10 - Régions et Itinéraires
Assouan
Chef-lieu de la province de même nom, cette ville, située à la 1re cataracte, était déjà dans les temps anciens la porte des échanges avec la Nubie et l'Afrique. Aujourd'hui Assouan est un centre de tourisme d'hiver très recherché pour son climat sec, son air très pur et son ciel très bleu.
Si Assouan, capitale de la Nubie possède peu de monuments anciens, ses îles couvertes de fleurs, ses souks parfumés d'épices et de plantes, ses felouques aux hauts mâts donnent à la ville un charme permanent. Assouan est avant tout « la ville au coeur du flot », selon l'expression des 'recs. Ici le Nil est encombré de noirs rochers, d'îles aux petits jardins qui abondent de manguiers, figuiers, sycomores et longs palmiers dont les troncs effilés nous font comprendre l'origine des colonnes et des chapiteaux des salles hypostyles des temples.
Perdu à l'extrémité sud de la ville, l'hôtel Old Cataract est, à lui seul une antiquité. Sa façade ocrée, coloniale, surplombe le Nil avec d'immenses chambres aux ventilateurs poussifs. Ce superbe hôtel a servi de décor au film Mort sur le Nil, d'après le roman d'Agatha Christie.
Le mausolée de l'Agha Khan, chef de la secte chiite des Ismaéliens nizarites, se trouve sur la rive occidentale du Nil. La maison blanche à ses pieds était la résidence d'été de son épouse la Begum. Le spectacle du fleuve à la tombée du jour avec les felouques aux voiles déployées, les gros rochers érodés par les flots, est inoubliable.
Les anciennes carrières de granit se trouvent au sud-est d'Assouan, sur la rive rive droite. Noter dans le rocher l'obélisque de 42 m qui ne fut pas achevé ; il est intéressant de voir comment l'artisan égyptien travaillait la pierre. On retrouve partout en Égypte des monuments et des statues de granit gris, noir ou rouge provenant de ces carrières.
Le musée de la Nubie a été ouvert récemment en face du Basma Hôtel. Dans une architecture contemporaine sont exposées les dernières découvertes effectuées en Nubie, certaines salles sont aussi consacrées à l'histoire de cette région.
L'île Kitchener :
appelée aussi Geziret el-Nabatat, c'est un beau jardin botanique avec de magnifiques arbres et fleurs.
L'île Eléphantine :
ancienne ville frontière fortifiée, l'île est situé en face de l'hôtel Old Cataract. Il est agréable de faire un tour de l'île, environ 2 km, avant la visite du temple et du musée. Le musée expose des objets de la région datant de l'Époque pharaonique jusqu'à l'Époque gréco-romaine. Le grand temple de Khnoum, construit sur les fondations de temples plus anciens, n'a pas résisté au temps ; mais l'ancien nilomètre est intéressant ; les mesures y sont inscrites en caractères grecs (entrée payante incluant le site et le musée).
Les tombeaux rupestres de l'Ancien Empire se situent sur la rive gauche, ils ont été creusés sur plusieurs terrasses dans le roc pour abriter les momies des gouverneurs et des dignitaires d'Assouan sous l'Ancien Empire et dans la période qui a suivi. On visite surtout ceux de Sarenpout Ier, Sarenpout II (la mieux conservée), Sabni Ier et Mekhou.
Le monastère de Saint-Siméon :
Situé sur la rive gauche du Nil, on peut y arriver aisément à pied en 45 minutes (on peut louer un mulet ou un dromadaire). Construit par des moines chrétiens au vie siècle, c'est l'un des plus grands d'Égypte ; il est bien conservé. Le manque d'eau obligea les religieux à l'abandonner au XIII e siècle.
L'île de Philae :
Au siècle dernier, impressionné par l'iconoclastie des bâtisseurs du premier barrage d'Assouan, Pierre Loti évoquait dans La Mort de Philae « le bruit des anciennes pierres sculptées qui se détachaient des murailles et tombaient dans l'eau noire »...
Puis, pendant trente ans (1934-1964), le lac de retenue engloutit l'île et ses temples, sauf durant les mois de l'année où l'on rouvrait les vannes du barrage. Quand les eaux atteignaient leur plus haut niveau, seul émergeait le sommet des deux pylônes du temple d'Isis. En 1960, la construction du nouveau barrage, en amont de l'île, vouait Philae à une mort certaine. Des travaux gigantesques furent menés de 1972 à 1980 sous l'égide de l'Unesco. On construisit tout d'abord autour de l'île un immense batardeau constitué de deux rangées de planches entre lesquelles on déversa un million de mètres cubes de sable ; les eaux d'infiltration furent évacuées par pompage. On démonta ensuite les temples en 40 000 blocs après les avoir nettoyés. Ces blocs furent mesurés par photogrammétrie, ce qui permit aux ingénieurs de reconstituer, au millimètre près, leur aspect original. Avec cette réussite technique, achevée en mars 1980, prit fin la grande campagne internationale pour sauver les temples de Nubie. Les travaux de remontage du temple coûtèrent à l'époque 30 millions de dollars.
Aujourd'hui Philae, perle de l'Égypte, est sauvée. L'île était considérée autrefois comme la porte de l'Égypte et elle apparaissait comme une oasis dont la végétation tranchait avec les couleurs crues du désert alentour. Le christianisme n'est venu que difficilement à bout des cultes païens et, au Ve siècle encore, les tribus nubiennes se rendaient sur le site pour y adorer les divinités pharaoniques. On arrive sur l'île près du pavillon de Nectanebo.
On visitera le Temple d'Isis (chaque année, sa statue était transportée en barque dans l'île voisine de Biggah pour rendre visite à son époux et frère Osiris). Devant le temple, les propylées se composent de deux longues colonnades qui mènent au premier pylône devant lequel se trouvaient deux obélisques. Sur la droite de la colonnade se trouvent les restes de la porte de Ptolémée II Philadelphe.
La grande cour possède des colonnes dont les chapiteaux représentent des cistres à motifs floraux. Sur la gauche, le mammisi (ou maison de l'enfantement). Le deuxième pylône vient en oblique par rapport au premier.
L'intérieur fut transformé en église sous le règne de Justinien (557). On se rendra jusqu'à la Porte d'Hadrien consacrée à Osiris. Le kiosque de Trajan est de proportions élégantes ; c'est ici que les processions accostaient et passaient sous le kiosque.


