.

Basilique Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Place Gourbeyre. Entrée libre.

En suivant les ruelles commerçantes d’un autre temps, rues Sadi-Carnot et de Nozières en particulier, on débouche sur le parvis de la basilique Saint-Pierre-et-Saint-Paul. La structure métallique du bâtiment est conçue pour résister aux tremblements de terre. Elle a été édifiée en 1847, après que le bâtiment d’origine a été victime des colères de la terre. L’heure la plus spectaculaire est celle de la fin de l’office dominical, lorsque les cloches sonnent à la volée. Les battants du portail sont grands ouverts. Noter alors, à l’extérieur, les statues des évangélistes. Les orgues vibrent jusque sur la place Gourbeyre, où sont installées les marchandes de fleurs. Pendant quelques minutes bénies s’éparpillent depuis la nef des groupes d’enfants habillés pour la cérémonie. C’est la manière qu’ont leurs parents, tout aussi soigneusement vêtus, de dire le sérieux avec lequel ils traitent les affaires du ciel, ici, jamais bien loin du toit de la maison…

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