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La Guadeloupe : de la côte est au Nord

Pointe de la Grande Vigie - Guadeloupe © rachel_thecat

Après avoir touché le terme de cet itinéraire sud, une seule solution, le demi-tour. Mais, afin de compléter le tour de Grande-Terre, plein nord via Le Moule et la pointe de la Grande Vigie puis, en regagnant Pointeà -Pitre, via les villages d’Anse-Bertrand et de Morne-à -l’Eau. Les visiteurs dont le temps est compté rejoindront Le Moule depuis la pointe des Châteaux en repassant par Saint-François. Au moins la route nationale est-elle sans surprise et le fléchage impeccable.

Les aventuriers peuvent tenter de suivre la côte au plus près, mais devront se munir d’une carte détaillée qui signale les connexions entre chemins de sable traversant la lande et sentiers caillouteux se glissant sous les cannes à sucre. Quelle que soit l’option retenue, le paysage est superbe, car il hésite en permanence entre les images de nature atlantique (lande, vent, cocotiers, dunettes…) et celles des plantations tropicales, où la canne cède un temps devant le champ d’ananas, avant de dresser à nouveau ses longs plumeaux qui ondulent sous la brise tiède. Ici comme là -bas, des pierres noires signalent un ancien moulin, une maison abandonnée, une tour de guet qui ne garde plus que sa mémoire.

Côté mer, les chemins glissent vers la chapelle de la baie Olive, très fréquentée le 15 août lorsque les Guadeloupéens y effectuent un pèlerinage traditionnel, l’anse à l’Eau, tapissée d’une jolie plage, puis l’anse Petite-Savane, la porte d’Enfer, l’anse Salabouelle qu’adorent les surfeurs… Arrive bientôt la plage de l’Autre-Bord, qui annonce les premières maisons du Moule.

La Porte d’Enfer

Il faut faire halte ici. Le nom cache un magnifique paysage de falaises et de petites criques tapissées de sable blanc, idéales pour un bain tranquille. Un chemin suit la côte et frappe à la fameuse porte, point de rencontre entre terre et océan, dans un déchaînement de méchante houle et d’écume fraîche. L’Atlantique bat la roche pour forcer le passage vers un étroit goulet qui s’enfonce dans la côte. Plusieurs trous successifs récompensent la promenade. La légende raconte qu’en approchant l’un d’eux, certains soirs de pleine lune, on peut entendre la chanson de madame Coco qui, depuis des siècles, se promène audessus des flots, insouciante de leurs tourments, poussant la chansonnette une ombrelle à la main.

Le Moule

A 26 km de Pointe-à-Pitre.

Son nom est probablement la déformation de « môle ». C’est la capitale de la côte est de la Guadeloupe, celle qui affronte l’Atlantique. Cet ancien port sucrier, en fait un gros bourg de 20 000 âmes, ne manque pas de charme avec ses maisons anciennes et son ambiance d’autrefois. Une case abrite un comptoir sur lequel on sert le rhum brut - c’est-à -dire blanc, sans chichis et entre hommes. C’est le rendez-vous des pêcheurs, auxquels se joignent les employés de la sucrerie voisine pour composer le plus authentique des salons guadeloupéens. On parle des résultats du foot, des potins du village, de la nouvelle recrue à l’usine, du temps qui menace les ananas et dérange les barracudas… Délicieux instantanés d’une vie qu’on aimerait alors partager.

Musée Edgar-Clerc (musée départemental d’Archéologie
)A l’extérieur de la ville.

Ouvert tlj de 8 h 50 à 16 h 50 du 1er septembre au 31 mars, de 9 h 50 à 17 h 50 du 1er avril au 31 août. Entrée payante.

Edgar Clerc, aujourd’hui décédé, historien, scientifique et chercheur, fut le père de l’archéologie précolombienne en Guadeloupe. Depuis une dizaine d’années, cette maison retrace l’histoire des Amérindiens, Arawak et Caraïbes, qui peuplaient la Guadeloupe avant l’arrivée des premiers colons. Céramiques, outils en coquillage et en pierre… : en tout plus de 1 000 pièces, sans cesse complétées par les fouilles régulièrement entreprises dans le département.

Distillerie Bellevue (rhum « Damoiseau »)
Ouvert tlj sauf dimanche de 7 h à 15 h. Entrée libre.

Toujours en activité, cette distillerie accueille les visiteurs afin d’expliquer la manière dont s’effectue la transformation de la canne à sucre, depuis sa récolte jusqu’au rhum agricole à 55 degrés. Une dégustation conclut bien évidemment la visite, et il est possible de repartir avec quelques bouteilles de la maison.

Route de l’intérieur

Elle traverse, quasi rectiligne, les plantations qui firent la prospérité des sucriers deux siècles durant, jusqu’à ce que la betterave de métropole, puis les sucres artificiels et même les vents à 300 km/h du cyclone Hugo obligent à tourner la page. Il reste malgré tout quelques maisons bourgeoises et des hameaux pimpants pour témoigner d’un bel art de vivre. Aujourd’hui, seule la grande usine Gardel, sur les hauteurs du Moule, maintient la tradition, après que nombre de plus modestes sucreries ont été obligées de fermer leurs portes. Elle règne sur un immense territoire et traite l’essentiel des cannes cultivées dans cette région, soit près de 500 000 tonnes. Le Moule est exactement à l’opposé géographique de Pointe-à-Pitre. En un sens, celui des kilomètres, 26 seulement, les deux localités sont très proches l’une de l’autre, puisqu’une excellente route nationale, viaMorne-à -l’Eau, les relie. Mais, paradoxalement, dans l’esprit, elles sont presque étrangères. Le Moule respire les vigueurs de l’Atlantique plutôt que les douceurs caraïbes, s’appuie sur une campagne dense et regarde droit vers le nord de la Guadeloupe qui lui offre ses paysages les plus authentiques. La route traverse en effet une succession de petits villages agricoles, tous parfaitement paisibles et sagement situés à l’intérieur des terres pour s’abriter des tempêtes, rarement à moins de 1 km des rivages de l’océan : Sainte-Marguerite, Gros-Cap, Lagarde, Campêche, Les Mangles… Quitter cet itinéraire aux couleurs de terroir est évidemment toujours de mise. Une petite route qui part sur la droite, et c’est à coup sbr une escapade vers les plages (en particulier aux alentours de Sainte-Marguerite). Remarquer aussi, au départ de Gros-Cap, la chapelle Sainte-Anne, édifiée en surplomb de l’anse de la Savane Brblée, joli lieu de pèlerinage le 26 juillet.

Morne-à-l’Eau

Ce petit bourg de moyenne importance surprend par son animation, mais aussi par sa circulation, du fait de son positionnement géographique au centre de Grande-Terre.

Cimetière
A visiter pour ses tombes invariablement fleuries le 1er novembre, où la population tout entière (environ 17 000 habitants) vient témoigner de sa ferveur.

Marché
Sa sympathique animation matinale, entre gens de famille qui prennent un visible plaisir à se retrouver, la ménagère avec le pêcheur, la postière en compagnie du planteur d’ananas, justifie à elle seule la visite.

Pitt
Ouvert lundi et mardi de 9 h à 12 h. Entrée payante.

Cette arène sans façon accueille les combats de coqs entre janvier et juillet. Manifestations traditionnelles des Antilles, ils trouvent ici leur discret royaume. La visite permet, si ce n’est d’accepter, du moins de comprendre les tenants de cet usage qui passionne les foules. Les paris, jamais ostentatoires, alimentent chaque duel et désignent les éleveurs les plus méritants.

Pointe de la Grande Vigie

En remontant jusqu’à l’extrême nord de la Guadeloupe, l’ultime cap étant situé à la pointe de la Grande Vigie, le paysage offre un spectacle qui récompense à lui tout seul du périple. Ici, point de langueurs océanes, encore moins de paresses tropicales. Les bonnes chaussures de marche et le coupe-vent sont indispensables pour partir à l’assaut de cette sentinelle de roche noire postée 80 m au-dessus des flots menaçants. On jurerait un face-à face de seigneurs, une sorte de défi entre terre et océan, un éternel bras de fer entre les éléments. Résultat : un spectacle grandiose, déchaîné, de pure nature, qui ravit à toute heure de la journée et dont on a bien du mal à s’arracher. Il le faut pourtant, afin de rejoindre Pointe-à-Pitre, postée maintenant plein sud.

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